Les rangs de l’opposition se vident. Qui sont ceux qui resisteront avec le nouveau chef de file de l’opposition, Eddie Komboïgo (à gauche). (DR)

Vie des partis: Pourquoi cette désertion de l’opposition ?

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Les rangs de l’opposition se vident. Qui sont ceux qui resisteront avec le nouveau chef de file de l’opposition, Eddie Komboïgo (à gauche). (DR)

Depuis la formation du nouveau gouvernement avec la nomination de l’ex-chef de file de l’opposition politique burkinabè, Zéphirin Diabré, comme ministre d’Etat, ministre auprès du président du Faso, chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, bon nombre de partis politiques de l’autre bord se rallient à la majorité présidentielle. Qu’est-ce qui explique cette ruée vers la majorité présidentielle ? Quelles conséquences peut-on en tirer ?

« On ne comprend plus rien à la politique. Il n’y a plus d’opposition au Burkina… ». Ce sont des commentaires du genre que l’on entend lorsque les Burkinabè  commentent l’actualité politique au pays des Hommes intègres. En effet, depuis l’officialisation du nouveau gouvernement dont fait partie l’ex-chef de file de l’opposition politique, Zéphirin Diabré, et son parti l’Union pour le progrès et le changement (UPC), la désertion d’autres partis dits de l’opposition vers le camp de la majorité présidentielle se poursuit. Récemment, ce sont la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), le Mouvement africain des peuples (MAP) et le Parti de la justice et du développement (PJD) qui ont rejoint la mouvance présidentielle. Il est probable que les jours à venir, d’autres leur emboîteront le pas. Petit à petit, le champ de l’opposition politique se rétrécit comme une   peau de chagrin. Hier contempteurs du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) et ses alliés, ils en sont aujourd’hui devenus de fervents partisans. Avec des fortunes diverses, ils ont opté pour le camp de ceux qu’ils considéraient auparavant comme des adversaires. Motivés ou opérés de plein gré, ces ralliements feront à coup sûr des déçus. Déjà, au sein même de la majorité, le partage du «gâteau» entre le MPP et ses alliés est une question délicate qui divise. Certains arrivants qui ont basculé dans la mouvance en nourrissant le secret espoir d’être chichement récompensés devront prendre leur mal en patience ou se contenteront d’être de simples figurants.

Si certains observateurs de la scène politique voient en cette ruée vers la majorité présidentielle une perspective intéressante pour le chantier de la réconciliation nationale, il n’en demeure pas moins qu’ils sont lourds de conséquences pour l’animation de la vie démocratique au Burkina Faso. L’on doute fort que l’opposition politique, dans sa configuration actuelle avec les principales figures de proue, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et l’Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) puisse jouer véritablement son rôle de contre-pouvoir au régime. Le débat démocratique risque de connaitre un recul, au regard de la reconfiguration de la scène politique. Une sorte de consensus a de fortes chances de s’installer au sein de la classe politique au nom de la réconciliation nationale. Il ne sera pas étonnant de voir très prochainement toutes sortes de propositions inhérentes à ce chantier si cher au président du Faso. Le Burkina Faso court donc le risque de tomber dans le piège de la « démocratie de consensus » dont le Mali en a fait les frais sous l’ère de Feu Amadou Toumani Touré (ATT). A l’époque, ATT a œuvré pour contenter presque tous ses opposants afin d’asseoir une gouvernance relativement tranquille. Ce deal entre politiciens avait fini par mettre au second plan les vraies préoccupations du peuple malien. Au nom de cette démocratie de consensus, l’ancien chef d’Etat malien avait même ouvert ses bras aux rebelles du Nord Mali en 2012 et qui allaient se retourner plus tard contre lui. Une situation qui déclenchera un mécontentement général jusqu’à ce qu’il fut éjecté de son fauteuil présidentiel à quelques mois de la fin de son second mandat. Depuis lors, le Mali traverse des moments d’incertitudes, parce qu’une certaine complaisance a pris racine dans la gestion des affaires publiques. Clientélisme, corruption et détournement de biens étaient devenus une banalité dans ce pays au nom de cette démocratie consensuelle.

C’est pourquoi, l’uniformisation du discours politique sur l’autel du rassemblement de tous les Burkinabè peut couver les germes d’un revers cuisant. Ces désertions vers la majorité, au-delà des raisons avancées, jettent tout de même un discrédit sur l’image de l’homme politique et de sa parole au pays des Hommes intègres. L’on se demande s’il y a une vérité, du moins une morale en politique. Les militants à la base se sentent quelque peu trahis pour avoir cru en des gens qui peuvent se dédire d’un moment à l’autre.

Ces retrouvailles au sein de la majorité vont susciter, à coup sûr, une contradiction d’intérêts. Toute chose qui fait dire à un analyste que la future vraie opposition naîtra au sein de cette même majorité. Ce qui est en train de se tramer actuellement sur l’échiquier politique burkinabè ressemble à un prélude aux échéances électorales de 2025.

Au fil du temps, les motivations réelles de ce chamboulement politique seront publiquement connues. Ce qui s’apparente à une mobilisation autour d’une préoccupation de portée nationale et salutaire pour tous n’est qu’un calme qui annonce une grande tempête. Les alliances de circonstances tiendront au gré de l’évolution des intérêts et des positionnements pour les futurs scrutins. La majorité actuelle aura du mal à concilier les intérêts des uns et des autres. Et, les intérêts primant en de pareilles situations, les lézardes se laisseront voir d’ici-là.  Wait and see !o

Jérôme HAYIMI

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Numéro d'édition: 3747

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