Mise en place de la nouvelle réforme scolaire: pourquoi l’AESO proteste

Le gouvernement du Burkina Faso entend mettre en œuvre une réforme sur l’organisation des examens et concours scolaires. Le 18 mars 2021, le ministre de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales (MENAPLN), Stanislas Ouaro, faisait une déclaration liminaire pour en informer l’opinion publique. L’Association des élèves du secondaire de Ouagadougou (AESO) proteste contre cette réforme. Le 29 mars 2021, l’association a organisé une grève de 48 heures pour montrer son mécontentement. L’Economiste du Faso est allé à la rencontre du président de l’association, Madi Ouédraogo. Il a été question de faire le point sur les revendications de l’AESO et de faire un bilan de la grève du 29 mars. Il était assisté par le délégué des militants, par ailleurs élève en classe de Tle D au Lycée Nelson Mandela, Fawaz Touré.

L’Economiste du Faso : Pouvez-vous nous présenter votre structure ?

Madi Ouédraogo (président de l’AESO et élève en classe de Tle D au Lycée Nelson Mandela) : Je milite dans l’Association des élèves du secondaire de Ouagadougou (AESO). C’est une association à caractère syndical qui lutte pour les intérêts matériaux et moraux des élèves.

Vous avez battu le pavé dans la matinée du 29 mars 2021, rappelez-nous les raisons de cette grève. Quels sont les points de votre revendication ?

Effectivement, nous étions dans les rues de Ouagadougou le 29 mars 2021. Trois raisons essentielles ont occasionné la grève. Il s’agit de la réforme des examens et concours que le gouvernement veut mettre en place, le retour des examens blancs et la levée de la suspension des activités socioculturelles. Depuis 2017, les établissements publics d’enseignement au Burkina n’ont plus fait d’examen blanc.

Le lendemain de la grève (30 mars 2021), la Direction régionale des enseignements post-primaire et secondaire du Centre a fait un communiqué pour revenir sur l’explication de la réforme. Le gouvernement ne donne-t-il pas l’impression que vous n’avez pas bien compris les mesures qu’il veut entreprendre ?

Nous avons, en effet, appris le communiqué du Directeur régional qui disait qu’il y avait bel et bien un second tour au BAC et au BEPC. Le communiqué disait également qu’il n’y avait plus de sujet au choix dans les épreuves d’Histoire-Géographie (HG) et de Science de la vie et de la terre (SVT) au BEPC et que les conditions d’accès à l’université resteraient inchangées, c’est-à-dire sans test. Nous nous posons la question suivante : s’il n’y a pas de test après le BAC pour aller à l’université, pourquoi vouloir le transférer au MENAPLN ? Nous pensons qu’il y a anguille sous roche.

Vous êtes contre l’organisation du BAC par le MENAPLN. Vous avez peur que dans les années à venir, le gouvernement exige de passer un concours pour accéder à l’université, alors que le gouvernement rassure que cela n’arriverait pas. Notre pays accueille depuis plusieurs années (sans test), des étudiants d’autres pays comme le Mali et la Côte d’Ivoire où le BAC est organisé par le ministère de l’Enseignement secondaire. N’avez-vous pas peur pour rien ?

Le gouvernement dit qu’il veut entrer dans l’harmonisation de l’organisation du BAC dans les Etats de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Nous avons appris que si on veut faire les études universitaires dans les pays comme la France ou le Canada avec le BAC ivoirien par exemple, on exige de passer au préalable une année préparatoire avant d’accéder à l’université. Mais avec le BAC du Burkina ou du Sénégal par exemple, on a directement accès à l’université. C’est pourquoi, nous voyons en cette réforme comme une dévalorisation du BAC burkinabè. En plus, qu’est-ce qui prouve que l’accès à l’université au Burkina Faso sera sans test dans les années à venir ? Qu’il fasse un papier qui va montrer que l’université sera contrainte de prendre les bacheliers. Nous, nous savons que tôt ou tard, l’accès à l’université sera conditionné soit par un critère d’âge, de moyenne, soit par un test comme nous le disons. Nous soupçonnons qu’il y aura ces genres de condition pour être étudiant. Nous ne pouvons pas nous asseoir et attendre que ce jour arrive avant de protester. C’est pourquoi, nous disons non à la réforme.

La suppression des sujets au choix en Histoire-Géographie et en SVT à l’examen du BEPC ne permettrait-elle pas aux candidats de gagner en temps ? Le choix du sujet est souvent difficile pour certains…

Pour régler ce problème, on aurait compris si la réforme prévoyait d’augmenter le temps imparti à la composition de ces épreuves. Cette suppression du sujet au choix ne nous arrange pas quand on sait que les programmes sont vastes. En plus, les mesures qui ont été prises sont impopulaires. Nos parents n’ont pas été concertés, les élèves aussi. Nous ne nous sentons pas impliqués dans la prise de ces mesures. Leur argument ne tient pas. Il n’y a pas de sujet au choix qu’en HG et en SVT. Il y en a également en philosophie, en français et des options en Education physique et sportive (EPS). Alors, pourquoi supprimer en HG et en SVT.  Nous comprenons par-là que c’est pour réduire le nombre d’admis à l’examen du BEPC.

Qu’en est-il de la levée de la suspension des activités socioculturelles ?

Pour lutter contre le Coronavirus, les autorités ont suspendu nos activités récréatives. A ce niveau, le problème est que nous avons fait des cotisations pour la réalisation de ces activités. Cela fait partie de la scolarité. Si ces activités sont suspendues, alors, on doit nous remettre notre argent. Cela n’a pas été fait. Ces activités ont été purement et simplement suspendues sans notre avis. Et pourtant, c’est seulement au niveau scolaire qu’on remarque cette suspension. Sur le plan national, même dans la ville de Ouagadougou, nous constatons l’organisation des activités festives.

Qu’allez-vous faire si le gouvernement ne donne pas satisfaction à vos points de revendication ?

Nous sommes une organisation à caractère syndical. On est d’abord passé par des négociations. Nous avons déposé une demande d’audience au MENAPLN le mardi 23 mars et le préavis de grève le mercredi 24 mars 2021. C’est jusqu’au dimanche 28 mars à 11h qu’on m’a contacté pour une rencontre à 15h. Ce n’était pas possible. Nous sommes une structure organisée. On ne pouvait pas regrouper les membres dans cette condition pour la rencontre. Il faut dire qu’on a d’abord tendu notre main au ministère qui semblait ne pas vouloir nous recevoir. Nous ne pouvons rien dire pour le moment. Mais si nous n’obtenons pas satisfaction, nous prévoyons continuer la lutte. J’aimerais profiter de votre micro pour démentir les fausses informations sur moi qui circulent sur les réseaux sociaux. Je me nomme Ouédraogo Madi, élève au Lycée Nelson Mandela en classe de Tle D et non Ouédraogo Mahamadi, élève en classe de 1re. J’ai 21 ans et non 27 ans. Il y a aussi une déclaration qu’on m’attribue. Je cite : « Si ces réformes passent, nos propres enfants risquent de nous rattraper. Nous sommes déjà fatigués de faire les mêmes classes avec nos petits frères ». Je n’ai jamais tenu une telle déclaration. o

Entretien réalisé par Issouf TAPSOBA (Stagiaire)

 

 

Encadré

Mieux communiquer afin d’éviter les crises, publié le 6 avril 2021

Dans une tribune de Sidzabda Damien Ouédraogo, publiée par nos confrères de Lefaso.net le 6 avril dernier,  il fait une analyse de la grève des élèves contre les réformes des examens scolaires. Pour lui, cette manifestation est due à une mauvaise communication du gouvernement sur la réforme, laissant place à des rumeurs. Ces rumeurs ont entrainé des incompréhensions, de la colère au sein du public, puis le rejet de la mesure avant même son annonce officielle. Il soutient qu’il y a des « souffleurs de braises » derrière cette colère des scolaires. A son sens, ces réformes n’ont fondamentalement rien de mauvais contre les intérêts des candidats, et ne remettent pas  en cause l’avenir du système éducatif. De l’autre côté, le gouvernement justifie la réforme par la perspective d’améliorer les résultats du BEPC. Aussi, l’organisation du Baccalauréat par le ministère des Enseignements secondaires à partir de 2022, s’inscrit dans la dynamique  d’être en phase avec la dynamique d’harmonisation du BAC et des programmes d’enseignement secondaire général dans les pays membres de l’UEMOA.o

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Numéro d'édition: 387

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