Newton Ahmed Barry, président de la CENI. Après l’enrôlement de la diaspora, son équipe lance la révision de la liste électorale biométrique au niveau national . (DR)

Elections 2020  : Le fichier électoral déjà malmené

• La diaspora aux abonnés absents

• Les partis politiques en spectateurs

• Du droit de vote des déplacés

Les élections en 2020. On y est déjà. Le compte à rebours a commencé. Mais le processus de préparation connaît sa première fausse note, avec la faible mobilisation constatée des Burkinabè de l’extérieur. Les chiffres de l’enrôlement de nos compatriotes de la diaspora sont très décevants. Ils sont seulement 22 mille à l’arrivée à s’être enregistrés. Pire, la situation sécuritaire n’augure rien de bon. La CENI a pris les devants, mais toute seule, la mobilisation pour la révision des listes électorales ne sera pas évidente.
Avec moins de 25 000 inscrits sur le fichier de la diaspora, c’est une grosse déception. Le président de la CENI, Newton Ahmed Barry, s’est dit lui-même surpris par cette contreperformance, « il faut interroger le processus ». La CENI, qui a conduit le processus d’enrôlement à l’aune du Code électoral, a maille à partir avec une partie de l’opinion qui estime qu’elle n’a pas bien fait son travail.
33 sites dans 22 pays ont servi à cet exercice. Pas suffisants et trop distants des gîtes de nos compatriotes, estiment certains. Cette explication en aval de l’opération a été également servie lors des opérations de confection des CNIB. Si fait que, autant les résultats au niveau de la délivrance des pièces d’identité étaient mitigés, autant le nombre d’enrôlés est en deçà des attentes. Si on fait abstraction des difficultés pour certains citoyens de se faire établir une CNIB. Il faut donc relativiser les récriminations des Burkinabè de l’extérieur qui n’ont pas pu se faire enregistrer faute de document, car nombreux parmi eux avaient les documents nécessaires mais ne se sont pas déplacés pour des contraintes objectives ou pas. La CENI a joué sa partition en encadrant l’organisation de l’enrôlement.
Que faire maintenant ? Une seconde phase ? Ce serait une question de temps et de moyens. Difficile actuellement de redéployer les équipes de la CENI à l’extérieur, surtout que les kits sont en train d’être rapatriés pour participer à l’opération nationale qui s’étale du 03 février au 31 mars 2020. Il y a surtout un gros problème de timing, parce que le compte à rebours de la CENI, avec la retro- programmation des activités, est en marche : enrôlement, publication des listes provisoires, recours et publication des listes définitives.
Si les organisateurs décident de donner une seconde chance aux compatriotes de la diaspora, il faudrait alors démultiplier les sites d’’enrolement comme le prévoit la modification du Code électoral intervenu seulement à la fin de l’opération d’enrôlement de la diaspora. Médecin après la mort donc. Votée plus tôt, cette loi aurait permis de colmater les brèches. A qui la faute ? Pas à la CENI.
Mais le mal est déjà fait. Il s’agit d’en tirer les bonnes leçons pour réussir la révision de la liste au niveau national. Le challenge est d’enrôler une bonne partie des 10 millions de personnes qui constituent le potentiel électoral. Les techniciens de la CENI ont découpé le territoire national en trois zones, avec un calendrier pour maximiser le recrutement. Reste à espérer que la campagne de communication et de sensibilisation fasse ses effets.
Cette campagne est sous la responsabilité de la CENI, certes, mais elle ne devrait pas être la seule sur ce terrain. Les partis politiques absents sur le terrain de l’enrôlement de la diaspora devraient pouvoir se rattraper cette fois-ci, en rabattant militants et sympathisants vers les sites d’enrôlement. Il en est de même des Organisations de la société civile (OSC) plus visibles et présentes lorsqu’il s’agit d’observer les élections. Elles gagneraient à être encore plus présentes en amont des opérations électorales, en sensibilisant les citoyens sur l’intérêt d’être inscrits et de disposer d’une carte d’électeur, d’autant que la menace terroriste risque d’impacter considérablement la mobilisation des électeurs sur les listes électorales.
La CENI a déjà pris les dispositions pour permettre aux personnes déplacées de pouvoir s’inscrire et de voter. Une étude sur le vote des déplacés a été portée à la validation avec deux scenarios. L’un qui permet au déplacé de s’enrôler sur son site d’accueil et d’y voter comme résident ou ayant changé de résidence. L’autre scenario, lui permet de s’inscrire sur son site d’accueil mais son vote est comptabilisé dans sa localité d’origine. Ce dernier scenario n’est pas prévu dans le Code actuel, selon le président de la CENI. Seul le premier scenario pourrait être mis en œuvre conformément au Code électoral, en considérant que les déplacés ont changé de résidence. Les membres de la CENI, parmi lesquels sont représentés les partis politiques, devront examiner avec minutie les impacts de cette option. Pour l’élection présidentielle, elle ne pose pas de problème ; ce qui ne sera pas le cas pour les élections législatives ou municipales, à cause des enjeux locaux. Il faut donc espérer que la situation sécuritaire du pays s’améliore afin d’éviter ces déserts électoraux qui s’annoncent au Nord et à l’Est.

FW

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Numéro d'édition: 330

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