Lutte contre le terrorisme: les enfants et les femmes, les nouvelles armes

• De victimes à acteurs terroristes

• Victimes de traite humaine pour financer le terrorisme

• La pauvreté, une des causes

L’attaque du site d’orpaillage de Solhan, dans la région du Sahel, dans la nuit du 4 au 5 juin 2021, a fait 132 civils tués. Au sortir du Conseil des ministres du 23 juin 2021, Ousseni Tamboura, ministère de la Communication et porte-parole du gouvernement, a informé que l’interrogatoire de deux suspects appréhendés après le drame avait donné des informations sur le déroulement de l’attaque. Elle a été perpétrée par un groupe terroriste affilié à Al Qaida-Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (JSIM) de Iyad Ag-Ghali. Les assaillants qui ont exécuté l’attaque avaient un âge compris entre 12 et 14 ans. Des femmes avaient aussi joué un rôle en indiquant des concessions ou des cibles.
L’utilisation des femmes et des enfants par les terroristes constitue une nouvelle réalité que les acteurs de la lutte contre le terrorisme doivent prendre en compte. Le contexte économique difficile, la pauvreté des ménages favorisent le recrutement des femmes et des enfants. Le recrutement de ces personnes se fait souvent sans leur consentement. Ces personnes sont souvent enlevées et vendues à d’autres groupes pour de multiples usages. Cette pratique est couramment appelée « traite ou trafic des êtres humains ». La pratique a pris de l’ampleur avec le phénomène migratoire. Le désir des jeunes africains à rejoindre l’Europe les conduit à verser d’importantes sommes aux groupes terroristes. Ces jeunes sont revendus à d’autres groupes. L’argent issu de ce trafic illicite de migrants est aussi utilisé dans le financement des activités terroristes.
Le phénomène de trafic illicite d’êtres humains a déjà été documenté à travers plusieurs publications.
L’Organisation internationale de police criminelle a documenté en 2018, le financement du terrorisme en Afrique par les flux financiers illicites (FFI). Cette organisation estime que de fortes raisons existent de penser que les opérations menées par des terroristes et des insurgés armés en Afrique sont financées par le produit d’activités de la criminalité organisée transnationale, notamment, la traite des êtres humains, le trafic de drogues, de véhicules automobiles volés et de diverses marchandises illicites et le braconnage.
Pour la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le genre est aussi à prendre en considération dans la lutte contre les trafics illicites. « Ainsi, dans le monde, 49 % des victimes de la traite des êtres humains et du trafic illicite de migrants sont des femmes et 23 % des filles », rapporte la CNUCED dans son rapport 2020 sur le développement économique en Afrique sur « les flux financiers illicites et le développement durable en Afrique ». Les femmes et les filles sont utilisées dans l’exploitation sexuelle comme l’indique le Groupe Asie-Pacifique sur le blanchiment de capitaux, du Groupe d’action financière (GAFI) a établi, à partir d’estimations de l’Organisation internationale du travail. Elle ajoute que 72 % des victimes des phénomènes de la traite des êtres humains et le trafic illicite de migrants sont des femmes et des filles.
Selon ces estimations, la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle et l’exploitation du travail qui y sont associées généreraient 150,2 milliards de dollars par an.
L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) constate qu’entre 2012 et 2014, des victimes de la traite des êtres humains en provenance d’Afrique subsaharienne ont été signalées dans 69 pays. Les victimes subissent de nombreux types de préjudices. Outre le travail forcé et l’exploitation sexuelle, une étude de cas y relative au Nigeria fait apparaître que des victimes doivent, en recourant à des mécanismes illicites de transfert d’argent, rembourser à leurs trafiquants des dettes pouvant monter jusqu’à 70.000 euros (45,85 millions FCFA).

Elie KABORE

 

Encadré

Trafic des migrants : 2.750 à 3.500 milliards FCFA pour les passeurs à l’échelle mondiale

Selon des estimations récentes, chaque année, dans le monde, 1.600 à 2.200 milliards de dollars de revenus sont générés par 11 types d’activités criminelles. Le trafic d’êtres humains pèse lourd dans ces flux. En agrégeant les informations sur ce qui est connu et publié, l’ONUDC a conclu qu’en 2016, l’acheminement illicite de 2,5 millions de migrants le long de certains itinéraires avait généré, à l’échelle mondiale, un revenu cumulé d’au moins 5,5 à 7 milliards de dollars (2.750 à 3.500 milliards FCFA) pour les passeurs. o

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Numéro d'édition: 398

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