Salif Nikiéma: Coordonnateur de l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA)

Salif Nikiéma : Coordonnateur de ACONTA «Les produits du tabac sont sous-taxés au Burkina Faso»

La base imposable du tabac en vigueur depuis janvier 2020 est de 50% au lieu de 45% précédemment. L’Economiste du Faso a rencontré Salif Nikiéma, coordonnateur de l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA), qui estime que malgré tout, les produits du tabac font partie des produits les moins taxés au Burkina Faso.

Salif Nikiéma: Coordonnateur de l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA)

L’Economiste du Faso : La Mairie de Ouagadougou a pris des mesures pour lutter contre la consommation de la chicha dans la Commune de Ouagadougou. Quel commentaire faites-vous de cette mesure ?

Salif Nikiéma, coordonnateur de l’Association Afrique contre le tabac (ACONTA) : Nous avons accueilli avec une grande satisfaction la mesure prise par le Maire de la Commune de Ouagadougou interdisant la consommation de la chicha dans les espaces clos et ouverts dans la ville.

Dans nos actions figure le plaidoyer auprès des autorités pour la prise de mesures concrètes contre la chicha. La chicha est un produit du tabac qui doit être combattu au même titre que la cigarette. Nous avons espoir que d’autres mesures suivront, parce qu’elle est limitée sur l’espace communal de Ouagadougou. Dans la Commune de Saaba, qui se situe juste à côté de Ouagadougou, les gens continuent d’en consommer. Mais c’est un bon départ. Si le gouvernement ne veut pas prendre ses responsabilités pour protéger l’ensemble des citoyens du pays, cette mesure communale contribue à protéger les citoyens de Ouagadougou. Le Maire a joué son rôle.

Après la prise de la mesure, il est passé à l’offensive sur le terrain pour la sensibilisation, la fermeture de lieux de consommation et la saisie de matériel. Il appartient au gouvernement, à travers le ministère de la Santé, d’élargir le champ d’application de la mesure d’interdiction au niveau national. Nous allons contribuer à la mise en œuvre de cette mesure d’interdiction en assurant le suivi sur le terrain.

Le Burkina Faso a relevé la base imposable du tabac à 50% afin de décourager la consommation. Etes-vous satisfait de cette mesure ? A –t-elle eu un impact sur la consommation ?

Pour nous, l’Etat devrait augmenter plus les taxes de tabac pour augmenter les recettes de l’Etat. Le taux de 50% est insignifiant, parce que malgré cette augmentation, une firme de vente de tabac a demandé à baisser le prix de son paquet de cigarette. Le gouvernement a donné un avis favorable malgré cette hausse de la base imposable de la taxe. Les produits du tabac sont sous-taxés au Burkina Faso. Ces produits font même partie des produits les moins taxés au Burkina Faso. On doit aller à 60 et même 70% de la base imposable. En Europe, par exemple, lorsqu’on constate une hausse de la consommation, on augmente les taux pour diminuer la consommation. Le gouvernement, à travers la Direction générale des Impôts, est interpellé pour cette augmentation et réduire les taxes sur des produits de consommation comme le riz, le sucre, le maïs, etc. qui entrent dans la consommation des citoyens et non le tabac qui est source de maladies et de dépenses pour l’Etat pour la prise en charge des malades. Le tabac est le principal facteur qui contribue à la survenue des 4 principales maladies non transmissibles comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires, les maladies pulmonaires et le cancer.

L’Etat compte sur les taxes, dont celles sur le tabac. Votre combat ne se heurte-t-il pas à la volonté de l’Etat de recouvrer des recettes sur ce produit ?

Notre lutte ne se heurte pas à la volonté de l’Etat d’avoir des recettes sur la vente du produit du tabac. Nous souhaitons que l’Etat perçoive le double de ce qu’il perçoit actuellement en termes de recettes, à travers la commercialisation du tabac.

Dans plusieurs pays, surtout en Occident, il est de plus en plus question de substituer les cigarettes ordinaires à des produits de substitution comme, par exemple, la cigarette électronique. Adhérez-vous à ce plaidoyer ?

Depuis un certain temps, nous constatons la prolifération de la cigarette électronique et des publicités accrues de cette forme de fumer le tabac. Les messages diffusés proposent la cigarette électronique comme une alternative au sevrage tabagique.

Des consommateurs abandonnent effectivement la cigarette classique pour la cigarette électronique. Actuellement, des études sont en cours mais les résultats déjà disponibles n’affirment pas que la consommation de la cigarette électronique soit sans danger pour le consommateur.

L’objectif de l’OMS est de protéger la santé des populations. Les informations disponibles indiquent que la cigarette électronique est aussi un danger sur la santé. Nous ne pouvons pas encourager une telle consommation tout en sachant qu’elle n’est pas bonne pour la santé. Je me réserve de donner une position sur la question.

Que ce soit la cigarette ordinaire ou  celle électronique, le danger sur la santé est réel. Aux Etats-Unis, la cigarette électronique IQOS a été bien vendue et a fait des victimes, dont des décès chez les jeunes. C’est encore l’industrie du tabac qui est derrière ces cigarettes électroniques comme alternatives à la vente de leurs produits.

Elle a comme stratégie la cigarette électronique comme une alternative à la cigarette classique. Pour moi, acteur de la lutte anti-tabac, j’adhère à un comportement qui serait bénéfique pour la santé de la population et je me démarque de la cigarette électronique et je n’encourage pas les consommateurs à aller vers elle comme une alternative. Ils peuvent arrêter de fumer sans passer par l’électronique. o

Interview réalisée par Elie KABORE

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Numéro d'édition: 400

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