Assainissement de l’affichage publicitaire: le oui mais, des professionnels

• Publicitaires associés partante pour mettre de l’ordre

• Mais juge les taxes de la Mairie exorbitantes

• Risque de fragilisation des entreprises

Suite à notre interview avec le Directeur général de l’Agence pour le développement économique urbain(ADEU), Edouard Bouda, sur l’assainissement du secteur de l’affichage publicitaire, l’association Publicitaires associés (PA), directement impactée par les nouvelles mesures de la Commune de Ouagadougou, réagit ici à travers sa présidente, Cécile Gouba/Naon.
L’Economiste du Faso : Comment se porte votre structure depuis l’adoption des dernières lois sur la publicité ?
Mme Cécile Gouba/Naon (Présidente de Publicitaires associés) : Depuis l’adoption de la dernière loi sur la publicité, nous travaillons à faire des plaidoyers pour que cette loi soit appliquée et que les autorités nous aident à sa réelle application. L’application est timide mais nous continuons le travail afin qu’elle soit effective dans le quotidien des entreprises de publicité mais aussi des responsables de presse et dans les médias.

Cette loi permet de spécialiser les professionnels de la publicité. Apparemment, vous avez entrepris de réaménager votre faîtière. Où en êtes- vous avec la réorganisation ?
Nous avons sensibilisé nos différents membres sur la spécialisation. Avant, quand on disait qu’on était publicitaire, on faisait un peu de tout. Donc, avec la nouvelle loi, on est obligé de se spécialiser pour plus d’efficacité. Les différents membres ont été sensibilisés sur la base des compétences spécifiques et des objectifs de chaque agence pour qu’elles puissent se spécialiser. Pour les grandes agences qui faisaient déjà du conseil, de la régie et de l’édition et qui ne peuvent pas opter, elles, ont été obligées de créer plusieurs structures, puisque c’est ce que la loi dit avec une direction spécifique, parce que le directeur doit être différent du directeur de l’agence mère. Mais pour les petites structures, il s’agit de voir quel est le domaine d’excellence et les compétences pour se déterminer. C’est ce qui a été fait, car dans les déclarations annuelles du Conseil supérieur de la communication, on est obligé d’opter. Car la liste officielle précise si l’agence fait de la régie, du conseil ou de l’édition ou du courtage en communication ou publicité. Au niveau de Publicitaires associés, nous sensibilisons nos membres à avoir tous les documents nécessaires, à travailler à être en règle pour faire la déclaration annuelle. Cette année, nous avons relancé plusieurs fois nos membres et nous avons réceptionné les différents dossiers et vérifier s’ils sont en règle avant de les acheminer vers le CSC. Mais les agences qui veulent aussi pouvaient déposer directement sans passer par l’association. La liste est publiée en chaque fin septembre.

Peut-on avoir une idée du nombre de régisseurs, éditeurs et de maisons de conseil en communication?
La liste vient de sortir, le CSC ne nous l’a pas encore envoyée. Mais pour la liste de l’année passée, il y avait beaucoup d’agences qui n’ont pas pu figurer sur la liste officielle, certaines ne pouvaient pas avoir les documents indispensables. Il faut le contrat de bail, l’attestation fiscale et bien d’autres éléments.

La COVID-19 a secoué tous les secteurs. Comment les professionnels de la publicité l’ont-ils vécue ?
Beaucoup de nos membres ont été touchés. Quand on vote un budget et qu’il y a un contretemps qui arrive, on se dit que le parent pauvre qu’il faut éliminer c’est la communication, alors que ça devait être l’inverse. Tout simplement, parce que quand ça ne va pas, il faut nécessairement communiquer. Beaucoup de nos membres qui sont dans l’évènementiel ont vu leurs activités suspendues. Les marchés de certains dans le conseil ont été annulés alors que les charges fixes ne s’annulent pas. Au niveau des régies, c’est le même problème aussi. C’est pour dire que la COVID-19 a beaucoup fragilisé nos entreprises et d’autres ont de la peine à se relever jusqu’à présent. Pourtant, on a contribué à la lutte en offrant nos panneaux pour la sensibilisation.

L’Etat a tenté d’apporter un petit soutien aux entreprises en difficulté. Votre secteur a-t-il directement été soutenu ou c’est dans le panier commun des 100 milliards ?
On espérait être dans le panier commun des 100 milliards géré par la Chambre de commerce, mais on nous a informés qu’on serait pris en charge au niveau du Fonds d’appui à la presse privée. Nous avons eu des échanges avec les responsables de ce Fonds et la banque en question. Cela fait maintenant plus de deux mois et c’est toujours sans suite.

La Mairie met de l’ordre dans le secteur. Avez-vous été préalablement informés en tant que faîtière d’un contrôle de panneaux en cours et qu’il fallait se régulariser ?
Après le constat d’un réel désordre dans le domaine, ce travail d’assainissement vient à point nommé. Effectivement, nous avons eu une réunion d’information avec la Mairie à propos de nouvelles taxes mais à ma connaissance, les acteurs n’ont pas été impliqués ni dans le processus de recensement des panneaux, ni dans les discussions sur la nouvelle taxation. La réunion ne s’est pas bien terminée. Après cela, il y a eu une seconde réunion avec les régies et publicitaires associés. C’est à partir de là qu’on a pu discuter et poser les réels problèmes rencontrés sur le terrain. Quand on passe de 24000 F/mois par panneau à 40000 F/mois pour un panneau qu’on loue à 60000 F et que tu l’aies loué ou pas, on se rend compte qu’on travaille pour la Mairie. La Mairie se défendait en disant que c’était pour améliorer les choses, en s’inspirant sur l’exemple d’autres pays voisins comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, alors que dans ces pays, c’est comme une TVA. Tant qu’il n’y a pas d’activité, on ne paye rien. Mais ici, ce n’est pas le cas. Par la suite, il nous a été demandé de se concerter pour une proposition il y a de cela plus de cinq mois, mais toujours pas de suite.

Quelles propositions concrètes faites-vous à la Mairie ?
Il faut identifier les panneaux en impliquant les acteurs du domaine. Faire une cartographie des panneaux qui sera mise à la disposition de tous les acteurs, afin que chacun sache qui est où et qui fait quoi ? Il faut procéder au dépôt de tous les panneaux non identifiés pour donner un message clair à tous les clandestins. Après cela, ceux qui sont en règle pourront fixer leur prix sur la base des taxes payées à la Mairie. Nous souhaitons également que la taxe sur les panneaux ne soit perçue que lorsque le panneau contient une affiche. La Mairie ne doit pas penser à ses propres recettes, c’est nous qui les générons, donc il faut une certaine souplesse pour ne pas mettre à genoux nos entreprises.

Comment la taxe d’affichage est-elle perçue ?
Par exemple, si le montant hors taxe fait 50000 F, on applique la TVA qui est de 18% pour avoir un montant TTC. Il faudrait qu’on trouve une formule pour que l’application de la TVA n’impacte pas notre chiffre d’affaires. En réalité, cette attitude de la Mairie tend à tuer le métier, car elle pense que nous gagnons beaucoup et que nous devons lui reverser une bonne partie. Par exemple, selon ses propositions, on doit payer pour les banderoles simples 6000 F/semaine la banderole. Au niveau des petites affiches, c’est 5000 F/jour l’affiche. Supposons une sensibilisation par rapport à un changement de comportement qui couvre toute la ville, si tu as 100 affiches (évènementiel format A3 ou A4), tu dois payer 5000 F par affiche et par jour. Cette situation va obliger certains à tricher.
Entretien réalisé par AT

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Numéro d'édition: 365

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