Mandat du Président Kaboré: La corruption a augmenté en 5 ans

• Une fréquence des cas de corruption en hausse

• Plusieurs raisons avancées

• 22 dossiers en instruction en 2019 au Tribunal de Grande instance de Ouagadougou 

A la fin du mandat du Président Roch Marc Christian Kaboré, quel bilan peut-on faire de la lutte contre la corruption ? Dans son discours d’investiture en 2015, il a affirmé que son programme « ambitionne de répondre à cette quête de justice, de transparence, de démocratie et de prospérité partagée exprimée par toutes les composantes de notre Nation ». Le rapport sur l’Etat de la corruption que le Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC) publie chaque année constitue un véritable baromètre de la corruption au Burkina Faso.

Dans les rapports 2016 à 2019, la fréquence de la corruption, selon les citoyens, est allée crescendo. Si 52% ont indiqué qu’elle était fréquente en 2016, cette proportion est passée à 69% en 2017 pour se situer respectivement à 67,2% et 75,7% en 2018 et 2019.

Durant les 5 années du pouvoir du Président Kaboré, les Burkinabè notent une tendance haussière de la corruption. Alors qu’en 2016, seulement 16% des enquêtés ont déclaré qu’il y avait plus de corruption au Burkina, en 2017, le pourcentage a augmenté pour atteindre 17,4%. La situation s’est empirée en 2018 et en 2019. Selon 21% des enquêtés en 2018 et 40% en 2019, la corruption est en augmentation dans le pays.

Diverses raisons ont été avancées sur cette hausse de la perception, d’une part, sur les expériences vécues, et d’autre part, sur les révélations de la presse en rapport avec des pratiques de corruption dans les services publics.

Les témoignages de quelques enquêtés en disent long. Selon un commerçant de Koudougou : « Avant, lorsque je faisais venir mes marchandises de l’extérieur, je ne souffrais pas trop. Maintenant, à chaque contrôle, il faut payer de l’argent ».

« La situation s’empire ; parce que  la corruption a atteint tous les services, même ceux qui ne connaisaient pas la corruption avant. Dans le domaine des marchés publics, par exemple, c’est grave», a déclaré un employeur de Dédougou.

La faible rémunération des agents publics est l’une des raisons avancées. C’est le cas de ce fonctionnaire de Ouahigouya pour qui  « tous les services publics sont de plus en plus dans cette pratique. Beaucoup d’agents pratiquent la corruption pour complèter leur salaire, surtout cette année, avec la vie chère ». Il en est de même pour cette femme fonctionnaire de Ziniaré : « Il est fréquent que les agents de la Fonction publique recoivent des offres, surtout en nature, avant ou après avoir traité un dossier (service censé etre légal) ».  Selon l’enquête 2019 du REN-LAC, la corruption est perçue aussi bien par les personnes scolarisées et les non scolarisées.

Dans la majorité des cas, c’est l’agent public qui a sollicité à l’usager une rétribution illégale pour un service supposé être gratuit.

Quelques récits revèlent les circonstances au cours desquelles des enquêtés ont personnellement payé des rétributions illégales à des agents publics. C’est le cas de cet employé de Pouytenga : « La Douane de Tenkodogo a pris mes 30 sacs de sucre avec ma voiture. Par intervention de l’association des commerçants de Pouytenga , j’ai offert 500.000 FCFA au responsable de l’association pour gérer la situation. Finalement, l’agent a remis ma voiture sans le sucre. J’ai remis les 500.000 FCFA sans un reçu en contrepartie ».

Des propos qui corroborent avec ceux d’un indépendant de Ouagadougou. « J’ai eu un contrat de pause-café au niveau d’un ministère dans le cadre d’une formation. Trois agents dudit ministère sont venus successivement me voir, dont le DAF, qui m’a demandé 200.000 FCFA, le chargé des appels d’offres, 25.000 FCFA, et le gestionnaire des salles 10.000 FCFA. J’ai été contrait de remettre 235.000 FCFA, puisque je crains de ne plus décrocher d’autres marchés et que mon chèque ne traîne pour le paiement ».

Certains agents corrompus exploitent les moments de faiblesse des usagers pour les spolier. « En juin 2019, j’ai perdu mon père.  A la morgue du CHR, l’agent de santé de la morgue m’a prescrit une liste de produits à payer. Les produits que j’ai pu acheter m’ont coûté 28.000 FCFA. L’agent a complété les produits manquants et m’a fait payer 100.000 FCFA sans un reçu », témoigne un salarié de la ville de Gaoua.

C’est aussi le cas de ce retraité de Bobo-Dioulasso qui raconte ses mésaventures : « En fevrier 2019, le suis allé à la CARFO de Bobo-Dioulasso pour mes problèmes de pension de retraite et ma rente d’incapacité, car je ne percevais que la rente sans la pension. Un agent m’a proposé de donner 25.000 FCFA pour qu’il règle ce problème le plus tôt possible. J’ai été obligé, après négociation, de payer 15.000 FCFA pour que le problème soit résolu ».

L’augmentation de la corruption a été aussi constatée par Transparency International. Dans son indice de perception de la corruption de 2019, le Burkina Faso se place au 85e rang sur 180 pays les plus corrompus. Le pays régresse dans le classement par rapport à 2018, où son score était au 78e rang sur les 180 pays. Une situation qui dénote de l’agravation de la situation de la corruption au Burkina Faso.

Pourtant, des actions ont été posées dans le domaine de la lutte, dont l’adoption de quelques textes d’application de la loi N°004-2015/CNT portant prévention et répression de la corruption au Burkina Faso. Des structures de veille et de contrôle comme l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption et la Cour des comptes ont publié des rapports à l’issue des différents contrôles et audits de l’administration publique. Des cas de corruption ont été révélés dans ces rapports dont certains portés en Justice. o

Elie KABORE

 

Encadré

Tribunal de Grande instance de Ouagadougou:

22 dossiers en instruction en 2019

Malgré la mise en place des pôles spécialisés, notamment, économique et financier, les cabinets d’instruction regorgent toujours de nombreux dossiers. Les magistrats nommés dans ces pôles spécialisés ont, certes, bénéficié de formations mais du fait du non-respect des spécialisations, ces magistrats continuent de traiter toutes les procédures. Cette situation plombe la lutte contre la corruption.o

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Numéro d'édition: 373

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