A qui profite la gestion des surliquidités ? (DR)

Banques: 923 milliards FCFA de réserves constituées

• Le montant minimum fixé était de 375 milliards pour le Burkina

• Pour la période allant de mars à juillet 2020

• Refus de prêter aux clients ou attitude de prudence ?

A qui profite la gestion des surliquidités ? (DR)

La Covid-19 a impacté négativement les économies des Etats. Au sein de l’Union, les banques ont été renforcées, afin de faire face aux conséquences de la crise.

C’est ainsi que la BCEAO a injecté 4.750 milliards F CFA dans le système bancaire de l’Union, en fin mars 2020. « Cette mesure, l’une des premières de la BCEAO, devait permettre aux banques commerciales de disposer de ressources nécessaires pour conforter leur liquidité et leur permettre de maintenir et d’accroître les crédits à l’économie à des taux plus bas, notamment, en faveur des entreprises et des Etats membres de l’Union », expliquait Ismaël Dem, conseiller spécial du gouverneur de la BCEAO.

Pourtant, déjà à l’époque, les banques de la zone UEMOA évoquait comme conséquences de la Covid-19 sur leurs activités, le ralentissement de la collecte de l’épargne. Des difficultés qui ont entraîné une aggravation des besoins de liquidité sur le système financier de l’Union, selon Ismaël Dem.

Pourtant, selon le bulletin mensuel des statistiques du mois de septembre 2020, publié le 29 octobre 2020 par la BCEAO, la plupart des banques ont constitué une réserve importante depuis mars dernier. En exemple, le cas des institutions financières au Burkina Faso.

Alors que le montant de réserves requis par la BCEAO était fixé à 375,22 milliards F CFA pour la période de mars à juillet, les banques ont constitué 923,02 milliards F CFA. En 5 mois, leurs réserves excèdent de 547,84 milliards F CA, le niveau règlementaire minimal exigé. Refus de prêter aux clients ou attitude de prudence ?

Des institutions surliquides

L’UEMOA, dans le cadre de sa règlementation prudentielle, a mis en place un seuil minimum de liquidité appelé « coefficient de liquidité » que toute banque doit respecter. Il est constitué d’un rapport entre différents éléments de l’actif et du passif du bilan des banques. Une banque qui détient de la liquidité au-delà de ce ratio peut être considérée comme surliquide. C’est le cas des banques du Burkina Faso, durant ces 5 mois de 2020.

Pourtant, la règle veut qu’une banque en situation de surliquidité opte pour trois options selon un ordre de rentabilité décroissante. (1) prêter à la clientèle (particuliers, entreprises, intermédiaires bancaires ou financiers, États), (2) conserver auprès de la Banque centrale et (3) conserver par devers elle.

Depuis mars 2020, nos banques avaient donc l’option entre ces trois procédures. En ont-elles adopté une ou une combinaison de ces trois situations ? Une chose est sûre, entre avril et juillet, les montants de leurs réserves constituées n’ont cessé de croître.

Cette surliquidité signifie-t-elle que les banques auraient-elles collecté plus d’épargne qu’elles n’ont octroyé de crédits, durant la période de l’étude ?

Du point de vue du citoyen lambda, c’est l’explication la plus logique. Avec les mesures de distanciation physique adoptées, les banques ont réduit le flux de clients dans leurs bureaux, et espacé les rendez-vous pour des demandes de crédits. Une manière  de réduire le nombre de dossiers de demande de crédits et de s’accorder plus de temps pour délibérer. 

Une attitude qui peut s’expliquer par le fait que ces institutions, appelées à gérer les risques, ont préféré jouer la carte de la prudence en cette période de Covid-19. En augmentant le niveau de leurs réserves obligatoires, elles anticipent face à un environnement qui se dégrade, attendant peut-être des jours meilleurs pour miser sur l’investissement. Cette attitude favorise-t-elle la relance économique ? o

NK

 

Encadré

Le climat des affaires de l’Union à fin septembre

Le bulletin mensuel des statistiques de la BCEAO révèle qu’au cours du mois de septembre 2020, l’indicateur du climat des affaires s’est légèrement redressé par rapport au mois précédent dans le prolongement de la tendance observée depuis mai 2020, en rapport avec les effets des politiques publiques mises en place pour soutenir l’activité économique dans le contexte de la crise sanitaire de Covid-19.

Bien qu’en redressement, les activités commerciales et de services sont demeurées en dessous de leurs niveaux observés à la même période de 2019. Ainsi, l’indice du chiffre d’affaires dans les services marchands a reculé de 0,2%, sur un an, après une baisse de 1,4% le mois précédent.

Quant à l’indice du chiffre d’affaires dans le commerce de détail, il a affiché une baisse de 1,8% en septembre 2020, contre un repli de 4,3% en août 2020. En revanche, la production industrielle a progressé de 1,2% en septembre 2020, contre une baisse de 0,4% le mois précédent.

Sur la base des données officielles, le taux d’inflation ressortirait, sur un an, à 2,9% à fin septembre 2020, après une réalisation de 3,3% le mois précédent. La décélération du rythme de progression du niveau général des prix en septembre 2020 est imprimée, notamment, par les composantes «Alimentation» et «Boissons alcoolisées», dont la contribution globale à l’inflation totale est ressortie à 2,3 points de pourcentage, contre 2,6 points de pourcentage en août 2020, en lien avec une détente des prix des huiles alimentaires et des légumes frais, notamment, en Côte d’Ivoire et au Sénégal.  La composante « Alimentaire » reste ainsi la première source de la hausse des prix. Sa progression est liée à l’augmentation des prix des céréales locales enregistrée au Niger (+57%), au Mali (+48%) et au Burkina (+47%), en rapport, notamment, avec la baisse de la production agricole au titre de la campagne 2019/2020, couplée à un approvisionnement insuffisant des marchés. Il est également noté un renchérissement des légumes frais ainsi que des tubercules et plantains au Bénin et au Togo, en raison de la persistance des perturbations des circuits de distribution engendrées par la pandémie de Covid-19.

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Numéro d'édition: 368

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