Réhabilitation de la route de l’hôpital Yalgado, 9 ans que ça dure

• Le coût est passé de 10 milliards FCFA

• A plus de 26 milliards F CFA

• Une passation de marché en procédure exceptionnelle

27 octobre 2010-27 octobre 2019. Dans un peu plus d’une semaine, l’on soufflera la 9e bougie d’un projet de réhabilitation de la section urbaine de la RN04 allant du croisement RN04/RN03 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou. Un anniversaire que ni la BOAD, ni l’Etat, encore moins les usagers de la route et les riverains n’auraient sans doute jamais souhaité vivre.
Tout a commencé quand le compte rendu du Conseil des ministres a annoncé les résultats du dépouillement de l’appel d’offres pour les travaux de construction et de bitumage de l’interconnexion des routes nationales RN1 et RN4 longue de 3,3 km allant de l’échangeur de l’Est à l’hôpital Yalgado. Il est prévu, en outre, la réalisation d’un mini-échangeur au carrefour hôpital Yalgado / hôtel Silmandé. Au terme de ses délibérations, le 27 octobre 2010, le Conseil a autorisé l’attribution du marché à l’entreprise Oumarou Kanazoé pour un montant de 10.751.377.926 F CFA TTC. Un financement assuré par le budget de l’Etat, gestion 2010. Malheureusement, «ce marché passé ne sera pas exécuté par  manque de disponibilité financière», expliquera plus tard, le Conseil des ministres.
Nouvelle tentative 3 ans après. Cette fois-ci, le Conseil des ministres annonce l’examen d’un projet de loi portant ratification de l’Accord de prêt n°2013067/PR BF 2013 28 00, conclu le 25 octobre 2013 à Dakar, entre le Burkina Faso et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), pour le financement partiel du Projet d’aménagement de la section urbaine de la RN04 allant du croisement de la RN04/RN03 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou, au Burkina Faso. Montant de ce prêt? 18,5 milliards de francs CFA, représentant 83% du coût total du projet qui vise à permettre à la voirie urbaine de jouer pleinement son rôle de facilitation et de mobilité dans la circulation.

Pourquoi le premier marché, passé avec l’entreprise OK, n’a pas été exécuté ?
Pour répondre à cette question, intéressons-nous au budget de l’Etat, gestion 2010. Selon les conclusions de la Commission des finances et du budget, l’année a été marquée par un budget déficitaire sur fond de baisse des recettes propres de l’Etat. Le député François Xavier Konséibo, rapporteur général de la Commission à l’époque, explique les raisons de cette contreperformance. «Le budget de l’Etat, gestion 2010, s’élabore dans un contexte de chocs importants sur l’économie mondiale, avec pour conséquences, le ralentissement de l’activité économique et une baisse de la demande globale. A ces causes exogènes, s’ajouteraient des facteurs défavorables endogènes. Au Burkina Faso, la projection de croissance montre que le taux ne serait que de 3,5% en 2009 et de 5,7% pour 2010, contre 5,1% en 2008. A cette situation s’ajoutent les effets des inondations du 1er septembre, qui ont occasionné de nombreux dégâts matériels», a poursuivi le député François Xavier Konséibo.
Conséquence immédiate de ce manque de ressources? Le projet de construction de la route a été repoussé.

Passation de marché en procédure exceptionnelle
C’est en 2013 donc que le projet sera actualisé cette fois, avec un nouveau tronçon qui sera ajouté. Désormais, l’on parle de réhabilitation de la section urbaine de la RN04 allant du croisement RN04/RN03 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou. Au lieu de 10 milliards initialement prévus, maintenant, l’on parle de 18 milliards, financés à 90% par la BOAD et le reste par l’Etat burkinabè. Pour exécuter ce marché, le ministère du Désenclavement et des Transports de l’époque a formulé au ministre des Finances, en septembre 2014, une requête pour une passation en procédure exceptionnelle. Les raisons invoquées : la complexité du projet, la qualité et la célérité recherchées. Des raisons qui ont été acceptées par la BOAD.
Ainsi, quatre entreprises ont donc été sollicitées pour faire des offres. Selon le PV de la sous-Commission technique en charge de l’évaluation des offres, seule l’offre de COGEB International a satisfait à l’ensemble des critères retenus pour l’évaluation. Notons que les 4 entreprises démarchées étaient : SOGEA SATOM, COGEB International, d’EGK et Suzy Construction. SATOM n’a pas déposé d’offres. Ainsi, la réalisation du projet a été confiée à COGEB International pour un délai d’exécution de 18 mois, pour un montant de 26.936.901.551 FCFA TTC.
A la suite de la passation en procédure exceptionnelle du marché, le Réseau national de lutte anti-corruption avait noté des coïncidences sur la conformité technique du matériel proposé. A l’analyse des critères techniques, «le REN-LAC s’étonne de l’étrange coïncidence de l’exactitude de la quantité de matériel proposé par COGEB (22 quantités sur 22) pour ce marché, ce qui a été demandé dans le dossier d’appel d’offres».

Un projet du régime Compaoré ? 
En 2010, lorsque le projet a vu le jour, il était porté par le ministre de l’Economie et des Finances, Lucien Marie Noël Bembamba. Le beau-frère national. C’est lui qui a signé l’accord de financement avec le président de la BOAD, Christian Adovelande, à Dakar, en marge des sommets UEMOA-CEDEAO.
C’est aussi sous sa coupe que la demande de passation de marché en procédure exceptionnelle a été introduite auprès de la BOAD, en 2014. Et COGEB International a été désignée pour l’exécution des travaux. Le 31 octobre 2014, tout bascule. Blaise Compaoré annonce, au terme de 3 jours de manifestations, sa démission et la fin de son régime. S’en suit la mise en place d’un Conseil national de la Transition. Lucien Marie Noël Bembamba est mis en accusation devant la Haute Cour de justice. Selon le président de la Commission spéciale de mise en accusation desdits ministres, Yumanli Lompo, il est reproché à Lucien Marie Noël Bembamba, des faits de détournement et de passation de marchés publics de façon illicite.
Le décaissement au niveau de la BOAD a-t-il pu se faire avant le départ de l’ancien président? Une question restée sans réponse. Pour le projet de réhabilitation du tronçon passant devant l’hôpital Yalgado, c’est le retour à la case départ.

Le PM a t-il tenu sa promesse ?
Avant la fin de la Transition, l’Assemblée nationale vote la loi N°044-2015/CNT portant autorisation de ratification de l’Accord de prêt N°2013067/PR BF 2013 28 00 conclu le 25 entre le Burkina Faso et la BOAD pour le financement partiel du projet d’aménagement de la section urbaine de la RN04 allant du croisement RN04/RN03 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou, au Burkina Faso.
Le lancement officiel des travaux a été donné le 16 novembre 2015 et le démarrage effectif sur le terrain a débuté en mai 2016. Et, c’est 6 mois après le début des travaux qu’a été adopté un décret portant déclaration d’utilité publique pour le projet. Commencent alors les expropriations et dédommagement des riverains concernés par le projet.
«Il y a donc un certain nombre d’expropriations qui sont nécessaires. Les personnes expropriées seront dédommagées, conformément aux dispositions légales.
La question que l’on se pose deux ans pratiquement après l’attribution du marché est de savoir qu’est-ce qui empêche la réalisation effective des travaux sur ce tronçon. Une source proche du dossier assure que la BOAD a effectué les décaissements nécessaires. Il ressort de notre investigation que les retards sont dus à trois éléments. Le recrutement tardif du bureau chargé du contrôle qui a occasionné 6 mois de retard. La libération des emprises par les concessionnaires comme la Sonabel et l’ONEA. Cet dernier a fini ses travaux mais COGEB ne peut reprendre le chantier qu’après l’hivernage.
L’autre gros problème à l’origine des retards, une mauvaise analyse du terrain: le traitement de la zone humide entre la station Total et le carrefour de l’échangeur s’est avéré plus compliqué que prévu. Tout ceci ne remet-il pas en cause la qualité des études pour la réalisation de ce grand chantier?
Ces retards accumulés ont eu des conséquences sur l’entreprise et ses soustraitants qui devaient assurer les charges relatives à la mobilisation des engins et du personnel qu’il fallait payer. Au vu de cette situation, le Premier ministre Dabiré s’est rendu sur le terrain en mai 2019 et a promis que des mesures seraient prises pour aider l’entreprise à exécuter les travaux. Il se susurrait que le gouvernement mettrait la main à la poche pour soutenir COGEB International. 6 mois après, ce geste a-t-il été réalisé?. Pas de réponse du côté de COGEB.
La question a aussi été posée à la partie gouvernementale. Le ministère des Infrastructures est un acteur majeur du projet. Contacté par L’Economiste du Faso, aucun retour n’a été fait à nos questions, malgré les différentes relances.
Voici ces questions : quelles sont les vraies raisons de ce retard dans l’exécution de ce chantier ? Des études mal faites, des décaissements qui n’arrivent pas, ou des difficultés internes à l’entreprise ? Aucun de nos interlocuteurs n’a voulu se mouiller.

NK


Spécificités du projet

Dans le cadre du renforcement de la voirie urbaine, moteur de l’économie communale nationale, le gouvernement du Burkina Faso entreprend, avec l’appui de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), la construction de la section urbaine de la RN04. Le projet d’aménagement de la section urbaine de la RN04 allant du croisement RN04/RN03 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou, au Burkina Faso, comprend l’aménagement de la voie, d’un giratoire et d’une proposition de passage supérieur au croisement de la RN03 et RN04. Les travaux concernent l’élargissement de la RN04 sur une longueur de 3,1 km, l’aménagement d’un carrefour giratoire et d’un passage supérieur ; le tout accompagné d’une étude d’impact environnemental sur l’ensemble de la zone d’étude.
Les résultats de l’étude justifient un élargissement de la RN04 en deux voies de 3,5 m de large, un giratoire avec un rayon de 25 m et un anneau de circulation de 10,5 m. Le dimensionnement hydraulique se conclut par des sections de caniveaux allant de 1 m jusqu’à 1,5 m de largeur. Le pré-dimensionnement complet du pont dalle servant à enjamber le giratoire aboutit à une longueur de tablier de 60 m avec une largeur de 17,6 m (2*2voies de 3,5 m).


Pourquoi le choix de COGEB?

COGEB International SA est une société anonyme au capital de 200 millions FCFA, créée en 1993 par Moctar Mando, l’Administrateur général. Il est membre de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso et fait partie du club des hommes d’affaires franco-burkinabè, 1er vice-président du Conseil national du patronat burkinabè et président de l’Association des syndicats des carriéristes du Burkina Faso. Il fait partie des résistants, à savoir les proches de l’ancien Président Compaoré qui sont restés dans les bonnes grâces du nouveau régime. Au Burkina, COGEB a notamment été chargée de la réalisation de l’échangeur de Ouaga 2000, du chantier de la route Dori-Seytenga-frontière du Niger, de la construction du château d’eau de Ouahigouya. Elle a aussi été chargée de l’aménagement du parc urbain Bangr-Weoogo, en plein cœur de Ouagadougou. COGEB a aussi remporté le marché des travaux de réalisation du Canal Mogho Naaba, débutés aussi sous la Transition.

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Numéro d'édition: 316

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