Plusieurs milliers d’investisseurs attendent toujours d’être remboursés. En attendant, les responsables des sociétés concernées ont été deposés à la MACO. (DR)

Trading: ce que dit le rapport de l’expert

• La plupart des sociétés sont déficitaires

• Royal Finances sur des plateformes non régulées

• Opposition au rapatriement de fonds du broker de CJEBF

Sur ordonnance de commission d’expert en date du 30 juin 2020, la Justice burkinabè a décidé de mieux comprendre  les difficultés de paiements des intérêts et des capitaux soulevées par les  sociétés de trading que sont Globumi, Barka Finances International, Royal Finances  et le Club des  jeunes entreprenants du Burkina Faso (CJEBF), lors de leur audition. Elle a ainsi désigné Wendkouni Michael Breba comme expert pour vérifier si les sommes collectées ont été effectivement investies sur des plateformes, de dire s’il y a effectivement des blocages pour rapatrier les fonds et de quelle nature sont-ils ? Spécifiquement pour Barka Finances International, l’expert devait vérifier s’il y a effectivement des blocages dans le processus d’acquisition des machines de minage et si cette acquisition pouvait permettre à la société d’honorer ses engagements vis-à-vis  de ses clients.

Plusieurs milliers d’investisseurs attendent toujours d’être remboursés. En attendant, les responsables des sociétés concernées ont été deposés à la MACO. (DR)

En août dernier, l’expert a déposé son rapport. L’Economiste du Faso a pu avoir quelques informations. Ces sociétés ont brassé des milliards pendant trois ans au moins.

Mais à l’arrivée, elles sont presque toutes incapables de tenir leurs engagements au vu des montants restants sur les comptes personnels des responsables et de leurs sociétés. Certains responsables de ses sociétés  étaient encore détenus à la Maison d’arrêt de Ouagadougou, au moment où nous tracions ces lignes.

Globumi : de grosses pertes

Les conclusions de l’expert sont sans appel :   la société et son responsable ne détiennent aucun fonds à l’international chez les brokers pour faire face au paiement  des clients. Globumi est la société qui a le plus collecté de fonds auprès de ses clients. On parle de plus de 20 milliards FCFA.

Le travail de l’expert a permis de révéler que le patron de Globumi a effectivement ouvert des comptes sur trois plateformes de trading, mais à titre personnel. Cependant, les comptes sont  inactifs depuis 2018 chez les Brokers  que  sont IG et Hotferex. Les soldes des comptes actifs logés chez Windsor Brokers sont insignifiants : 780   euros.  Pareils pour leurs comptes bancaires à Dubai, avec environ 5000 dollars.

Au plan national, les investigations de l’expert auprès des banques ont permis de révéler un solde négatif pour  Globumi, tandis que les comptes de ses deux responsables affichaient un solde positif mais dérisoire.  La balance des différents comptes de Globumi et de ses deux responsables  auprès de 6 banques de la place affiche un solde négatif de  plus de 112 millions en août 2020.

Globumi a fait des observations  en novembre 2020 sur le rapport de l’expert, notamment, en ce qui concerne son compte clôturé chez le Broker IG en octobre 2018. On y apprend que près de 22 millions de dollars ont été déposés sur ce compte de  trading, entre décembre 2017 et   septembre 2018. Sur la même période, le niveau d’évolution du compte a frôlé les 40 millions de dollars. Les problèmes ont commencé entre  septembre et octobre  2018, avec des pertes de plus de 31 millions de dollars.

La société a fait un retrait de 4,7 millions de dollars  sur la période de vie du compte, ce qui fait que le solde final de ce compte affichait 3 ,4 millions de dollars.

Dans les faits, Globumi dit avoir collecté 21milliards FCFA auprès de ses clients et en avoir distribué pour un montant de plus de 23, 118 milliards FCFA entre 2016 et 2019 (voir détails dans le tableau) et s’engageait à trouver, par tout moyen légal, les moyens d’honorer ses engagements.

On se souvient que la société avait signé au  mois d’août 2020 avec ses clients, un moratoire qui courait de janvier 2021 à décembre 2024. Un partenariat avec un autre Broker qui loue des comptes de trading devait permettre de se faire une nouvelle santé. Aujourd’hui, cette tentative ne semble pas avoir prospéré. Mais dans les coulisses, on apprend de certains investisseurs que des paiements sont programmés en mars. Wait and see.

Ces sociétés  et leurs responsables font l’objet d’une information judiciaire pour faits d’escroquerie, de complicité d’escroquerie aggravée, de délit d’apparence, de soustraction frauduleuse  à l’impôt, de blanchiment de capitaux, de complicité de blanchiment et de tentative de blanchiment.

Royal Finances : son responsable dans la nature

Royal Finances, contrairement à Globumi,  avait une somme relativement importante sur son compte.

Un solde positif de 423 millions FCFA. Son premier responsable était porté disparu au moment de l’enquête,  laissant sur son compte personnel environ 250 000 FCFA.

Son absence a compliqué les recherches à l’international.  Car, sur la base des informations disponibles, aucune plateforme n’a reconnu Royal Finances.

Barka Finances : ces machines de minage

Cette entreprise disposait effectivement de compte chez des Brokers (IQ OPTION et ICM Capital), révèle le rapport d’expertise.  Le montant de l’investissement dans ses deux comptes était de 35 millions FCFA. Dans les livres des banques au Burkina, le blocage des comptes a permis d’identifier un solde global de 87, 7 millions. Cette société a mobilisé près de 4 milliards FCFA. Impossible également d’honorer ses engagements. Quid alors des investissements sur appareils de minage dont l’usage devait permettre à Barka Finances de générer des revenus. ? Le rapport constate que la société qui devait livrer les machines existe, certes, mais aucun bureau physique n’existe et n’était accessible à l’expert. Par contre, le rapport met le doigt sur la façon dont la transaction de 1 milliard FCFA a pu se faire pour acquérir ces machines  BTC. Barka aurait utilisé la méthode HAWALA via une société de la place. Cette méthode informelle, explique le rapport, ne laisse aucune traçabilité bancaire et permet d’éviter les taxes. Le rapport prévient que cette méthode comporte  des risques comme l’escroquerie ou le blanchiment. Pour autant, explique le rapport,  l’acquisition effective des machines de minage n’aurait pas permis à Barka Fiances d’honorer ses engagements à cause de ses charges d’exploitation.

La CJEBF : opposition pour le rapatriement des fonds

6 milliards FCFA se trouvent sur le compte de trading de cette structure qui a mobilisé le montant de 4 milliards auprès de ses clients. L’expert estime que cette structure pourrait faire face à ses engagements, à condition d’avoir accès aux fonds. Le Broker auprès duquel ce compte est ouvert a demandé au préalable la clarification des accusations par les autorités burkinabè, notamment, sur le blanchiment de capitaux et sur le financement du terrorisme. o

FW

 

Encadré

Justice: et maintenant ?

Le rapport de l’expert est entre les mains du juge depuis août 2020. Même si tout n’est pas clair, notamment, la justification des pertes, on sait désormais comment certains ont agi.

Au regard des soldes bancaires, elles paraissaient toutes insolvables. Seul CJEBF pourrait rembourser ses clients, à condition que la Justice élucide rapidement les charges de blanchiment et de financement de terrorisme pour permettre au Broker de rapatrier les fonds. C’est le seul blocage technique révélé par le rapport.

En dehors de Royal Finances, les autres sociétés avaient loué des comptes auprès de Brokers. Mais c’étaient des comptes personnels au nom de leurs responsables. L’argent collecté et distribué a donc circulé a priori entre les comptes de ces sociétés à partir de Ouagadougou via les cartes prépayées en direction des comptes de trading. Le plus difficile restera à tracer tous les transferts pour voir si certains montants n’ont pas pris d’autres destinations.

Autre question à élucider. C’est le volume très élevé des pertes. Faut-il s’en tenir à la bonne foi des sociétés ? Une question qui taraude certainement la Justice burkinabè qui, depuis le début de cette affaire, a pris le remboursement des investisseurs comme priorité.o

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Numéro d'édition: 381

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