Insécurité: des réaménagements budgétaires au forceps

• La Défense en hausse de plus de 140% en 4 ans

• Agriculture, eau et assainissement en baisse

• Les attaques terroristes en cause

De 2015 à 2020, le gouvernement burkinabè a été contraint de faire des réaménagements budgétaires dus aux attaques terroristes. En effet, le Burkina Faso a subi, en 5 ans, au minimum 580 attaques terroristes et a été l’objet de 5.492 attaques à main armée entre 2014 et 2019  (source rapport PNDES 2021). Ces multiples attaques ont eu des répercussions sur les investissements du gouvernement et les allocations budgétaires aux secteurs sociaux de base. C’est ainsi que le secteur de  la défense a vu sa part budgétaire augmentée, d’autres secteurs, à l’image de l’agriculture, eau et assainissement ont subi une baisse importante.  Les détails de ces ajustements budgétaires ont été dévoilés à travers le rapport « Analyse des causes des conflits et de leurs impacts sur la mise en œuvre du PNDES », publié en mars 2021 par le Plan national de développement économique et social  (PNDES) et ses partenaires techniques et financiers (PTF). 

Budget Défense et Sécurité : L’Etat en fait une priorité

Le rapport mentionne que le terrorisme a contraint le gouvernement à réaménager successivement le budget de l’Etat pour accorder une priorité au secteur Défense-Sécurité. En effet, de 2016 à 2020, environ 25% du budget de l’Etat a été accordé à la sécurité et à la défense. Entre 2015 et 2019, le budget du ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants a augmenté, soit +140%. Dans le même temps, la part du budget du ministère par rapport au budget national a aussi régulièrement augmenté pour atteindre 9,8%, contre 6,3% en 2015. Alors que le budget national exécuté a augmenté en moyenne annuelle de 11,4%, celui du Ministère de la défense nationale et des anciens combattants  (MDNAC) a augmenté de 24,4%. 

Eau et assainissement : Depuis 2017, le budget a été divisé en deux

D’après le rapport, toutes ces hausses ont eu pour conséquence l’éviction des investissements publics, en l’occurrence les investissements de soutien et des dépenses dédiées aux secteurs sociaux et le développement économique. Comme exemple, l’enquête souligne que dans le secteur WASH, les efforts des autorités nationales pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement peuvent être appréciés par le budget consacré au ministère de l’Eau et de l’Assainissement (MEA). Le budget du MEA a triplé de 2016 à 2017 avant d’être divisé par deux entre 2017 et 2019. La part du budget du ministère par rapport au budget national a aussi fortement varié de 4% en 2017 à 1,8% en 2019.

Impact agricole : 100 000 ha non exploités en 2019

Au niveau du secteur agricole, les principales conséquences, selon le rapport, ont été : la réduction de l’accès aux ressources productives pour les populations déplacées avec pour corollaire la perte de production agricole. Il a été estimé à environ 100.000 ha de superficie non exploitée du fait de l’insécurité en 2019 (…); la réduction des allocations budgétaires en faveur du développement agricole imputable à l’augmentation des dépenses pour la défense et la sécurité intérieure. Par exemple, le budget sur ressources propres de l’Etat en faveur du secteur agricole est passé de plus de 80 milliards FCFA en 2013 à près de 49,97 milliards FCFA en 2021 pour le budget d’investissement. Le rapport mentionne aussi l’impossibilité de réalisation des investissements (infrastructures de production, commercialisation et de transformation) dans les zones agricoles affectées par l’insécurité. A titre d’exemple, de 2015 à 2020, les superficies emblavées en cultures céréalières ont baissé au niveau national de 5%, mais cette baisse a été bien plus importante (-19,2%) dans la région du Sahel, en raison des importants déplacements de populations en 2018 et 2019.

Elevage très affecté

Au niveau du secteur de l’élevage, les chocs sociaux et l’insécurité ont déstructuré le système pastoral dans les zones fragiles et occasionné le déplacement d’un grand nombre d’éleveurs. L’insécurité s’est manifestée aussi par un problème d’accès aux ressources fourragères, aux points d’eaux, aux cures salées avec une diminution des productions animales. D’après le rapport, l’insécurité a désorganisé la communauté pastorale. En effet, de nombreux producteurs se sont déplacés sans leurs troupeaux ou ont enregistré des vols et des confiscations de bétail. En termes de dynamique du cheptel, l’enlèvement du bétail par représailles, les départs définitifs des ménages d’éleveurs à l’extérieur du pays et le bradage massif du bétail en dehors des circuits conventionnels du marché par certains acteurs ont eu pour conséquence une baisse des effectifs d’animaux. De nombreux marchés à bétail ont été fermés suite à la dégradation de leurs conditions d’accès. Il en résulte l’effondrement de la demande et des prix du bétail causé par une baisse des transactions.

Difficulté de recouvrement des recettes communales

Le rapport produit par le PNDES a été présenté à la presse le 7 mai 2021 et informe que l’insécurité a réduit considérablement les flux commerciaux entre les différentes localités des régions sous menace terroriste. C’est ainsi que la dégradation de la situation sécuritaire dans ces régions est allée de pair avec l’affaiblissement de la présence de l’État. Les conséquences de cette situation sont, entre autres, l’arrêt de travail des services déconcentrés de l’Etat, le dysfonctionnement des Conseils municipaux et la réduction de la fourniture de services publics de base (santé, éducation, administration locale, eau et assainissement) aux populations locales, etc. D’après le document, l’instauration de l’état d’urgence et du couvre-feu par le gouvernement dans certaines régions a entrainé la restriction des déplacements, provoquant ainsi un ralentissement des activités économiques. Sur le plan des finances locales, les Communes soumises aux défis sécuritaires ont enregistré régulièrement des pertes de recettes propres suite à l’arrêt des activités économiques locales dans certains villages.

Une situation qui a obligé l’Etat et les PTF à interrompre ou à délocaliser des projets et programmes de développement prévus dans certaines Communes. Dans la région du Centre-Nord, l’insécurité a impacté les flux commerciaux entre les différentes localités.

D’où la fermeture de nombreux commerces dans les zones affectées qui a entrainé la faillite de nombreux opérateurs économiques (commerçants) qui ont abandonné les départements pour s’installer dans le chef-lieu de région (Kaya).

Une synthèse de Ambèternifa Crépin SOMDA

Encadré

Des chantiers en retard d’exécution

L’insécurité a aussi eu beaucoup d’impacts sur certains chantiers en exécution dans les régions touchées par le terrorisme. Conséquence, fait savoir le rapport, des chantiers abandonnés ou en arrêt d’exécution. Certaines entreprises ont même vu leurs équipements retirés ou détruits et leurs techniciens et ouvriers constamment menacés par des groupes armés, occasionnant ainsi, par moments, des abandons de chantiers. A titre d’exemple, l’arrêt des travaux de bitumage des routes Kongoussi-Djibo et Djibo-Dori dans la région du Sahel, et de la route Tougan-Dî dans la région de la Boucle du Mouhoun.

 

Encadré 2

La culture et le tourisme plombés

Les enquêteurs disent avoir constaté que le secteur de la culture et du tourisme a été impacté négativement par le terrorisme. Un constat qui résulte du fait que l’insécurité sur  la culture et le tourisme a détérioré l’image de la « destination Burkina Faso », terre d’accueil et d’hospitalité. Cela a eu pour conséquence, la baisse du tourisme récepteur. Ainsi, le pays a assisté à : la fermeture de certaines concessions de chasse, de sites, de restaurants, d’hôtels dans les zones à risque. Le rapport révèle que cette situation a entrainé l’augmentation du chômage dans certains emplois touristiques tels que les guides de chasse, les guides des sites, les employés de restaurants et d’hôtels ; l’annulation de plusieurs évènements et manifestations culturels, la fermeture de certains espaces de création-diffusion, plongeant ainsi des acteurs et promoteurs culturels dans la précarité ; la désaffection des publics des espaces de diffusion ; etc. 

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Numéro d'édition: 393

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