Le conférencier, Hermann Doanio, Secrétaire exécutif du Centre d’étude et de recherche appliquée en finances publiques (CERA-FP). (Photo : Burkina24.com)

Loi de finances 2020  « Un renchérissement du coût de la vie est à craindre »

• En cause, la taxe sur le carburant, selon la CERA-FP

• 23,29% alloué à l’éducation

• 1,94% du budget consacré aux collectivités reste faible

Dans le budget 2020 adopté par l’Assemblée nationale le 5 décembre 2019, les ressources totales s’établissent à 2.233 milliards F CFA, contre des dépenses totales de 2.518 milliards F CFA. Ces informations ont été données par Hermann Doanio, Secrétaire exécutif du Centre d’étude et de recherche appliquée en finances publiques (CERA-FP), au cours d’une conférence publique organisée par l’Association des journalistes du Burkina (AJB), le 21 décembre 2019, sur le thème : « Loi de finances 2020 : analyse citoyenne des priorités, les forces et les faiblesses du budget de l’Etat 2020 ».
« L’augmentation sensible des recettes budgétaires sera, d’après le gouvernement, soutenue par de nouvelles mesures fiscales envisagées en matière de recettes et visant à améliorer le rendement de l’impôt », a expliqué Hermann Doanio. Il donne plus de précisions : « C’est l’exemple du tarif de la taxe au litre sur les produits pétroliers qui connaîtra une hausse de 150% pour le super carburant et de 400% pour le gas-oil (…) En conséquence, il est à craindre un renchérissement du coût de la vie ». Dans son analyse, l’expert a estimé que le gouvernement devrait plutôt mettre l’accent sur des stratégies favorisant le recouvrement optimal de l’assiette fiscale existante en vue d’améliorer le taux de pression fiscale qui est envisagé à 17,87% pour l’année 2020. Ce taux est en deçà de la norme communautaire qui est de 20%, et du niveau du potentiel fiscal estimé à 29%, selon le rapport de l’évaluation des performances du recouvrement des recettes fiscales au Burkina Faso.
La fiscalité directe est estimée à 466,068 milliards FCFA, soit 21,02% dans le budget 2020.
La fiscalité directe est composée de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), l’Impôt unique sur le traitement et salaires (IUTS) et l’impôt sur les sociétés.
Tandis que la fiscalité indirecte sera de 880,990 milliards FCFA, soit 39,73% des ressources totales. Pour le conférencier, le système fiscal burkinabè est moins progressif et donc dans sa grande partie injuste, car l’incidence sur les couches les plus pauvres est plus prononcée.
En plus, le gouvernement propose d’accorder des faveurs fiscales à hauteur de 50,5 milliards F CFA au titre des exonérations fiscales et douanières. « Cette mesure nécessite plus d’explications afin de permettre aux citoyens de mieux comprendre les mécanismes et le bien-fondé de ces exonérations », a-t-il soutenu.
Les prévisions de dépenses enregistrent également une hausse de 5,74% par rapport aux prévisions corrigées de 2019. Cette hausse s’expliquerait par l’augmentation sensible des dépenses d’investissements qui passent de 728,221 milliards FCFA en 2019 à 863,166 milliards FCFA en 2020, soit un accroissement de 18,53%.
Il ressort de cette évolution, un effort de la part du gouvernement de réaliser des investissements structurants pour soutenir le développement socio-économique.
Plus de la moitié des dépenses d’investissement sera financée par l’Etat lui-même à hauteur de 485,697 milliards FCFA, soit 56,27% des dépenses d’investissement prévues dans le projet de budget 2020. L’augmentation des dépenses de personnel est seulement de 3,79% par rapport à 2019. Ces prévisions ne semblent pas avoir pris en compte l’incidence financière des accords sur les salaires avec les partenaires, s’inquiète Hermann Doanio.
A propos des dépenses de personnel, rapportées aux recettes fiscales, il ressort un ratio de 53,18% en 2020, contre un taux de 55,43% en 2019, pour une norme communautaire de 35%. « Cet état de fait interpelle le gouvernement à plus de rigueur dans le respect des critères de convergence de l’UEMOA pour permettre au pays d’investir et prendre en charge certaines dépenses que les ménages assument jusqu’aujourd’hui : santé, éducation et logement principalement », estime le conférencier.
Par ailleurs, il regrette que les transferts au profit des populations vulnérables enregistrent une baisse de 12,77% en 2020. Ce qui contraste avec le contexte social difficile engendré par la situation sécuritaire, surtout avec le déplacement interne d’environ 486.360 populations sur toute l’étendue du territoire, selon le gouvernement.

Elie KABORE


23,29% alloué à l’éducation

L’analyse qu’il a faite des allocations budgétaires sectorielles montre que la part allouée aux secteurs sociaux (éducation, santé, agriculture, eau et assainissement) représente globalement 46,76%. La part du secteur de l’éducation représente 23,29% pour un engagement de 20% pris au forum mondial sur l’éducation à Dakar en 2000. Ce taux d’allocation démontre l’effort du gouvernement de réaliser le droit à l’éducation pour tous. Toutefois, il devra veiller à ce que cette situation se maintienne dans le cadre de l’exécution du budget. La part du budget consacrée au secteur de la santé est de 14,61%, en deçà de l’engagement de 15% contenu dans la Déclaration d’Abuja de 2001. La part du secteur agricole représente 8,86% pour un engagement pris à Maputo en 2003 d’allouer 10% du budget à ce secteur.
La part du budget de la sécurité représente 13,34%. La part du budget prévue pour être transférée aux collectivités territoriales représente 48,461 milliards FCFA, soit 1,94% du projet de budget 2020. Ce taux traduit la faible place accordée par le gouvernement au financement des collectivités territoriales, en dépit, des engagements pris d’accorder d’ici à 2020, une part de 15% du budget de l’Etat au financement des collectivités.

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Numéro d'édition: 326

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