Scrutin présidentiel et législatif: A l’épreuve du péril sécuritaire

• Consensus majorité-opposition

• Le niet des non affiliés

• Relever ensemble le défi sécuritaire

Le rendez-vous électoral du 22 novembre 2020 au Burkina Faso est maintenu malgré la crise sécuritaire qui a engendré de nombreux déplacés internes. Le pari sera-t-il maintenu, au regard de la recrudescence des attaques terroristes et de la désapprobation de l’Opposition non affiliée (ONA) ?

Suite à un consensus de la classe politique (Majorité-Opposition), les élections couplées présidentielle et législatives se tiendront à la date indiquée du 22 novembre 2020. Cela, en dépit de la situation sécuritaire délétère qui a débouché sur une crise humanitaire sans précédent.

Du fait de l’insécurité dans les régions du Sahel, du Nord, du Centre-Nord et de l’Est, de nombreux Burkinabè, plus de 700 mille, ont été obligés de quitter leurs villages pour se réfugier dans d’autres localités du pays. Une réalité qui bouleverse le fichier électoral à cause du déplacement des populations de leurs lieux de résidence d’origine.

En plus, « l’occupation » de certaines parties du territoire par des groupes armés non identifiés est également un fait qui était susceptible de modifier le calendrier électoral. Au-delà de ce contexte sécuritaire fragilisé, les partis politiques de la majorité et de l’opposition sont tombés d’accord sur le maintien de la date des élections.  Quand bien même la triste parenthèse du Coronavirus est venue chambouler le cours normal des choses, le consensus sur la tenue des élections est resté intact. Mais n’y a-t-il pas lieu de s’interroger, au regard des attaques terroristes perpétrées lors du dernier weekend du mois de mai ? En effet, une cinquantaine de personnes (civils et militaires) ont perdu la vie dans trois régions du pays.

Dans la région du Nord, un convoi de commerçants, de retour du marché de Titao pour Sollé, est tombé dans une embuscade, le vendredi 29 mai 2020. 15 personnes sont mortes et plusieurs autres ont été blessées. Le samedi 30 mai, c’est le marché de bétail de la localité de Kompienbiga dans la région de l’Est qui est attaqué par un groupe terroriste armé, occasionnant un bilan provisoire de 25 morts et plusieurs blessés.

Au cours de la même journée du 30 mai, c’est un convoi humanitaire qui a été la cible d’une attaque terroriste entre Foubé et Barsalogho dans la région du Centre-Nord. Sept gendarmes et cinq civils y perdront la vie. De nombreux blessés ont été enregistrés et d’autres personnes sont portées disparues. Un weekend sanglant qui suscite de véritables interrogations quant à la tenue des élections dans un tel climat, sachant que plus on approche de la date du scrutin, les forces du mal pourraient encore jouer aux trouble-fêtes.

Lors de sa sortie médiatique le mardi 2 juin dernier, l’Opposition non affiliée (ONA), qui regroupe dix partis politiques qui ne se réclament ni de la majorité ni du Chef de file de l’opposition (CFOP), désapprouve la tenue du scrutin couplé présidentiel et législatif dans le contexte actuel du pays. 

« L’ONA ne souhaite pas la tenue des élections amputant une partie du territoire et de la population burkinabè, contrairement à la Constitution et à l’indivisibilité de la République », stipule la déclaration liminaire du regroupement politique. Elle s’oppose aussi à « tout arrangement non consensuel de prolongement automatique des mandats des élus en cours ». Se référant aux articles 37 et 80 de la Constitution, l’ONA soutient que si les élections doivent se tenir, tous les citoyens burkinabè qui ont le droit de voter doivent avoir la possibilité d’accomplir leur devoir civique.

En clair, l’ONA conteste le consensus de la majorité et de l’opposition sur le maintien du calendrier électoral. Une donne qu’il va falloir prendre en compte, puisque l’ONA réclame son droit de prendre part aux concertations politiques. D’autant plus que le Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance de 2001 énonce qu’il faut former « un consensus dans la classe politique pour prendre certaines décisions politiques concernant la vie de l’Etat et les intérêts supérieurs des Nations ».

Il est donc important que toute la classe politique se retrouve ensemble pour trouver le juste compromis qui permettra la tenue des échéances dans un climat apaisé. Mais le défi plus urgent et le plus impératif à relever reste celui de la sécurité. Cela fait quatre ans que le Burkina Faso est confronté au terrorisme.

De nombreux Burkinabè ont perdu la vie dans cette guerre livrée par un ennemi inconnu. Jusque-là, des efforts énormes ont été consentis dans la lutte contre la nébuleuse terroriste, mais les résultats escomptés attendent toujours. Que faut-il faire face à un mal qui est en train de fragiliser inexorablement notre quiétude d’antan et notre vivre ensemble ? Il est vital que les Burkinabè de tous bords fassent un front commun contre ce qui est en train de vouloir faire voler en éclat l’unité nationale.

Plus qu’un combat militaire, la lutte contre le terrorisme appelle à une mobilisation de tous. Citoyens ordinaires, leaders politiques, religieux et coutumiers, enseignants-chercheurs et militaires doivent se tenir debout comme un seul homme contre la barbarie qui endeuille le pays chaque jour. Face à un ennemi qui n’épargne personne et qui veut démolir l’édifice commun, il est impératif de taire les divergences stériles pour sauver ce qui fait notre identité, notre unité. Le bien commun, c’est le Burkina Faso.

Jérôme HAYIMI

 

Encadré

Election ou sécurité d’abord ?

Il importe de se poser la question si les élections apporteront un plus en termes de sécurité ou pas. C’est dans un élan de solidarité et une implication effective de tous les filles et fils de ce pays que la lutte contre le terrorisme portera ses fruits. Comme le souligne l’écrivain Yasmina Khadra : « La solidarité citoyenne est la seule force en mesure de triompher de la bêtise meurtrière. Il suffit d’interroger l’histoire pour s’en convaincre. Toutes les barbaries sont faites pour être vaincues. Celle qui bouleverse le monde de nos jours connaîtra la même défaite. Pour cela, il faut serrer les rangs ». Il appartient alors aux Burkinabè sans distinction de serrer les rangs contre le mal qui nous étreint.o

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Numéro d'édition: 348

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