Les écarts existent entre le monde urbain et rural dans l’accès aux services d’éducation, de santé et de logement excerbent les inégalités de revenus et d’opportunités existants. (DR)

Justice fiscale  : Des disparités criardes au Burkina Faso

• Une forte propension d’évasion fiscale et d’éviction fiscale

• En 2014, 20% d’individus les plus aisés concentraient 44% des revenus

• Les 80% restants de la population se partageaient les 56% restants

La situation au Burkina Faso n’est guère meilleure en termes d’une économie plus humaine. En effet, il ressort d’un constat établi par CERA-FP qu’en dépit d´importants progrès réalisés au cours de ces dix dernières années (taux de croissance en moyenne de 5,7% entre 2005-2010), le développement humain demeure faible.
Le niveau de pauvreté reste encore élevé, 40,1% au plan national et 47% en milieu rural en 2014. Selon les études plus récentes, les inégalités de revenus au pays, après avoir augmenté entre 1994 et 1998 (où le coefficient de Gini est passé de 48,07 à 49,94), il a chuté à 35,30 en 2014. Pourtant, ces données masquent les disparités qui, encore, persistent parmi les différents groupes de revenus sur l’échelle de répartition des revenus. En 2014, les 20% d’individus les plus aisés encore concentraient 44% des revenus, tandis que les 80% restants de la population se partageaient les 56% restants.
CERA-FP note que cette situation crée des inégalités de genre, spatiales et d’accès à la terre, avec des défis notables au développement inclusif du pays. Et que la dichotomie entre les économies rurales et urbaines est encore un moteur des disparités.
« Les écarts existent entre le monde urbain et rural dans l’accès aux services d’éducation, de santé et de logement exacerbent les inégalités de revenus et d’opportunités existantes. En plus, l’accès sécurisé à la terre reste un défi pour les femmes.
Elles constituent 55 % de la force de travail agricole, mais pas plus de 40 % des propriétaires de terres. En 2015, selon l’indice des inégalités de genre établi par le PNUD (2016), le Burkina Faso était classé 146e sur 159 pays », note CERA-FP. Les inégalités posent un défi majeur au développement du pays. Toutefois, le Burkina Faso fait partie des pays reconnus par le PNUD où des efforts sont constamment faits par les autorités pour relever les défis en matière d´inégalités et d’élaboration de politiques favorables aux femmes et aux jeunes.
L´avènement d´un régime démocratique en 2015, après 27 ans de dictature, l´existence d´un espace civique et de liberté d´expression constituent des opportunités pour faire avancer la lutte contre les inégalités, constate CERA-FP.
Aussi, cette institution ajoute que le PNDES offre des opportunités pour un suivi durable des avancées dans plusieurs domaines pertinents à la promotion d’un développement inclusif et durable. Que faire donc face à  cette variable d’injustice sociale criarde entre les contribuables riches et ceux pauvres? Pour le président du Conseil d’administration du CERA-FP, Abdoul Yoropo Dembélé, il faut travailler à renforcer la justice sociale et économique, à travers l’exercice par les populations, notamment la jeunesse et les femmes, de leurs droits à l’alimentation, à l’assistance, aux services sociaux de base, à des moyens d’existence durables et la construction d’une plus grande résilience des populations vulnérables aux chocs tout en promouvant la justice entre les sexes.

Comment rendre une justice fiscale plus humaine au Burkina Faso ?
un début de réponse par la sensibilisation des journalistes. 30 hommes de médias burkinabè ont été sensibilisés sur la justice fiscale du 10 au 12 octobre 2019 à Ouagadougou, par le fiscaliste et chercheur au Centre national de recherche scientifique et technologique (CNRST), Janvier Kini.
Celui-ci souligne que vu que l’Etat burkinabè, les consommateurs et les investisseurs sont tous créateurs de richesses, il exhorte le gouvernement à appliquer une fiscalité juste, équitable et humaine.
Car, dit-il, ce sont les recettes fiscales qui financent les dépenses. Il recommande à l’Etat d’orienter de façon efficace, les dépenses publiques dans les secteurs sociaux tels que l’éducation, la santé, l’assainissement….
« La mobilisation des dépenses publiques nécessitent un système fiscal basé sur la justice sociale ; un système de contrôle efficace ; une confiance renouvelée des citoyens en ce système et des mécanismes de redevabilité fiables », a-t-il mentionné. Toutefois, il dit noter une forte propension d’évasion fiscale et d’éviction fiscale et d’exonération qui, malheureusement, ne profite à l’Etat.

Les riches piétinent les pauvres
Dans un pays, tous les contribuables sont assujettis aux impôts, malheureusement, tel n’est pas souvent le cas de ceux qui possèdent la plus grande part de richesse mondiale. Conséquence, ce sont les basses classes, « les pauvres », qui s’acquittent de ce devoir citoyen. Janvier Kini révèle qu’avec le système capitaliste, 1% de la population détient les 90% de la richesse mondiale. Le chercheur pointe du doigt le modèle capitaliste qui est l’absorption du maximum de profit. Janvier Kini note que le comble avec la justice fiscale, c’est la majorité de la basse classe qui s’acquitte, par contrainte, des taxes fiscales. C’est sur eux que les gouvernants « tapent » le plus. Et ceux qui ont le plus de moyens pour payer leurs taxes ne s’acquittent pas ou sont épargnés par des moyens peu recommandables. Il s’agit, entre autres, de la corruption des agents des impôts, du laxisme du service des impôts, des relations dites placées dans le cercle du pouvoir politique, etc. Cette formation a été rendue possible grâce au Centre d’étude et de recherche appliquée aux finances publiques (CERA-FP), avec l’accompagnement de l’ONG OXFAM au Burkina Faso, qui met en œuvre le projet « Initiative multipartite pour une économie humaine en Afrique ».
Ambèternifa Crépin SOMDA

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Numéro d'édition: 316

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