Prêts adossés aux ressources naturelles : Un endettement excessif des pays africains

• 52 prêts consentis entre 2004 et 2018

• D’un total de 164 milliards de dollars

• Le Burkina pas encore concerné 

L’ONG Natural Resource Governance Institute (NRGI) a publié un rapport intitulé « Prêts adossés à des ressources naturelles : pièges et potentiels » le 27 février 2020. Pour ce rapport, les prêts adossés à des ressources naturelles ont contribué à des niveaux d’endettement accablants en Afrique. Qu’est-ce qu’un prêt adossé à des ressources naturelles ?
Selon NRGI, un prêt adossé à des ressources naturelles est un mécanisme par lequel un pays peut accéder à des fonds en échange de flux futurs de revenus provenant de ses ressources naturelles, comme le pétrole ou les minéraux, ou en échange de garanties de remboursement constituées par ces ressources.
Le remboursement du prêt est réalisé soit en nature, c’est-à-dire en ressources naturelles (pétrole ou minéraux), soit par des revenus générés par lesdites ressources. Le remboursement peut être garanti par des revenus futurs liés aux ressources naturelles, ou alors les réserves en ressources naturelles servent de garantie au prêt.
Dans son rapport, NRGI a examiné 52 prêts adossés à des ressources naturelles consentis entre 2004 et 2018 dans 14 pays d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine. Le Burkina Faso n’est pas concerné par l’étude.
D’un total de 164 milliards de dollars (environ 90.200 milliards FCFA), 30 d’entre eux ayant été consentis à des pays d’Afrique subsaharienne, soit 57,7% de l’ensemble (d’une valeur combinée de 66 milliards de dollars, environ 36.300 milliards FCFA).
Le rapport présente en détail la façon dont cet endettement excessif a plongé de nombreux pays africains dans une crise financière et économique. Il fait suite à un avertissement de la Banque mondiale concernant la crise de la dette dans les pays émergents et identifie 4 pays africains dans lesquels ces prêts ont contribué de manière significative à de graves crises financières : l’Angola, le Tchad, la République du Congo et le Soudan du Sud.
La République démocratique du Congo (RDC) est le seul pays à avoir publié un contrat de prêt adossé à des ressources naturelles, conclu en 2008 avec Sicomines. Mais 12 ans après sa signature, et 5 ans après le début de l’exploitation du cuivre et du cobalt en question, aucune information n’a été mise à la disposition du public sur les infrastructures qui en découlent ou le plan de remboursement. En vertu du contrat de 2008, les activités de Sicomines sont exonérées d’impôt jusqu’au remboursement complet du prêt, en infraction de la loi minière à l’époque. Pour le FMI, le passif du projet Sicomines représente près de 40 % de la dette extérieure totale du pays.
Le Ghana est tenu de rembourser un prêt de 2 milliards de dollars qu’il a conclu en 2018. Le calendrier de remboursement exige une accélération de la production et du raffinage de la bauxite, bien que le Fonds monétaire international (FMI) ait averti que ceci pourrait ne pas se réaliser, et que par conséquent, une perte de garantie pourrait s’ensuivre.
La Guinée a conclu, en 2017, un accord pour 20 milliards de dollars, soit l’équivalent de 200% de son PIB actuel. La production de bauxite destinée à rembourser le prêt a déjà commencé, bien que peu d’informations soient accessibles au public concernant les modalités d’un financement aussi énorme et la façon dont le pays le remboursera.
Suite à la chute des prix du pétrole en 2014, la dette du Congo est passée de 70 à 120 % du PIB. Le gouvernement n’a révélé qu’il avait contracté ces prêts qu’après avoir éprouvé des difficultés à les rembourser. La dette publique du pays s’élève à présent à plus de 9,5 milliards de dollars, et le FMI n’accordera aucun prêt supplémentaire au pays tant que le litige avec les négociants de matières premières au sujet du remboursement ne sera pas résolu.
L’Angola, qui est le pays en Afrique ayant le plus contracté les prêts adossés à des ressources naturelles, est actuellement embourbé dans une affaire de corruption à grande échelle impliquant son entreprise pétrolière publique, la Sonangol.
« Les dirigeants africains ont souvent contracté ces prêts pour contribuer à leurs propres ambitions politiques à court terme, leur pays se retrouvant par voie de conséquence lourdement endetté et confronté au risque de perdre des garanties valant plus que la valeur du prêt lui-même », a déclaré Evelyne Tsague, codirectrice Afrique de NRGI. « Ils doivent éviter des accords aussi risqués, généralement négociés par des entreprises publiques mal gérées qui contournent souvent les Parlements et les budgets nationaux », poursuit-elle.
Compte tenu des expériences largement négatives documentées dans le rapport, NRGI conseille cependant aux gouvernements d’être prudents dans l’acceptation de prêts adossés à des ressources naturelles.

Elie KABORE


53 % provenaient de 02 banques publiques chinoises 

Sur les prêts consentis aux pays d’Afrique subsaharienne, 53 % du montant emprunté provenaient de 02 banques publiques chinoises : la China Development Bank (CDB) et la China Eximbank. Le reste ayant été essentiellement fourni par des négociants internationaux en matières premières, principalement au Tchad, à la République du Congo et au Soudan du Sud. Plus de 85 % des RBL (et plus de 90 % de la valeur des RBL) de notre ensemble de données ont été affectés aux dépenses en capital, notamment, la construction de routes, le secteur pétrolier et de l’énergie, ainsi que les projets de logement.

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Numéro d'édition: 336

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