«Nous saluons les efforts du gouvernement, mais nous demandons qu’il affiche une réelle volonté politique pour permettre au pays d’atteindre l’autosuffisance alimentaire », dixit, le Secrétaire général de la CPF, Marc Gansoré. (Ph. DR)

Production agricole 2020-2021: les producteurs ambitionnent 5.800.000 tonnes

• Selon Marc Gansoré de la CPF

• Pluies précoces et poches de sécheresse assez longues

• Covid-19 : 10 sur 30 milliards FCFA reçus

«Nous saluons les efforts du gouvernement, mais nous demandons qu’il affiche une réelle volonté politique pour permettre au pays d’atteindre l’autosuffisance alimentaire », dixit, le Secrétaire général de la CPF, Marc Gansoré. (Ph. DR)

Pour le Secrétaire général de la Confédération paysanne du Faso (CPF), Marc Gansoré, le Burkina Faso peut atteindre l’autosuffisance alimentaire à condition que le gouvernement mette l’accent sur le financement, la formation et crée un marché adapté à l’écoulement des produits agricoles. Mais en attendant, les producteurs prennent l’engagement au titre de la campagne agricole 2020-2021, d’atteindre 5.800.000 tonnes. Il explique comment y parvenir à travers cette interview accordée à L’Economiste du Faso.

L’Economiste du Faso : Quelle est votre appréciation globale de la campagne agricole 2020-2021 ?

Marc Gansoré, Secrétaire général de la CPF : Je peux dire un ouf pour l’instant. C’est vrai que le démarrage de la campagne agricole a été très difficile sur l’ensemble du territoire national. Et pour cause, nous avons eu des pluies précoces au départ qui ne permettaient pas l’emblavement, ensuite, des poches de sécheresse assez longues jusqu’en début juillet, avant que la campagne agricole s’installe véritablement.

Il faut dire que pendant tout ce temps, nous avons été accompagnés par le ministère en charge de l’agriculture et celui en charge de la recherche scientifique pour ce qui concerne des semences adaptées à ce type de situation.

Les agriculteurs ont aussi pris des dispositions au niveau des différentes exploitations pour une préparation du sol adéquate pour la semence. Selon le retour d’information de nos points focaux dans les régions, il y a eu des poches de sécheresse de 21 jours (Sissili, Nouna), mais dans l’ensemble, nous avons une bonne appréciation de la campagne agricole. Maintenant, nous espérons que Dame nature va continuer à être généreuse afin que nous ayons de bonnes récoltes en fin de saison.

Au regard de l’installation tardive de la campagne agricole, toute chose qui a occasionné l’envahissement des champs par des herbes, les agriculteurs ont été confrontés à avoir du matériel conséquent pour le désherbage. Pour solutionner ce problème, le gouvernement devra revoir sa politique de mécanisation agricole. Celle-ci doit être adaptée à nos besoins. Aussi, il devra adapter la technologie agricole pour parer aux inondations et maîtriser l’eau au profit des champs.

Malheureusement, ces technologies existent et ont donné des preuves de leur efficacité, mais la mise à l’échelle de cette technologie n’est pas effective. Le gouvernement, dans sa politique, doit être plus regardant sur les exploitations familiales. Ces exploitations familiales sont faites sur la base des autofinancements.

Comment trouver la bonne formule pour accompagner ces exploitations ?

Pour la campagne agricole 2020-2021, les exploitations familiales ambitionnent de produire 5.800.000 tonnes. Sinon, c’est une honte que 86% de la population burkinabè qui emblave environ 4.300.000 hectares ne produise que 5.800.000 tonnes. Les causes de cette honte sont connues. L’inconnue qui se présente à nous aujourd’hui, c’est quelle orientation prendre pour que le potentiel humain (86% agriculteurs) puisse être plus productif.

Vous affichez la volonté du monde agricole d’atteindre l’autosuffisance alimentaire mais a contrario, pas le gouvernement ?

Le monde agricole a toujours fait ses preuves par rapport à la sécurité et à la souveraineté alimentaire. Certes, on n’est pas encore souverain. Mais nous les agriculteurs, nous avons la capacité de produire plus afin d’amener le gouvernement à limiter les fortes importations alimentaires. « Consommons ce que nous produisons » est bien possible au Burkina Faso, pourvu que la volonté politique soit plus vigoureuse.

En dehors du boom minier, dites-moi dans quel autre secteur le pays des Hommes intègres produit de la richesse si ce n’est l’agriculture. Pourquoi ? Est-ce une volonté politique ? Est-ce une négligence ? Est-ce un manque de confiance aux producteurs agricoles ? Voilà une question que nous-mêmes, les différentes faîtières des producteurs agricoles, nous nous  posons depuis des années. Gouvernement et producteurs agricoles doivent fédérer leurs énergies pour relever ensemble le défi de cette insuffisance d’accompagnement de l’agriculture au Burkina Faso.

Pourtant, lors des différentes tournées du ministre de l’Agriculture et des Aménagements hydro-agricoles, il en a profité pour remettre des tracteurs et autres matériels agricoles aux producteurs…

Nous saluons cet effort qui est fait sur le terrain par le ministère. Vous dites qu’ils ont donné des tracteurs, mais ces outils sont des prestations de service. Et nous avons  affaire à plusieurs typologies d’exploitants et d’exploitations agricoles. Si vous prenez une petite exploitation de 3 hectares qui ne fait pas de la diversification, le producteur se limite à la monoculture. La prestation d’un tracteur est à combien ? Pas moins de 25.000 FCFA. Combien de producteurs peuvent s’acquitter de cette somme pour leurs travaux champêtres ? Il faut faire encore plus afin que nous ayons un accompagnement différencié en fonction de la typologie des exploitations que nous avons.

Les tracteurs, il y a combien pour l’ensemble des producteurs ? Ces tracteurs remis vont-ils nous permettre d’atteindre les 5.800.000 tonnes ? Un tracteur loué peut atteindre combien d’hectares par jour ? Le sarclage, les récoltes, comment fait-on ? C’est pour dire que le gouvernement fait des investissements qui ne sont pas adaptés à nos exploitations familiales. Sinon, c’est bien pour les grandes exploitations. Nous saluons la distribution des semences améliorées qui était une promesse du chef de l’Etat et ce, au regard de la pandémie qui a touché aussi le secteur agricole.

Sur les 30 milliards FCFA promis, nous n’avons reçus que 10 milliards FCFA, toutefois, c’est déjà un effort considérable. Cette somme a permis d’acheter l’ensemble des semences améliorées produites au Burkina Faso pour être mises à la disposition des producteurs. Mais, le mécanisme d’identification des producteurs à recevoir ces semences améliorées a lamentablement échoué ; parce que l’opérateur de téléphonie mobile qui a été identifié n’a pas joué correctement son rôle.

Un sac d’engrais subventionné coûte 12.000 FCFA, pour l’acquérir, il fallait avoir l’information à temps. Nous demandons aussi au gouvernement d’avoir un regard sur tous ces producteurs tels que les maraîchers et les producteurs de la volaille. Nous saluons la mise en marche du projet-pilote de l’assurance agricole sur le volet maïs qui a débuté cette année dans le Centre-Ouest, l’Est et la Boucle du Mouhoun.

Le Burkina Faso continue d’injecter des milliards FCFA dans l’importation des vivres alimentaires ? Comment y remédier

Mais cela est une honte à notre capacité de production. En 2008, le Burkina Faso a connu la vie chère, les producteurs ont interpellé sur les causes, à savoir : miser sur la production nationale au détriment de l’importation. Et c’est à partir de 2008 que le gouvernement à commencer à accorder des subventions sur l’engrais, le matériel agricole et les semences améliorées. De nos jours, tous les pays cherchent à être souverains, pourquoi pas nous ? Malheureusement, nous sommes encore dépendants de l’extérieur. La Covid-19 est venue nous le rappeler.

Les producteurs des régions de l’Est, du Sahel, du Nord, de la Boucle du Mouhoun sont fortement touchés par les attaques terroristes, comment la Confédération paysanne du Faso (CPF) compte-t-elle les aider ?

C’est déjà une situation déplorable que nos frères et camarades de lutte endurent. Cette situation triste vient rappeler l’importance de la sécurisation des titres fonciers. La CPF n’a pas une solution miracle, à part que nous souhaitons le retour de la paix afin de leur permettre de retourner dans leurs champs agricoles ou zones d’élevage. Sinon ne rien faire, cela va grossir le cercle vicieux des terroristes qui nous attaquent.

L’un des handicapes majeurs au développement agricole demeure le financement. Lors d’une de vos sorties médiatiques, vous aviez émis des griefs contre la Banque agricole du Faso (BADF) sur cette question. Depuis lors, avez-vous le sentiment que votre préoccupation a été prise en compte ?

Pas encore. Mais il y a un certain nombre d’orientations prises par le ministère en charge de l’agriculture qui vient de créer le Fonds de développement agricole qui va être logé à la BADF, malgré l’insuffisance de la couverture géographique que cet instrument met à notre disposition. La CPF étant membre du Conseil d’administration de la BADF, nous allons faire des recommandations pour qu’ensemble, nous essayions de trouver des produits financiers adaptés aux types d’exploitations pratiquées au Burkina Faso.

Interview réalisée par Ambéternifa Crépin SOMDA

Encadré:

Les 7 mesures fortes pour booster le développement agricole, selon Marc Gansoré

– Accompagner les producteurs à travers des formations techniques, rendre accessibles les technologies générées par la recherche et vulgariser ces technologies et ces techniques ;

-Améliorer les conditions d’accès aux crédits bancaires pouvant permettre aux exploitations familiales de les acquérir ;

-Travailler à la valorisation de la production nationale en apportant une valeur ajoutée à celle-ci ;

-Mettre fin à la vente et à l’exportation des produits bruts, car nous n’attirons aucun bénéfice sur retour ;

Il faut mettre en place un marché des produits locaux, car c’est le marché qui tire la production. Cela n’est pas encore bien compris par le gouvernement et ses partenaires ;

-Mettre un accent dans l’équipement en ayant un regard particulier sur leur typologie au profit des exploitations familiales ;

-Le financement, la formation, le marché sont les défis immédiats à relever et vous verrez que dans les 5 ans, le Burkina Faso va atteindre l’autosuffisance alimentaire. o

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Numéro d'édition: 360

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