La corruption s’enracine au Burkina

• La Douane classée 3e en 2016, 2e en 2017 et 1er en 2018

• La Gendarmerie occupe le 4e rang depuis 2016

• La SONAGESS et la CCVA font leur première entrée dans le classement

Le rapport 2018 sur l’état de la corruption au Burkina Faso a été rendu public par le Réseau national de Lutte anti-corruption (RENLAC) le 30 septembre 2019. Selon le rapport, certains services ont amélioré leurs classements comparés à ceux de 2017.
La Police municipale et les Impôts qui occupaient respectivement, le 1er et le 6e rang en 2017, sont passés respectivement au 2e et 13e rang. D’autres au contraire, ont vu leur situation se dégrader.
La Douane est passée de 3e place en 2016 à la 2e place en 2017 et 1er en 2018.
Un indépendant de 33 ans de Pouytenga raconte ses mésaventures avec la Douane : « J’ai voulu faire rentrer de l’huile à Pouytenga dans le cadre de mon commerce et les douaniers qui sont situés sur la route de Cinkansé m’ont contrôlé et m’ont fait savoir que ma marchandise n’était pas de bonne qualité. J’ai donc demandé à ce qu’ils me laissent parce que j’ai l’habitude de me procurer l’huile chez le même fournisseur. Ils ont refusé et m’ont dit de payer 100.000 F CFA avant de récupérer la marchandise. Pour me libérer, j’ai donc été obligé de payer la somme exigée sans reçu ».
Quant à la Justice, elle est passée du 10e en 2017 au 7e rang en 2018. Des services comme la SONAGESS et la CCVA font leur première entrée dans le classement du REN-LAC et occupent respectivement, le 8e et le 11e rang. La Gendarmerie occupe le 4e rang en 2018. Ce service garde le même rang depuis 2016.
Sur un échantillon de 2016 personnes, 16,0% affirment avoir offert au moins une rétribution illégale à des agents publics en échange d’un service non soumis à paiement.
Un salarié de 23 ans à Koudougou raconte : « Au mois d’août, on a emmené mon neveu qui souffrait de palu aux urgences médicales du CHR de Koudougou.
Arrivés, nous avons payé d’abord 300 FCFA pour frais de consultation, mais le caissier n’a pas remis de reçu. Ensuite, lorsque les agents de santé ont prescrit les produits, nous n’avons pas tout eu à la pharmacie de l’hôpital. Ils nous ont dit qu’ils savaient qu’on n’allait pas tout avoir et que le reste était à leur niveau. On a payé deux sirops à 6.000 FCFA et 12.500 FCFA avec les agents sans prendre un reçu ».
Voici l’expérience de cette femme au foyer de 46 ans à Ouagadougou : « C’était à l’hôpital Yalgado et il nous fallait payer un médicament pour soigner notre malade.
L’infirmier nous a dit que c’était difficile de trouver ce médicament en pharmacie mais que lui, il pouvait nous en trouver. Il nous a réclamé 10.000 FCFA mais on n’avait que 8.000 FCFA.
Il a pris l’argent pour partir et nous a ramené le produit. Mais trois jours après, un parent nous a dit que ce produit existait bel et bien en pharmacie et que ça coûtait 3.000 FCFA ».
Quatre services de l’administration publique ont enregistré les nombres les plus élevés d’offres de rétributions illégales. Il s’agit de la Police nationale, (230 cas), la Santé (103 cas), les Mairies (102 cas) et la Police municipale (92 cas)
L’agent public a sollicité de l’usager du service la rétribution illégale dans 52,5% des cas; l’usager a offert la rétribution illégale à l’agent public dans 40,8% des cas et un intermédiaire est intervenu pour mettre en relation l’usager et l’agent public dans 6,7% des cas.
Ce salarié de 42 ans et ses collèges ont initié l’acte de corruption à Manga: « Lors de nos rencontres au service de l’agriculture de Manga, on a cotisé une somme pour le policier pour qu’il vise nos ordres de mission avant la fin de la mission.On était 44 et chacun a cotisé 1.000 FCFA, donc en tout, 44.000 FCFA »
Un autre récit d’un homme de 37 ans à Ouagadougou révèle l’ampleur du faux et de la surfacturation dans les services publics : «Une fois un chauffeur du ministère de l’Education est venu chez moi pour changer la vitre avant d’un véhicule fond rouge avec un bon de prise en charge de SUNU assurance. Il m’a dit que la vitre n’était pas bien fissurée et qu’il voulait que je dépose une facture de paiement à SUNU comme si j’avais déjà monté la vitre et que lui et un travailleur de SUNU assurance allaient partager les 315.000 F CFA. Ne voulant pas perdre mes marchés, j’ai accepté sa proposition ».

Elie KABORE


Des agents témoignent

Le montant cumulé des rétributions illégales en numéraires que les enquêtés ont personnellement offert est estimé à environ 7.666.700 FCFA avec des montants extrêmes de 200 F CFA et 600.000 FCFA.
En dépit de ce contexte peu propice à l’autorévélation, quelques agents de services publics ont eu le courage de relater aux enquêteurs du RENLAC, les circonstances dans lesquelles ils ont accepté des rétributions illégales en numéraires ou en nature.
Une sage-femme d’Etat de Kongoussi, âgée d’une trentaine années confie : «J’ai pris en charge l’accouchement de la femme d’un orpailleur. Quelques jours après, il est venu me remettre la somme de 50.000 FCFA en reconnaissance de mon acte et m’a même exhortée de demander une affectation dans son village. Je ne peux pas refuser l’offre parce que c’est de l’estime pour moi et en plus, mon salaire est insuffisant ».Une autre dame, âgée de 36 ans, explique : « Une dame est venue avec son dossier à la radiologie du CMA de Bogodogo à Ouagadougou que j’ai fait enregistrer, et à cause de la gratuité, elle n’a rien payé. Pour me remercier, elle m’a remis la somme de 4.000 FCFA et j’ai pris».

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Numéro d'édition: 314

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