Pour cette enquête de 2019, le Ren-Lac a mis le doigt sur 4 projets routiers (voir encadré) dont principalement le projet d’aménagement de la section urbaine de la RN4 allant du croisement de la RN4/RN3 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou, y compris un passage supérieur et le prolongement jusqu’au croisement de l’avenue de la liberté. (DR)

Retard dans le bitumage de la route hôpital Yalgado-échangeur de l’Est: l’Etat n’est pas irréprochable

• Selon le REN-LAC

• L’entreprise n’est pas en reste

• La situation sécuritaire impacte certains chantiers

L’une des plaies visibles sur les nombreuses routes en bitumage est le retard criard constaté dans l’exécution des travaux. Un retard incompréhensible, quand on sait qu’en amont, les préalables ont été pris en compte dans l’attribution du marché. Mais curieusement, à l’arrivée, ce sont des chantiers en souffrance.
Le Réseau national de Lutte contre la corruption (REN-LAC) qui s’est assigné pour mission le suivi-contrôle, a constaté pour la deuxième année consécutive, les chantiers en souffrance. S’il est vrai que les entrepreneurs attributaires desdits marchés sont fautifs, le REN-LAC impute la responsabilité aussi à l’Etat burkinabè, qui fait preuve de manque de fermeté dans le choix des entreprises et dans les sanctions encourues conformément à la législation. Pire, cette association d’utilité publique y décèle une sorte de « deal » entre le gouvernement et les entrepreneurs.
Pour cette enquête de 2019, le Ren-Lac a mis le doigt sur 4 projets routiers (voir encadré) dont principalement le projet d’aménagement de la section urbaine de la RN4 allant du croisement de la RN4/RN3 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou, y compris un passage supérieur et le prolongement jusqu’au croisement de l’avenue de la liberté. Des 4 projets, le constat établi sur le terrain est « qu’aucun projet suivi ne connait un niveau d’exécution conforme aux prévisions » établies à l’avance.
Et le summum est atteint sur le chantier hôpital Yalgado-échangeur de l’Est qui connait un retard de plus de deux ans. Pour un projet censé prendre fin depuis le 31 décembre 2017, il ressort que les travaux ne sont encore qu’à 75,76% de taux d’exécution physique à la date du 28 octobre 2019. Dans le souci d’aller vite et bien, l’entreprise COGEB International a bénéficié de deux avenants sans incidence financière sur le budget des travaux mais avec incidence financière sur le budget du bureau de contrôle AGEIM. Un troisième avenant a été à nouveau introduit par l’entreprise pour espérer finir en février 2020.

« L’Etat a fait perdre à l’entreprise près de 10 milliards F CFA»
Malgré tous ces efforts financiers supportés par le bailleur de fonds (BOAD) et l’Etat burkinabè, le responsable du comité de suivi du Ren-Lac qui a conduit les enquêtes, Dr Mafing Kondé, note que l’entreprise a largement dépassé le délai. Un retard que l’entreprise attribue à l’Etat, qu’il accuse par rapport aux lenteurs administratives qui lui ont fait perdre près de 10 milliards FCFA.
Mais ces allégations réfutées par les techniciens du ministère en charge des infrastructures. Face à cette situation qui perdure, Dr Mafing Kondé s’est interrogé : « A quand donc la fin des travaux de ce projet routier qui n’a que trop duré? Difficile de répondre dans le cadre de ce suivi, mentionne-t-il. Selon le rapport de présentation des résultats du suivi citoyen 2019 des routes dont L’Economiste du Faso a eu connaissance, il ressort que de toute vraisemblance, COGEB International connait un gros problème de trésorerie. « COGEB dit même procéder par transfert de ressources financières d’autres chantiers à sa charge pour réaliser certains travaux du chantier de la RN03 croisement RN04 », argumentent les premiers responsables de COGEB. Un argument qui semble n’avoir pas convaincu le consultant du Ren-Lac et son équipe qui se demandent « pourquoi ne pas rompre ce contrat dont l’exécution connait tant de difficultés ».
Sans réponse à cette question, les enquêteurs se demandent si cette entreprise ne bénéficie pas d’une certaine protection des autorités au sommet de l’Etat? En attendant, ils disent observer comme tout le monde que le calvaire des usagers et riverains de la route se poursuit.

« Le bout du tunnel semble encore loin »
D’après le Ren-Lac, l’Etat burkinabè qui semble ne pas être propre dans ce dossier s’est défendu dans un courrier adressé au président de la BOAD, bailleur de fonds de ce projet (cf. courrier N°2014-03529/MEF/CAB du 30 septembre 2014). Dans son mémoire de défense, le gouvernement évoque, d’une part, le fait qu’il a proposé 4 entreprises qu’il estime capables d’exécuter le chantier, et d’autre part, il justifie l’appel d’offres restreint par « …la complexité du projet (comprenant un mini-échangeur), de sa particularité en raison du fait qu’il draine un trafic international d’une part, et de qualité ainsi que de la célérité recherchée d’autre part, … ».
Un mémoire en défense battu en brèche par le rapport d’enquête qui révèle qu’à la lumière des difficultés, on peut légitimement dire que cette procédure exceptionnelle justifiée par la recherche de la célérité n’est pas pertinente. Et Dr Mafing Kondé de tirer la conséquence suivante que la démarche du gouvernement « a juste permis à une entreprise à capacité « douteuse » de bénéficier d’un marché qu’elle n’est pas en mesure de terminer ». Et d’attirer l’attention de l’Exécutif sur le fait que « le bout du tunnel semble encore loin » sur le chantier RN4.
Face à ce constat pessimiste, Dr Mafing Kondé pense qu’au nom de la continuité de l’Etat, le gouvernement actuel peut abréger la souffrance des usagers de cette route et les populations riveraines de la zone du projet en allant vers des solutions alternatives. Une de ces solutions est un audit des capacités actuelles de l’entreprise COGEB International, afin de prendre des mesures pour terminer ce projet et éventuellement prendre des sanctions à son encontre dans le cadre de projets futurs. En rappel, le marché a été attribué à COGEB International le 13 août 2015(marché n° 30/00/04/02/00-04/2015/00077) sur financement de la BOAD à 94,99%, et de l’Etat burkinabè à 5,01%, soit 24.322.912.596 FCFA TTC.

Ambèternifa Crépin SOMDA


Axe Kantchari-Diapaga-Tansarga-F. Bénin (145 km) pour un montant de 31 milliards F CFA

Le Lot1 (Kantchari-Diapaga) est assuré par l’entreprise SOROUBAT. Il était à un taux d’exécution global d’environ 35% pour un délai consommé de 46,24% à la date du 17 octobre 2019. Le Lot 2 (Diapaga-Tansarga-F. Bénin) par l’entreprise CSE. Il était, quant à lui, à 0% d’exécution pour un délai consommé à 26% et aucune trace d’installation de la base matérielle n’a été constatée sur les lieux, à la même date du 17 octobre 2019. PTF : l’Etat burkinabè et la Banque islamique de développement (BID).


Travaux du 11-Décembre 2019 : six lots pour un montant total de 12.646.295.890 FCFA

A la date du 7 octobre 2019, aucun lot (chantier) n’avait atteint 60% de taux de réalisation. Les lots 4, 5 et 6 (respectivement à Tenkodogo, Koupéla et Ouargaye) étaient les plus en retard avec des taux d’avancement respectifs de 41,66%, 47,07% et 45,82%, après des délais consommés de 64,49%, 77,78% et 81% respectivement. Budget de l’Etat.


Axe Manga-Zabré (79 km) pour un coût total de 28 milliards FCFA

Sur cet axe, les entreprises ATB/SGTI/KF n’étaient qu’à 42,92% de taux d’exécution global des travaux pour un délai consommé à 95,20% (date du 21 au 24 octobre lors du passage de la mission). Démarrage des travaux, 26 novembre 2017, la date de fin des travaux était fixée au 27 novembre 2019, délai qui ne sera pas non plus respecté. Selon nos confrères de Sidwaya, la fin des travaux est annoncée pour fin août 2020. PTF : Banque mondiale et Coopération suisse.

Commentaires
Numéro d'édition: 335

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.