Insécurité transfrontalière : Les femmes sont les plus exposées

• Ce que rapporte une étude publiée en 2016

• Le Sahel est exposé aux violences armées, à la radicalisation, au djihadisme

• Une zone de trafic caché, avec des effets néfastes pour la sécurité

Le Centre pour le dialogue a réalisé en 2016, une étude des perceptions des facteurs d’insécurité et d’extrémisme violent dans les régions transfrontalières du Sahel, exposées aux violences armées, à la radicalisation, au djihadisme et l’insécurité. Le Centre pour le dialogue a pour mission d’aider à prévenir, atténuer et résoudre les conflits armés par le biais du dialogue et de la médiation.
59 enquêteurs ont sillonné les zones frontalières reliant le Sénégal à la Mauritanie et au Mali, celles communes au Mali, au Burkina et au Niger, ainsi que celles des pays du Lac Tchad, à savoir le Nigeria, le Cameroun et le Tchad. L’enquête a recueilli les réponses de 698 personnes au total, dont 60 habitent au Burkina Faso, soit 8% des personnes enquêtées. Ces personnes vivent dans les localités situées à l’extrême nord du pays, dans la région du Sahel. Des entretiens complémentaires et approfondis ont en outre touché plus de 50 personnes dans le cadre de consultations annexes. Au Burkina Faso, le recueil des perceptions des populations frontalières s’est principalement déroulé dans la province de l’Oudalan, ainsi que dans celle du Séno pour le camp de réfugiés de Goudebou.

Quel est le contenu de l’étude ?
Des extraits du rapport public donnent une indication. Réputé stable, État médiateur et acteur de la sécurité sous-régionale il y a peu, le Burkina Faso est aujourd’hui lui-même rattrapé par l’instabilité. Le pays doit aujourd’hui faire face à l’historicité des crises sociales et des tensions, dont l’origine est d’ordre structurel dans l’un des pays les plus pauvres au monde et où la société civile et la jeunesse sont mobilisées. L’enjeu est ici d’agir sur les facteurs incitatifs de l’insécurité qui rendent vulnérable le pays.
L’engagement de l’État laïc dans la gestion de la cohabitation pacifique des religions a jusqu’ici porté ses fruits et il convient de poursuivre les efforts pour prévenir tout changement.
L’étude relève que l’inégalité d’accès aux services sociaux de base fait de la zone d’enquête une région toujours isolée et en quête d’un modèle de développement. La frontière offre néanmoins des opportunités pour le commerce et la transhumance, mais celle-ci a pour conséquences 02 types de trafics : un trafic banalisé, vital pour les populations, et un trafic caché, avec des effets néfastes pour la sécurité.
Les enquêtés estiment que l’extrémisme violent est un phénomène extérieur et essentiellement motivé par des besoins matériels et non par des convictions religieuses. Dans la zone d’enquête, des conditions structurelles facilitant le recrutement de sympathisants par les groupes jihadistes existent.
L’éducation et le développement économique constituent l’épine dorsale de la prévention contre la radicalisation et l’extrémisme violent, et doivent être complétés par des programmes de sensibilisation auprès des jeunes, en partenariat avec les médias, les écoles et les organisations de la société civile. Enfin, l’État doit tirer parti de la forte confiance des populations pour assurer leur sécurité en développant des cadres de concertation avec elles.
Vulnérables, ignorées, éducatrices ou conseillères, les femmes voient leur rôle dans la prévention et la lutte contre l’insécurité sous-exploité. Cependant, toutes les femmes ne sont pas convaincues de leur rôle face aux mentalités des hommes qui voient en elles un être secondaire et faible.
« Pour nous, c’est le désœuvrement qui expose les jeunes à ces gens qui viennent les voir pour leur mettre des choses dans la tête et les entraîner dans de mauvaises activités », a témoigné un jeune de Gorom-Gorom. Selon les dires d’un autre jeune de la même ville : « Beaucoup de jeunes qui sont au chômage partent. Ils se débrouillent pour trouver des réseaux mafieux et pour pouvoir vivre. Beaucoup d’entre eux se lancent dans ces réseaux pour subvenir à leurs besoins. Je crois que c’est ça la principale cause ».
La place et le rôle des jeunes pour prévenir l’insécurité et l’extrémisme violent sont primordiaux au Burkina Faso. L’accent doit être mis sur le dialogue intergénérationnel pour prendre en compte les revendications et le besoin de reconnaissance des jeunes. Les leaders religieux et communautaires peuvent être un atout dans cette voie. L’État doit également renouer avec la confiance des jeunes via un plan de développement convaincant. Les effets du chômage et de la pauvreté sont exacerbés par le sentiment de marginalisation, et forment le terreau du recrutement des jeunes par les groupes criminels, et potentiellement jihadistes.

Face à la situation, que faire ?
Sur la base des perceptions recueillies et des observations réalisées sur le terrain, étayées par des analyses et des discussions avec différents acteurs pertinents, des thèmes de réflexion se sont dégagés. Il s’agit de faciliter le développement et le désenclavement de la région du Sahel du Burkina Faso en collaboration avec les pays voisins. Ouvrir des espaces de dialogue afin de faciliter la prévention et/ou la gestion de l’insécurité et de l’extrémisme violent, et œuvrer, de concert avec les médias dans les activités de développement et de prévention de l’insécurité, sont des pistes d’action à envisager.

E K


Les femmes sont les plus exposées par l’insécurité

Ils sont 88% des enquêtés qui estiment que les femmes sont les plus exposées en cas d’insécurité, même si d’autres (12%) pensent que tout le monde sans exception est victime de ce phénomène. La faible autonomie des femmes, leur faible scolarisation et leur manque d’accès aux sources d’information sont autant de raisons qui les exposent à l’insécurité.

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Numéro d'édition: 335

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