100 milliards pour la relance des entreprises: Comment ils seront attribués

Le 16 juillet 2020, le gouvernement a signé un accord-cadre avec l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina (APBEF-B) pour la mise en œuvre du fonds de financement de la relance économique (FRE/Covid-19). Les banques ont la charge de gérer les fonds sous la supervision d’un comité de gestion. Dans cet entretien, le président de l’APBEF-B, Goeh Akue Martial, explique comment sera géré ce fonds.

L’Economiste du Faso : L’État a décidé d’impliquer les banques dans la gestion d’un fonds en aide aux entreprises, comment appréciez-vous cela ?

Goeh Akue Martial, président de l’APBEF-B : L’objectif du mécanisme de redynamisation de l’économie est de disposer d’un cadre structuré de financement et d’appui aux entreprises en activité intervenant dans des secteurs fortement affectés, mais également d’accompagner les nouvelles initiatives sur des secteurs clés. Il s’agit par ce mécanisme, d’une part, de sauvegarder l’existant mais aussi de réinventer l’avenir en finançant toute entreprise qui développe un nouveau projet rentrant dans le cadre de la revitalisation de l’économie post- Covid-19.

La mise en œuvre du FRE COVID-19 va s’appuyer sur les expériences des différentes structures existantes, en l’occurrence les établissements de crédit et les Fonds nationaux de financement (FNF) dans la gestion administrative et financière de la mise en œuvre des financements au profit des entreprises dans le souci de sécurisation des ressources.

Comment se présente la gestion des 100 milliards ?

Le montant de cent milliards F CFA alloué est programmé sur la période 2020-2021, à raison de soixante-dix milliards FCFA en 2020 et 30 milliards F CFA en 2021. Les interventions du FRE COVID-19 se feront essentiellement sous forme de crédits à taux d’intérêt réduit à 3,5% au profit des petites et moyennes entreprises (PME) et des Très petites entreprises (TPE) et à 4% pour les grandes entreprises à partir de trois (03) guichets : Guichet grandes entreprises (GE), Guichet petites et moyennes entreprises/industries (PME) et Guichet très petites entreprises.

L’Accord-cadre signé entre l’État et l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF-BF) concerne les deux premiers guichets. Par ce mécanisme, les banques s’engagent à financer les entreprises éligibles à hauteur du double du montant fixé par guichet.

L’APBEF-BF veillera à suivre et à encourager les actions des établissements de crédits pour l’accompagnement des entreprises cibles jusqu’à concurrence du double des montants affectés par guichet, conformément aux stipulations du présent Accord-cadre, notamment, 80 milliards et 60 milliards FCFA respectivement pour les Guichets des grandes entreprises et des PME.

Quel sera le rôle exact des banques ?

Dans ce cadre, le rôle des banques est de simplifier les procédures d’octroi des crédits au titre du mécanisme de financement et veiller à assurer le décaissement des crédits accordés dans les huit (08) jours suivant l’approbation du dossier par le Comité de gestion. Les demandes de crédit sont examinées par chaque banque en conformité avec ses critères d’éligibilité et ses bonnes règles de gestion des risques. Les dossiers avec l’accord de la banque sont ensuite transmis au Comité de gestion du mécanisme pour accord de non-objection.

La profession bancaire se félicite de la volonté politique affichée par l’Etat du Burkina Faso qui est de limiter l’impact de la crise économique avec la contribution des établissements de crédits. Cet accord est à la fois historique et innovant.

Je peux vous assurer que la profession tout entière s’est mobilisée dans cette crise hors normes pour répondre aux demandes de l’Etat, à travers les bons Covid-19 des entreprises et des particuliers.  

Dans le cadre de l’appui aux entreprises, il est demandé aux postulants de n’avoir pas eu de crédit déclassé l’année dernière. Qu’est-ce qu’un crédit déclassé?

Le déclassement des créances obéit à une règlementation qui opère une distinction entre les créances impayées, immobilisées, douteuses ou litigieuses et irrécouvrables, ainsi que les risques-pays.

Les créances impayées représentent les échéances de prêts impayées depuis six mois au plus et n’ayant pas fait l’objet de prorogation de terme ou de renouvellement.

Les crédits qui font l’objet d’impayés ou dont le recouvrement apparait compromis doivent être isolés des autres créances. Présentant un risque de pertes plus ou moins élevé́ pour l’établissement, ils requièrent un surcroit d’attention et la mise en œuvre de procédures particulières. Pour cette raison, ils obéissent à des règles spécifiques de comptabilisation (d’où la notion de déclassement des créances) et de provisionnement.

Dans les critères d’attribution, on parle de projet revitalisant, d’un point de vue de la banque, qu’est-ce à dire?

La relance des activités économiques ne saurait aller dans une direction autre que celle en cours actuellement dans le pays. C’est d’abord et avant tout la résilience, la conduite des activités à travers des canaux digitaux et électroniques, notamment, pour les particuliers. C’est ensuite l’appui aux entreprises clientes pour leur permettre d’amortir plus aisément leurs engagements dans les livres des banques. Les nouveaux modèles économiques devront privilégier la souveraineté alimentaire, la redynamisation de l’industrialisation dans des domaines stratégiques tels que la pharmacie, le renforcement du capital humain ainsi que le développement du digital et des infrastructures logistiques.

Quand est-ce que démarre la réception des dossiers et est-ce que les fonds sont libérés ?

La réception des dossiers commence dès son dépôt à la banque. Les fonds sont libérés dans les huit jours de l’accord de non-objection du Comité de gestion.

Les banques se sont engagées à traiter avec diligence les requêtes des clients et à mettre en place dans les meilleurs délais les crédits pour soutenir les entreprises affectées et l’économie. 

La solidité du secteur bancaire, sa résilience, sa volonté affichée de soutenir l’économie du Burkina lui ont permis d’assurer ses missions pendant cette crise, à savoir fournir à l’économie le carburant pour se développer.

Étant donné que les banques sont aussi des entreprises, elles sont tout aussi impactées que les autres secteurs économiques par la crise. Je peux vous rassurer que nos établissements de crédits continueront d’assurer leur rôle de soutien à l’économie dans les prochains mois, malgré les remous de la conjoncture dont les établissements sont eux-mêmes victimes. Les banques sont à l’économie ce que les hôpitaux sont aux patients. o

Interview réalisée par AT

 

Critères d’éligibilité des entreprises au Fonds FRE COVID-19:

-avoir un objet social sur les secteurs impactés jugés prioritaires, notamment: les transports aériens, maritime et terrestre, le tourisme, la restauration, le commerce, l‘agriculture, l’élevage, la pêche, l’éducation, la culture et la jeunesse;

– être immatriculée au registre du commerce avant le 29/02/2020 ;

-avoir au moins 5 employés déclarés  en CDI ou CDD à la date du 29/02/2020, régulièrement déclarés à la CNSS ;

-avoir perdu une part significative de son chiffre d’affaires entre les premiers trimestres de 2019 et de 2020, et entre les 12 mois précédant respectivement mars 2019 et mars 2020. Pour les sociétés n’ayant pas un an de chiffre d’affaires, la perte sera appréciée sur la base de la moyenne mensuelle du chiffre d’affaires en l’année 2019 comparé à l’année 2020 ;

-disposer d’états financiers des trois dernières années. Pour les entreprises ayant moins de trois (03) ans d’existence, disposer de tous les états financiers et d’un business plan ;

– être à jour de ses déclarations fiscales et sociales au 31 décembre 2019 ;

-ne pas bénéficier des concours de l’Etat dans des fonds similaires ;

-ne pas avoir eu un crédit déclassé durant les douze derniers mois précédant la date du 29/02/2020 ;

– toute entreprise qui développe un nouveau projet rentrant dans le cadre de la revitalisation de l’économie post-Covid-19. 

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Numéro d'édition: 355

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