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Terrorisme au Sahel: les chefs d’Etat face à leurs responsabilités

Nos Etats ont les moyens pour endiguer le terrorisme, il suffit de donner l’exemple.(DR)

L’attaque terroriste dans la Commune de Solhan au Sahel burkinabè est venue rappeler que la relative accalmie observée sur le front n’était qu’un leurre. La réalité sur le terrain est encore tout autre. Au moment où l’on annonce la restructuration de l’opération Barkhane, les chefs d’Etat de l’espace du G5 Sahel se retrouvent face à leurs responsabilités. La survie même des Etats est en jeu.

La vulnérabilité des Etats du Sahel (Burkina, Mali et Niger) demeure encore grande face à l’hydre terroriste. En dépit des énormes efforts consentis dans la lutte depuis quelques années, beaucoup reste à faire pour anéantir la capacité de nuisance des groupes terroristes qui écument la zone des trois frontières. La récente attaque de Solhan, dans la région du Sahel burkinabè, qui a fait officiellement 132 morts, a montré que le temps n’est pas à l’autosatisfaction. D’autres attaques meurtrières au Niger démontrent à souhait que la lutte contre le terrorisme n’a pas encore porté les fruits escomptés. Les groupes terroristes sont si bien organisés qu’ils sont arrivés, à travers quelques actions d’éclat, à ébranler l’assurance qui commençait à gagner les populations. La relative accalmie observée pendant le dernier trimestre de l’année 2020, contrairement à ce que certains pensaient, a dû être utilisée pour mieux s’organiser. Nul ne peut sous-estimer les initiatives prises par les chefs d’Etat du G5 Sahel, aussi bien au plan national qu’au niveau régional pour endiguer le phénomène. Mais force est de constater que la réalité est plus qu’inquiétante. Il est temps d’interroger les différentes solutions envisagées jusque-là. C’est une question de survie pour nos Etats, d’autant que  l’agenda imposé par l’hydre terroriste est en train d’asphyxier inexorablement tous les efforts de développement socioéconomique. Il faut impérativement sortir des considérations qui tendent à se targuer d’avoir pris le dessus sur les forces nuisibles. « Notre vulnérabilité reste intacte, contrairement aux autosatisfactions que certains professent. La solution ne réside pas que dans des opérations mécaniques comme augmenter les effectifs, les salaires, etc. Il faut une refondation de nos armées, en posant les bases, les principes directeurs, avec une vision pour un horizon temporel donné », a confié un spécialiste des questions sécuritaires et territoriales.

Comment sécuriser durablement la zone des trois frontières qui est présentée comme l’espace sur lequel les terroristes tentent d’avoir une main mise pour étendre leurs tentacules. Nécessairement, cela passe par le renforcement de la coopération transfrontalière entre le Burkina, le Mali et le Niger. Il est évident que la porosité des frontières est une grande faiblesse pour la sécurité de ces Etats. Et la meilleure façon d’y remédier serait de générer des initiatives communes de leur sécurisation. Cela passe, entre autres, par des opérations militaires menées conjointement par les armées des trois pays frontaliers. Des opérations qui doivent s’inscrire dans la durée pour permettre aux forces de défense et de sécurité de bien mailler le terrain pour mieux le contrôler. Se contenter d’opérations ponctuelles ne peut en aucun cas résoudre le problème, si ce n’est une débauche peu efficace de moyens et d’énergie.  Nos chefs d’Etat ont le devoir de sortir de l’enlisement qui les guette dans cette guerre contre le terrorisme. La pire des erreurs serait de penser que l’on finira par vivre avec ce fléau et qu’il mourra de sa belle mort un jour ou l’autre. Ensemble, ils doivent agir pour que la lutte prenne fin afin que l’on puisse se tourner vers les défis réels des populations qui sont inhérents à la lutte contre la pauvreté endémique. Sécuriser la zone des trois frontières est une priorité absolue dans la lutte contre la nébuleuse terroriste dans notre espace. La Mauritanie, membre du G5 Sahel et qui semble épargnée des attaques terroristes, devrait s’impliquer véritablement dans le malheur qui frappe les autres Etats membres.

A partir du moment où le président français, Emmanuel Macron, a annoncé le redimensionnement de l’opération Barkhane au Sahel, c’est une piqûre de rappel lancée à nos chefs d’Etat que ce n’est pas une force étrangère qui viendra sauver nos pays du terrorisme. D’ailleurs, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, l’a reconnu ouvertement. « En tant qu’Africains, nous devons comprendre que personne ne viendra se battre contre le terrorisme à notre place, c’est à nous de nous assumer », a-t-il soutenu.  Une chose est sûre, même si la force Barkhane devrait encore rester au Sahel, sa présence dans la lutte contre le terrorisme reste somme toute relative. C’est dire qu’il appartient à nos Etats de reprendre en main le contrôle de leur espace pour agir non seulement contre la circulation illicite des armes qui échoient entre les mains des terroristes, mais aussi contre l’implantation de leurs bases. Pendant que le Président Macron parle d’une « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel et de la mise en place d’une alliance internationale antijihadiste dans la région, nos dirigeants devraient saisir l’occasion pour se réapproprier les priorités du combat contre le terrorisme. Il est temps de sortir de cet attentisme providentiel qui viendrait balayer nos territoires des hordes terroristes et autres maux qui plombent notre bien-être.  Sans mésestimer le soutien de pays « amis », nos dirigeants doivent comprendre qu’ils ont les moyens nécessaires pour affronter les défis qui nous assaillent. Il suffit de savoir donner le bon exemple pour insuffler l’énergie du patriotisme en chacun de nous. Avec de la bonne volonté, tout est possible.o

Jérôme HAYIMI

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