Accès au financement des PME: l’Etat et les banques sur le banc des accusés

• Les acteurs des MPME accusent

• Le gouvernement interpellé

• Revoir les conditions d’octroi des crédits

Les micros, petites et moyennes entreprises (MPME) constituent 90% du tissu économique au Burkina Faso. Elles contribuent à la formation du PIB à hauteur de 40%. 9 entreprises sur 10 sont des PME. Selon l’opérateur économique, Roland Sow, à la date d’aujourd’hui, le pays des Hommes intègres compte 80.000 PME qui sont créatrices de milliers d’emplois. Malheureusement, le secteur des MPME rencontre de nombreuses difficultés. Selon le président des  MPME, Alassane Koanda, ces difficultés sont, entre autres : le manque de financement, le manque de débouché, l’inaccessibilité des financements, etc. A la faveur de la Journée mondiale des micros, petites et moyennes entreprises (JM-MPME), le 29 juin 2021, les acteurs ont mis un doigt accusateur sur les trois maux  à résoudre pour l’émergence des MPME. Dans leur réquisitoire, deux acteurs majeurs dans le processus de création des entreprises sont mis sur le banc de touche, il s’agit de l’Etat burkinabè et des banques et établissements financiers. Pour Ahmed Zaki Traoré, membre des MPME, le gouvernement n’accompagne pas suffisamment cette catégorie d’entreprises. Il dit avoir l’impression que l’Exécutif a plutôt un œil regardant sur les grosses entreprises. « Nous avons besoin de la présence de l’Etat comme quelqu’un qui accompagne son enfant vers les banquiers pour leur dire voilà ce qu’ils veulent, je suis là pour dire que vous pouvez leur faire confiance », a-t-il confessé.

Les débats ont permis de dégager quelques pistes de solution pour un meilleur accès au financement des PME (Ph. Yvan Sama)

Tenir compte de la spécificité des PME

Sur l’accès au financement bancaire, Roland Sow exhorte les banques et établissements financiers à tenir compte de la spécificité des MPME en revoyant les conditions d’accès au financement. Il estime que de nos jours, les conditions d’accès à un crédit sont telles que les PME hésitent. Et pour cause, Roland Sow évoque la garantie demandée qui est soit immobilière, soit pécuniaire. Sur le cas de garantie, il demande une réflexion sur un modèle innovant ou d’autres types de garanties qui permettent aux 80.000 PME d’avoir accès aux financements. Une proposition qui a arraché des applaudissements aux participants. Toujours sur cette question d’accès au financement, le patron de la société de transport « Elitis » note que l’Etat, de par son rôle régalien, doit être le précurseur de cette innovation. Pour le président des MPME, Alassane Koanda, les banques et établissements financiers ne leur facilitent pas l’accès aux crédits. Il reproche aux banques d’octroyer des crédits à moyen et court terme. Le premier responsable des MPME qui sait de quoi il parle, recommande que les banques soient moins « business » mais plutôt à l’écoute des besoins de leurs clients.

L’Etat joue sa partition

Sur les griefs soulevés contre l’Etat burkinabè, la réplique a été apportée par Boureima Ouédraogo du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (MICA). D’abord, il reconnait que l’accès au financement pour les MPME est crucial mais que l’Etat joue sa partition. Il parle du dispositif de soutien de financement aux PME de la BCEAO qui a été adopté par le Conseil des ministres de l’UEMOA en 2015.  Le Burkina Faso a opérationnalisé le dispositif dont le rôle est d’encadrer les PME dans l’accès au financement. A ce titre, il révèle qu’avec la Covid-19, l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina Faso (APBEF-BF) a été approchée sur l’opérationnalisation de ce dispositif. La particularité de ce dispositif est que les banques sont moins exigeantes en matière de garantie, fait savoir Boureima Ouédraogo.

Un jeu de « ping-pong »

Le président de l’ONECCA, Soumaïla Ouédraogo, souligne qu’entre les PME et les banques, il y a comme une sorte de «ping-pong» où chacun rejette la faute à l’autre.  Les PME accusent les banques d’accorder des crédits chers, des longs délais de remboursement et que les banques rechignent à financer les projets. Dans le même temps, dit-il, les banques reprochent aux PME leur inorganisation, leur mauvaise gouvernance (la transparence et la publication des comptes financiers), leur manque de professionnalisme. Les PME sont aussi confrontées à la commercialisation de leurs produits. Comme solution envisagée, les acteurs du secteur des PME recommandent la préférence locale. « Mesures prises en faveur des PME pour la relance économique dans le contexte sanitaire de la Covid-19 » et « Les stratégies et les modèles de résilience » sont les deux panels abordés à la JM-MPME. o

Ambèternifa Crépin SOMDA

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Numéro d'édition: 400

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