Elections présidentielle 2020: Roch Kaboré réussit son pari du coup KO

• Posture républicaine

• Une assise à l’Assemblée nationale

• Un processus qui s’enracine

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a proclamé les résultats provisoires de l’élection présidentielle. Le président sortant la remporte largement avec un score de 57,87%. En dépit de quelques dysfonctionnements relatifs aux opérations électorales, c’est la démocratie burkinabè qui avance.

Dès le premier tour de la présidentielle du 22 novembre 2020, le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, s’est largement imposé devant ses 12 challengers avec un taux de 57,87% des voix. Sur deux millions 993 mille 288 votants, il aura conquis un million 654 mille 982 d’électeurs. Il est suivi du candidat Eddie Komboïgo (15,48%) du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et de Zéphirin Diabré (12, 46%) de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Ainsi, le coup KO promis par le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), s’est réalisé comme en 2015. Cette fois-ci, le président du Faso a amélioré son score de quelques quatre points, puisqu’il avait été élu en 2015 avec plus de 53% des voix. En dépit des impondérables comme l’insécurité qui se sont imposés lors de son premier quinquennat, bouleversant sérieusement une mise en œuvre cohérente de son programme politique, le président du Faso a plus convaincu que ses adversaires. Connu pour être un homme de dialogue et de consensus, Roch Marc Christian Kaboré a, dans ses premiers mots, pris une posture républicaine en se présentant comme le président de tous les Burkinabè sans exception.   « Je n›oublie pas les électeurs qui ont fait un choix différent. J›entends leurs préoccupations et leurs critiques. Je m›engage à prendre en compte leurs attentes. Je voudrais également rendre un hommage particulier aux autres candidats de cette élection. Je suis profondément attaché à la concertation et au dialogue permanent », a indiqué le chef de l’Etat réélu à l’issue de la proclamation provisoire des résultats. Et il promet d’œuvrer pour la paix et la sécurité des Burkinabè.

Même s’ils ne sont pas encore officiellement proclamés, les résultats des législatives annoncent également une bonne moisson pour le parti présidentiel. En plus de cette percée du MPP, il pourra également compter sur les partis de la mouvance présidentielle pour disposer d’une assise confortable à l’Assemblée nationale. Une situation qui va permettre au président du Faso de mieux traduire sur le terrain, les dix axes majeurs de son programme quinquennal sans trop d’entraves. Faut-il le rappeler, ces chantiers pour les cinq ans se résument à gagner le pari de la sécurité et de la stabilité du pays ; renforcer la démocratie ; réconcilier les Burkinabè et consolider la paix et la cohésion sociale ; réformer l’État, moderniser et professionnaliser l’administration publique ; renforcer le processus de décentralisation et ouvrir des horizons plus larges aux régions ; consolider l’investissement dans le bien-être social ; asseoir l’économie du savoir et redonner à l’école son rôle d’ascenseur social ; gagner le pari de l’emploi des jeunes et des femmes; améliorer le rendement du secteur privé et le niveau de compétitivité de l’économie; assurer un développement durable et relever les grands défis sectoriels. Ce nouveau contrat avec le peuple burkinabè devrait être mis à profit pour corriger les erreurs du premier mandat. Il faudra impérativement améliorer la qualité de la gouvernance pour relever les défis sécuritaires, sociaux et économiques.

Ces élections qui viennent de s’achever dans une relative accalmie illustrent une progressive maturité de la classe politique burkinabè toute tendance confondue. Pour des consultations électorales dont la tenue était en train d’être hypothéquée à cause du péril sécuritaire, les acteurs politiques, grâce au cadre de dialogue et de concertation, ont su mettre en avant l’intérêt général pour s’accorder sur l’essentiel. Les dysfonctionnements organisationnels au niveau de la Commission électorale et la brève cacophonie de l’opposition avant la proclamation des résultats peuvent être analysés sous l’angle des difficultés inhérentes à toute œuvre humaine. Ils n’ont pas entaché la crédibilité et la transparence du double scrutin.

D’autant plus que tous les observateurs nationaux et internationaux, qui ont été témoins des opérations électorales, ont été unanimes à reconnaitre leur caractère apaisé, inclusif et transparent. Au-delà de la victoire du président du Faso, c’est toute la classe politique et le peuple burkinabè qui ont gagné. Bien que la crise sécuritaire ait quelque peu ébranlé la cohésion sociale, la parenthèse électorale s’est déroulée dans un esprit de civilité et d’unité nationale.  Le double scrutin du 22 novembre est venu apporter un peu plus de crédibilité au processus démocratique burkinabè après celui de 2015. C’est le lieu d’interpeller l’ensemble de la classe politique à privilégier l’avenir de la Nation aux intérêts égoïstes. Gagnants et perdants devront, sans concession, se conformer à un exercice d’autocritique pour tirer les leçons de ces élections. C’est dans cette perspective qu’ils pourront amener les sceptiques de la politique à réviser leur position. Le taux de participation (50, 79%), en deçà de celui de 2015, interpelle à plus d’un titre.  o

Jérôme HAYIMI

 

Encadré

Etat global des résultats provisoires de la présidentielle du 22 novembre 2020

Inscrits sur le PV du scrutin : 5 893 406

Total des votants : 2 993 280 (Hommes : 1 640 312 ; Femmes : 1 352 968)

Suffrages exprimés : 2 859 784

Bulletins nuls : 133 496

Taux de participation : 50,79%

Kiemdoro Do Pascal Sessouma : 20 158 voix / 0,70%

Eddie Komboïgo : 442 742 voix / 15,48%

Ségui Ambroise Farama : 25 783 voix / 0,90%

Ablassé Ouédraogo : 51 575 voix / 1,80%

Kadré Désiré Ouédraogo : 95 977 voix/ 3,36%

Yacouba Isaac Zida : 43 403 voix/ 1,52%

Zéphirin Diabré : 356 388 voix/ 12,46%

Gilbert Noël Ouédraogo : 44 347 voix/ 1,55%

Roch Kaboré : 1 654 982 voix/ 57,87%

Abdoulaye Soma : 40 217 voix/ 1,41%

Monique Yéli Kam : 15 124 voix/ 0,53%

Tahirou Barry : 62 639 voix/ 2,19%

Claude Aimé Tassembedo : 6 449 voix/ 0,23%

Source : CENI

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Numéro d'édition: 369

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