Le chargé du projet du PAIF-PME, Séraphin Wilfrid Kientéga,  souligne que les bénéficiaires finaux du projet sont les utilisateurs des services financiers numériques des structures comme la CARFO, la CNSS, la DGD, les IMF, le FAARF, les femmes, les PME, les agriculteurs. (Ph. Yvan Sama)

Séraphin Wilfrid Kientéga, chef du projet: «Sur l’inclusion financière, le Burkina Faso est sur la bonne voie»

• PAIF-PME : Un projet de près de 56 milliards FCFA

• La Banque mondiale injecte 55 milliards FCFA

• Favoriser la digitalisation des paiements

Le chargé du projet du PAIF-PME, Séraphin Wilfrid Kientéga,  souligne que les bénéficiaires finaux du projet sont les utilisateurs des services financiers numériques des structures comme la CARFO, la CNSS, la DGD, les IMF, le FAARF, les femmes, les PME, les agriculteurs. (Ph. Yvan Sama)

Le gouvernement burkinabè est résolument engagé à permettre à une grande majorité de la population d’avoir accès à la digitalisation des paiements. Une inclusion financière qui passe par l’accès au financement des structures qui agissent dans le formel et l’accès aux crédits par les femmes et le monde agricole. Sur ce, il a lancé le 6 octobre 2020, en partenariat avec la Banque mondiale, le Projet d’appui à l’inclusion financière des petites et moyennes entreprises (PAIF-PME). Un projet de près de 56 milliards FCFA, étalé sur 6 ans. Pour plus de connaissance, le Chargé de projet, Séraphin Wilfried Kaongo Kientéga, a accordé une interview à L’Economiste du Faso, le mardi 6 avril 2021 à Ouagadougou.

L’Economiste du Faso : Le gouvernement burkinabè vient de lancer le Projet d’appui à l’inclusion financière et l’accès au financement des petites et moyennes entreprises (PAIF-PME), au-delà des mots, c’est quoi le PAIF-PME ?

Séraphin Wilfrid Kientéga : Le PAIF-PME a été lancé officiellement le 6 octobre 2020. Mais l’idée du projet remonte depuis 2018, mais l’Etat n’a signé un accord de financement avec son partenaire, la Banque mondiale, que le 10 mai 2019. Le projet est rentré en vigueur le 06 septembre 2019 et sa clôture est prévue le 30 avril 2025. Le PAIF-PME a pour objectif de développement d’accroître l’accès aux services financiers numériques et faciliter l’accès au crédit pour des bénéficiaires ciblés.

Quels sont les principaux acteurs qui interviennent dans la mise en œuvre du Projet ?

La mise en œuvre du Projet incombe à l’Unité de gestion du Projet et à des structures opérationnelles partenaires que sont l’Agence comptable centrale du Trésor (ACCT), la Caisse autonome de retraite des fonctionnaires (CARFO), la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), la Direction générale des Douanes (DGD), la Direction de la surveillance et du contrôle des Systèmes financiers décentralisés (DSC-SFD), le Fonds d’appui aux activités rémunératrices des femmes (FAARF), le Secrétariat permanent pour la Promotion de l’inclusion financière (SP-PIF) et la Société financière de garantie interbancaire du Burkina (SOFIGIB).

Quels sont les principaux bailleurs et le coût du Projet ?

Le PAIF-PME est financé par l’Etat burkinabè à hauteur de 701.886.000 FCFA. La Banque mondiale, l’unique bailleur, finance le Projet à hauteur de cent millions de dollars américains, soit environ 55 milliards FCFA. Le montant total du Projet est de 55.701.886.000 milliards FCFA pour la période (2019-2025). 

Quelle est la finalité d’un tel  Projet pour le gouvernement burkinabè ?

Le gouvernement burkinabè souhaite, à travers le PAIF-PME, une contribution pour inclure le maximum de personnes exclues, notamment, en milieu rural, dans le circuit financier formel,  renforcer les capacités des structures nationales en charge de la supervision du secteur de la microfinance, améliorer l’éducation financière et la protection des consommateurs des services financiers numériques, accroître l’offre de crédit aux femmes entrepreneurs, aux MPME et aux agriculteurs qui éprouvent beaucoup de difficultés pour y avoir accès. Autrement dit, l’objectif c’est d’accroître l’accès aux services numériques et l’accès au financement pour les PME.

Aussi, nous avons la stratégie régionale d’inclusion financière de la BCEAO, qui veut que dans les prochaines années, les pays puissent atteindre un taux d’inclusion financière de 75% de leurs populations, en mettant l’accent sur l’inclusion financière des populations en milieu rural. Le Projet est en total cohérence avec la Stratégie régionale d’inclusion financière de la BCEAO. Les objectifs 3 et 4 de la Stratégie régionale de la BCEAO sont de promouvoir les innovations qui assurent l’inclusion des population exclues (jeunes, femmes, PME, populations rurales, personnes à faible niveau de scolarisation et les PME) et de renforcer l’éducation financière et la protection des clients dans les services financiers. Le Projet s’aligne directement avec la promotion de la finance numérique, ses campagnes d’éducation financière, la création d’un Observatoire des services financiers de qualité et la mise en place d’un instrument innovant de garantie du crédit pour promouvoir les prêts aux PME.

Avec la situation sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne, aujourd’hui, c’est beaucoup plus judicieux et même un impératif d’aller vers la digitalisation des paiements. Autre finalité, c’est de limiter au maximum la manipulation des billets de banque source de beaucoup de dangers et ce, dans le contexte sanitaire que nous vivons.

Quelle est la différence entre le PAIF-PME ; le Fonds national pour la finance inclusive (FONAFI) (2019-2025) avec un montant de plus de 44 milliards FCFA et la Stratégie nationale pour la finance inclusive (SNFI) (2019-2023) avec plus de 59 milliards FCFA ?

Elles sont toutes différentes les unes des autres. La SNFI est la traduction au niveau national de la Stratégie régionale d’inclusion financière de la BCEAO. Le Burkina Faso s’est doté, en 2019, d’une Stratégie nationale de la finance inclusive (SNFI). Maintenant, pour dérouler la SNFI, il y a un certain nombre de canaux qui concourent à sa réalisation. Le FONAFI mis en place avec comme partenaires-clés la  BOAD et l’Etat burkinabè a comme tutelle technique le Premier ministère et comme tutelle financière le MINEFID. Les deux structures (PAIF-PME et FONAFI) sont complémentaires et travaillent de manière synergique pour apporter leur contribution à la mise en œuvre réussie de la SNFI. Pour l’instant, on peut les considérer comme faisant partie des bras financiers pour la mise en œuvre de cette SNFI. Celle-ci vise un accès accru et permanent à une gamme de produits et services financiers durables, innovants, adaptés, diversifiés et à coûts abordables, offerts par des institutions saines et pérennes à une population financièrement éduquée, notamment, les femmes, les jeunes, les acteurs du monde rural et les PME du Burkina Faso.

Donc, le PAIF-PME n’est pas un élément de trop ni de moins, encore moins le FONAFI. Toutes ces structures concourent à ce qu’on puisse intégrer le maximum de personnes dans le circuit financier formel, notamment, les personnes en milieu rural, une mise en œuvre réussie de la SNFI au Burkina Faso.

Quelles sont les principales cibles directes ou indirectes du Projet ?

Pour revenir à votre question, pour nous, ces structures de mise en œuvre constituent les premiers bénéficiaires du Projet. Les cibles finales sont les MPME, les femmes entrepreneurs, les agriculteurs, les utilisateurs des services financiers numériques. Le PAIF-PME ne touche pas directement les bénéficiaires finaux, en mettant à leur disposition quoi que ce soit. Le Projet passe par la DGTCP, la CARFO, la CNSS, la DGD, le FAARF, à travers la digitalisation d’un certain nombre de prestations à leur niveau pour leur permettre d’offrir les meilleurs services possibles.

Au niveau de la Douane, le Projet intervient pour accompagner la DGD dans le cadre du projet « e-douane ». La DGD a mis en place un projet dénommé « SYDONIA WEB » qui permet les déclarations en ligne. Le Projet va accompagner la Douane à mettre en place le projet « e-douane » qui permettra in fine de pouvoir payer les droits de douane en ligne au-delà de la déclaration qui est déjà effective à ce jour.

Au niveau du Trésor public : primo, le Projet va accompagner l’Agence comptable centrale du Trésor à se connecter aux systèmes régionaux de paiement dénommé « SICA-UEMOA » et « SITAR-UEMOA » qui sont déjà fonctionnels. Secundo, faciliter la connexion du Trésor public au GIM-UEMOA et apporter une contribution à l’amélioration de la fonction bancaire du Trésor pour offrir des prestations de service de qualité à ses usagers.

Avec la SOFIGIB, l’Etat a signé une convention de fiducie-gestion pour mettre en place un Fonds de garantie qu’on appelle la Garantie partielle de portefeuille qui comporte trois (3) guichets. Ce nouvel instrument dans le paysage financier actuel permet d’améliorer l’offre de crédits aux PME, aux agriculteurs, aux femmes entrepreneurs.

Les bénéficiaires finaux du Projet, ce sont les utilisateurs des services financiers numériques des structures comme la CARFO, la CNSS, la DGD, les IMF, le FAARF, les femmes, les PME ; les agriculteurs qui bénéficient de crédits par l’entremise de la garantie de portefeuille ; les jeunes, les consommateurs de services financiers numériques, la population à travers l’éducation financière.

Au titre du FAARF, le Projet intervient pour une amélioration de son système de gestion, un renforcement des capacités et une meilleure transition de ses clients vers le secteur formel. Il en est de même pour la DSC-SFD avec en sus, l’accompagnement pour une supervision des SFD basée sur les risques.

Quant au SP-PIF, il est accompagné par le Projet pour mettre en place un Observatoire de la qualité des services financiers et une éducation financière.

Pour les 8 structures partenaires de mise en œuvre, on peut aussi les assimiler un peu à des bénéficiaires directs. Car, le Projet non seulement leur apporte de l’équipement pour améliorer leur système de gestion, mais de l’assistance technique pour une mise en œuvre réussie de leurs activités, un renforcement de capacité de leur personnel et les clients pour d’autres.  A partir des équipements reçus, elles vont pouvoir améliorer leurs prestations avec leurs clients (là, elles facilitent la mise en œuvre du Projet de façon indirecte). Avec les équipements, l’assistance technique aux différentes structures, le Projet contribue ainsi à l’amélioration des services fournis aux bénéficiaires, les usagers, leurs performances, leurs qualités. Exemple, au niveau du Trésor public, le Projet l’accompagne à se connecter aux systèmes régionaux de paiement avec un assistant technique recruté par le Projet à cet effet. Même chose avec la CARFO, la CNSS et la Douane, etc.

Quel est le nombre de cibles visé ?

Parler de cibles, c’est d’abord considérer les deux angles d’intervention du Projet :

Dans un premier temps, il faut rappeler que le Projet agit sur l’économie du Burkina Faso, en améliorant l’inclusion financière des particuliers. En considérant ce volet relatif à l’inclusion financière par la digitalisation des paiements, les cibles sont connues. Dans le domaine de la digitalisation des paiements (le Trésor public, la Douane, la CARFO, la CNSS et certaines structures de microfinances, le FAARF), à la fin du Projet, nous allons essayer d’évaluer le pourcentage des personnes qui reçoivent ou qui envoient des transactions par le canal numérique. En termes clairs, le Projet compte apporter sa contribution pour une amélioration de la digitalisation des paiements (utilisation des comptes de transaction) de l’ordre de 30% au niveau de ces structures :

Pour la CNSS et la CARFO, cela va concerner les bénéficiaires de services sociaux qui reçoivent les prestations sociales versées dans leurs comptes de transaction (30%.) ;

Pour la Direction générale des Douanes, le Projet compte contribuer à porter les paiements des droits de douane par voie électronique de l’ordre de 30% ;

Et pour les clients d’IMFS, le Projet va mesurer le pourcentage de clients qui reçoivent un décaissement de prêt ou qui effectuent des transactions en utilisant des comptes de monnaie mobile associés à leurs comptes d’IMF, la cible est fixée à 30% d’ici la fin du Projet.

Dans un premier temps, le Projet va impacter l’accès à la finance en stimulant l’offre de crédit au secteur agricole, aux PME et aux femmes entrepreneurs, à travers un système de garantie. Maintenant, pour ce qui est d’accroître l’accès au financement des bénéficiaires ciblés, nous espérons pouvoir accompagner d’ici à la fin du Projet prévue en 2025, 12 000 personnes (nombre cumulatif de producteurs, de PME et de femmes entrepreneurs emprunteuses). Soient environ 4.000 PME ; 4.000 femmes et 4.000 PME agricoles.

Des perspectives ?

Sur l’inclusion financière, le Burkina Faso est sur la bonne voie. Pour cela, le Projet va apporter sa contribution pour que d’ici là, les populations rurales puissent avoir accès à des services financiers numériques à moindre coût, bénéficier d’une plateforme d’éducation financière basée sur le digital et d’une campagne d’éducation financière, disposer d’un Observatoire de la qualité des services financiers numériques. Toujours en termes de perspectives, c’est l’amélioration des systèmes d’information et de gestion des IMF, du FAARF, de la DSC-SFD, le renforcement des capacités des acteurs de mise en œuvre du Projet.o

Propos recueillis par Ambèternifa Crépin SOMDA

 

Encadré

Le PAIF-PME est structuré en 4 composantes, à savoir :

-Composante 1 : Augmenter l’utilisation des comptes de transaction (28,3 millions USD)

-Composante2 : Renforcer la capacité institutionnelle pour accroître l’inclusion financière (8,7 millions USD)

-Composante 3 : Augmenter l’accès des agriculteurs et des PME au crédit (54,5 millions USD

Composante 4 : Gestion du Projet (8,5 millions USD).o

Source : Document du Projet

Commentaires
Numéro d'édition: 387

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.