COVID-19 et sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest: des impacts sur les couches vulnérables

• Aggravation des causes de la malnutrition

• Détérioration de la sécurité alimentaire des ménages

• Diminution de l’accès aux soins préventifs et curatifs essentiels

Les mesures de lutte contre la Covid-19 présentent des impacts négatifs considérables sur les moyens d’existence des populations. Ces impacts se ressentent surtout au niveau de l’alimentation pour les couches les plus vulnérables aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain. Le Comité technique du Cadre harmonisé (CT-CH) du RPCA a évalué ces impacts dans la région. Les conclusions sont inscrites dans la note d’information du CILSS en date de fin avril 2020, dont L’Economiste du Faso a eu copie.
Au 30 avril 2020, le bilan de la pandémie de COVID-19 dans les neufs pays sous revue, s’établit à 6.497 personnes testées positives, dont 2.102 guéries et 190 décédées, soit un taux de létalité globale de 2,9%. Les pays les plus touchés en termes de nombre de cas sont le Nigeria (1.932), la Guinée (1.495) et le Sénégal (933). Toutefois, les taux de létalité les plus élevés sont observés au Togo (7,8%), au Tchad (6,8%) et au Burkina Faso (6,7%).
De ses statistiques, il ressort qu’au Burkina Faso, Bénin, Guinée, Mali, Niger, Nigeria, Togo et Tchad), le fonctionnement des centres de santé est globalement perturbé. En effet, entre 7% à 58% fonctionnent déjà au ralenti ou minima. Et le taux le plus élevé se trouve au Burkina Faso, dans la région du Sahel. Ces fermetures ne sont pas pour le moment le fait des conséquences de la pandémie de Covid-19, mais plutôt dues à l’insécurité, commente la note d’information.
Résultat, le CILSS prévoit que la pandémie entraînera une aggravation de toutes les causes sous-jacentes de la malnutrition, notamment, une détérioration de la sécurité alimentaire des ménages, des pratiques de soins pour les jeunes enfants, une diminution de l’accès aux soins préventifs et curatifs essentiels, l’augmentation de la morbidité chez les jeunes enfants. « Les réponses face à la COVID-19 devraient considérer la nutrition à travers une approche intégrée, incluant la sécurité alimentaire, la santé, l’accès à l’eau et l’assainissement, la protection sociale et la nutrition du nourrisson et du jeune enfant », recommande le comité.


Fonctionnement et animation des marchés
A la fin du mois d’avril, aucun pays n’a fermé plus de 50% des marchés agricoles ou à bétail. Toutefois, dans certains pays, régions ou zones, 60% à 100% des marchés ont été fermés (Burkina Faso, Guinée, Nigeria, Sénégal et Tchad). Les pays ayant enregistré les taux de fermeture des marchés les plus élevés sont le Tchad, le Nigeria, le Burkina Faso, le Sénégal et la Guinée où les taux moyens de fermeture des marchés nationaux varient entre 8% et 44%. Au Burkina Faso, en plus de la fermeture de tous les grands marchés de Ouagadougou (30 marchés au total), les marchés à bétail des régions du Centre, Nord-Est et Plateau central ont été fermés. Toutefois, aucune région du pays n’a enregistré un taux de fermeture des marchés agricoles supérieur à 50%.
En Guinée, la région la plus touchée est Dabola, où 100% des marchés à bétail ont été fermés au mois d’avril 2020 pour respecter les mesures de distanciation sociales. Au Nigeria, 6 zones dans l’Etat de Kano ont un taux de fermeture des marchés à bétail variant de 95% à 100%. Il a été également signalé que les 3 sénatoriales zones de l’Etat de Gombe ont fermé les marchés agricoles à des taux oscillant entre 60% et 100%.
Au Sénégal, la fermeture des marchés hebdomadaires s’est traduite par une réduction de la mise sur le marché des céréales locales par les producteurs. Au Tchad, 29 régions ont totalement fermé les marchés à bétail. Parmi ces régions, cinq ont également fermé leurs marchés agricoles à plus de 60%.
Dans les autres pays (Niger, Mali, Togo), même s’il a été signalé des perturbations dans le fonctionnement des marchés journaliers et hebdomadaires, aucune région n’a enregistré un taux de dysfonctionnement supérieur à 60% pour les marchés agricoles et 80% pour les marchés à bétail.

Disponibilité des produits et niveaux des prix
Dans la plupart des cas, les marchés ont un niveau d’approvisionnement en produits alimentaires jugé stable à normal. Toutefois, dans certaines zones, on constate une faible disponibilité : c’est, notamment, le cas des marchés au Burkina Faso (Centre-Nord, Centre-Sud, Hauts-Bassins, Plateau central et Sahel).
Il s’agit également des marchés des départements de Boffa, Boké, Fria, Koubia, Dalaba, Mamou, Pita, Labé, Lélouma, Mali et Tougué en Guinée. La même tendance est observée sur les marchés de certains Etats du Nigeria (Plateau, Borno, Benue et Jigawa).
Au Tchad, de faibles offres en denrées alimentaires de base sont observées sur les marchés de certains départements (Djourouf Al Amar, Ouara, Assoungha, Nord Kanem, Biltinem, Grande Sido, Darh Tama, Kobé et Dagana). La disponibilité en produits alimentaires de base au niveau de ces marchés risque de se détériorer davantage et atteindre des seuils d’alerte, si les mesures gouvernementales sur les restrictions à la mobilité des populations ne sont pas allégées à court terme.
Les prix des denrées de base demeurent toujours stables avec des variations de -5% à +5% dans certains pays comme au Burkina Faso, au Mali, au Tchad, au Togo, au Niger et au Bénin comparativement à une situation normale. Par contre, dans les autres pays, les prix des denrées de base sont en nette hausse : il s’agit du Sénégal, de la Guinée et du Nigeria. Toutefois, les plus importantes hausses supérieures à 25% sont observées dans plusieurs Etats du Nord Nigeria, en Guinée et au Niger.
Les prix des produits de rente et du bétail sont globalement à la hausse mais la situation varie selon les pays. Les baisses significatives sont notées au niveau du Burkina et le Niger (Tibiri, Aguié, Tanout pour le bétail et au Nigeria (Taraba) pour les produits de rente.
Globalement, les termes de l’échange sont en défaveur des producteurs et des éleveurs dans tous les pays, particulièrement au Niger (Belbedji), au Nigeria (Jigawa, Kano, Katsina, Tabara, Bauchi) ; cela se traduit par une baisse du pouvoir d’achat chez les agro-pasteurs.
Les zones en situation d’alerte, avec des prix des denrées supérieurs à 50% par rapport à la normale et/ou une baisse de 50% des prix des principaux produits de rente, sont localisées au Nigeria (Etats de : Bauchi, Gombe, Kaduna, Kano, Katsina, Taraba). Les zones à risque avec des variations haussières de prix entre +25% à +50% sont localisées au Niger (Maine Soroa, Aguié, Guidan Roundji, Maradi, Bouza, Belbedji et Tanout), en Guinée (Dalaba et Mamouet) et au Tchad (Am jaras, Wadi hawar, Fada et Mourtcha).
NK

Encadré:
Conditions de vie des ménages dans le contexte de Covid-19
Situation d’urgence dans les 13 régions au BF
Les activités génératrices de revenus quotidiens (petit commerce, vente de la main d’œuvre) sont très perturbées dans la plupart des pays. Les activités agricoles se déroulent normalement dans la grande majorité des pays. Globalement, l’accès aux intrants et à la main d’œuvre n’a pas été négativement impacté par les mesures de santé publique face à la COVID-19, sauf au Tchad, au Nigeria, et au Burkina Faso. Sur le plan pastoral, la persistance de l’insécurité civile rend difficile l’accès aux ressources pastorales (pâturages et points d’eau) dans le bassin du Lac Tchad et la zone de Liptako Gourma. La mobilité est fortement restreinte le long des frontières entre Bénin-Niger et Burkina-Bénin.
Benin : 20% des ménages ont un accès limité aux moyens de production. Le reste (80%) conduit ses activités dans les conditions habituelles. La situation est homogène sur tout le pays. Voici le point par pays, effectué par le CILSS
Burkina Faso : toutes les 13 régions du pays ont rapporté une situation d’urgence avec des possibilités très limitées de conduite d’activités génératrices de revenus (petit commerce, vente de la main d’œuvre). La même tendance est observée pour la conduite des activités agricoles ; toutes les régions sont en situation d’urgence avec peu ou pas d’accès aux moyens de production (intrants et main d’œuvre).
Guinée : la conduite des activités génératrices de revenus (petit commerce, vente de la main d’œuvre) est limitée (voire très limitée) dans 50% des zones suivies. Globalement, cette situation est jugée alarmante et cela s’explique en partie par le ralentissement et l’arrêt respectivement des flux nationaux et transfrontaliers de produits agricoles provoqués par l’état d’urgence contre la Covid-19 en vigueur. L’accès aux moyens de production (intrants et main d’œuvre) est limité ou inaccessible dans environ 30% des zones.
Niger : le suivi des 75 Départements et Communes révèle que les activités génératrices de revenu et activités agricoles sont conduites respectivement à 81% et 88% des conditions normales. Toutefois, environ 2% de ces zones (11 Départements et Communes de Niamey) ont atteint le seuil d’urgence et 1% (5 Départements) de ces zones sont en situation d’alerte en ce qui concerne les activités génératrices de revenus. Concernant les activités agricoles, 2% des Départements sont en alerte. Les difficultés concernent l’accès limité aux intrants et l’absence de la main d’œuvre du fait des jeunes partis en exode et dont le retour est devenu impossible en raison des fermetures des frontières et du confinement imposé à Niamey.
Nigeria : les mesures prises dans le cadre de la gestion de la pandémie de COVID-19 affectent négativement les activités génératrices de revenus dans les 13 Etats (regroupant 44 zones) suivis en avril 2020. 57% des zones ont atteint le seuil d’alerte ; une situation engendrant de mauvaises conditions d’accès aux revenus aux ménages pauvres largement dépendant des marchés pour leur approvisionnement en denrées alimentaires. De même, la conduite des activités agricoles est fortement perturbée. L’accès aux intrants et la disponibilité de main d’œuvre sont considérés comme étant (7%) ou peu/pas accessibles (27%) des zones. Globalement, les activités génératrices de revenus et l’accès aux intrants et à la main d’œuvre agricole sont très détériorés dans plus d’un tiers des zones suivies dans les 13 Etats du Nord Nigeria.
Mali : les activités génératrices de revenus sont très perturbées dans 100% des 55 zones suivies. Les activités sont très limitées ou en arrêt dans environ 50% à 65% des zones suivies. Toutefois, les activités agricoles se déroulent normalement dans toutes les zones où l’accès aux intrants et à la main d’œuvre n’a pas été impacté par les mesures prises dans le cadre de la gestion de la pandémie.
Togo : 30% des ménages ont été privés de la conduite quotidienne de leurs activités génératrices de revenus (petit commerce, vente de la main d’œuvre), alors que 20% des ménages ont des activités très limitées et 50% des activités limitées. Seulement 10% conduisent normalement leurs AGR. Les activités agricoles se déroulent normalement dans plus de 80% des zones suivies. L’accès aux intrants agricoles et à la main d’œuvre est limité dans 20% des zones.
Tchad : dans 73 % des zones suivies, les activités génératrices de revenus sont fortement impactées (27% limitées, 23% très limitées et 22% en arrêt), plaçant ainsi le pays en situation d’urgence. La conduite des activités agricoles connait également des difficultés dans 38 % de zones suivies dont 15% sans accès aux intrants et à la main d’œuvre, et 23% ayant un accès limité.

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Numéro d'édition: 346

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