Deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale: La modification du Code électoral attendue

• Se conformer à la réalité

• Dépasser les débats stériles

• Réussir le pari de l’enrôlement

Ouverte le lundi 29 juin 2020, la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale aura à son ordre du jour plusieurs projets de lois parmi lesquels, celui portant modification du Code électoral.

La crise sécuritaire qui secoue certaines régions du Burkina Faso a occasionné 838 548 personnes déplacées internes à la date du 25 mars 2020, selon le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR). Une situation qui a une incidence non négligeable sur le découpage électoral, puisque des milliers d’électeurs ont quitté leurs zones de résidence d’origine pour d’autres localités. Cette donne bouleverse sans aucun doute le fichier électoral. Dans le souci de se conformer à cette nouvelle réalité en prévision des échéances électorales du 22 novembre prochain, un projet de loi portant modification du Code électoral sera adopté au cours de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale qui s’est ouverte le lundi 29 juin 2020, à Ouagadougou. Le projet de loi sera examiné à la séance plénière du lundi 13 juillet 2020.  Avec la modification du Code électoral, c’est un pas en avant vers la concrétisation du calendrier électoral et une solution pour le vote des déplacés internes. Tout semble se dessiner pour permettre à ces derniers d’accomplir leur devoir civique à l’occasion. Les tenants du report du scrutin présidentiel et législatif devraient désormais se raviser, puisqu’ils soutiennent que les conditions ne seraient pas réunies pour permettre à tous les Burkinabè en âge de voter de le faire. La modification du Code électoral, qui interviendra lors de cette session extraordinaire, s’habillera donc du sceau de légalité pour permettre des élections crédibles  et inclusives.

Une fois que cette étape sera franchie, il appartiendra à la classe politique dans son ensemble et à certaines organisations de la société civile de dépasser les calculs partisans pour se focaliser sur la tenue à bonne date des élections législatives et présidentielle. Le consensus est établi que le Burkina Faso n’a aucun intérêt à reléguer les échéances électorales aux calendes grecques. Le pays fait suffisamment face à d’énormes défis pour appeler à une transition politique qui ne fera qu’aggraver la situation actuelle.  Des Etats voisins comme le Mali et le Niger, confrontés au même péril sécuritaire sur fond de terrorisme, ont pu organiser des élections sans trop de difficultés. L’essentiel, dans ce contexte délicat, est de travailler à assurer le fonctionnement normal des institutions étatiques. Ce qui est en jeu actuellement, c’est la survie de l’Etat. Il est donc impératif de dépasser les spéculations politiciennes pour que les élections puissent se dérouler dans un esprit de débat constructif. A vouloir patauger dans des considérations à la limite égoïstes, ce serait perdre de vue le sens même de l’engagement politique qui est de rassurer, de susciter l’espoir et de convaincre qu’un  avenir est possible. Faire preuve de résilience pour que le scrutin présidentiel et législatif puisse se tenir à bonne échéance devrait être le leitmotiv de la classe politique. Le patriotisme et l’intérêt supérieur doivent prévaloir dans cette parenthèse difficile. En convergeant ensemble pour une tenue effective de ce rendez-vous électoral, ce sera le signe que la classe politique est soucieuse de dynamiser le processus démocratique.

L’autre challenge qu’il convient de relever est celui de l’enrôlement des électeurs. Débuté le 3 février dernier, l’enrôlement avait été suspendu à cause de la crise sanitaire inhérente au Coronavirus pour être repris récemment. Pour améliorer la participation électorale qui est faible au pays des Hommes intègres, il faudra mettre l’accent sur la sensibilisation afin que le maximum de potentiels électeurs puisse se faire enrôler. En 2010, sur 15,61 millions d’habitants, le corps électoral avait été estimé à 3.330.792 inscrits, soit 21% des Burkinabè.  Lors de la présidentielle du 21 novembre 2010, ce sont 54,9 % des électeurs qui sont allés voter, contre 45,1% qui ne l’ont pas fait. En 2015, les électeurs inscrits sur la liste électorale étaient au nombre de 5.517.015 électeurs sur une population de 18,11 millions d’habitants. Et le taux de participation à la présidentielle et aux législatives était d’environ 60%. Cette année, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) annonce un potentiel électoral de 10 millions de votants, sur une population de près de 21 millions d’habitants.

Mais déjà, le mauvais signal est venu avec l’enrôlement des Burkinabè de l’extérieur évalué à 22 000 inscrits. Un chiffre en deçà des attentes, au regard des moyens financiers injectés. Il est donc important que les partis politiques, les OSC et les leaders coutumiers et religieux incitent les électeurs, notamment, la frange jeune comprise entre 18 et 30 ans à se faire enrôler.  il faut saluer l’initiative de la CENI qui fait un effort de sensibilisation dans ce sens et des citoyens internautes qui accompagnent cette incitation à l’enrôlement, à travers les réseaux sociaux.. o

Jérôme HAYIMI

 

Encadré

Quelques projets de lois inscrits à l’ordre du jour de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale

– Projet de loi portant modification de la loi n°027-2018/AN du 1er juin 2018 portant statut du cadre de la Police nationale

– Projet de loi portant autorisation de ratification de la souscription du Burkina Faso à l’augmentation du capital de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD)

– Projet de loi de finances rectificative de la loi de finances pour l’exécution du budget de l’Etat, exercice 2020.o

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Numéro d'édition: 352

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