Risques d’insécurité alimentaire dans certaines zones du Burkina Faso. (DR)

Terrorisme et agriculture :Un impact néfaste sur la sécurité alimentaire

• 687.000 personnes en insécurité alimentaire

• Dont 25.000 en situation d’urgence

• 27 milliards de francs CFA pour lutter contre le phénomène

Le bilan de la campagne agricole 2018-2019 fait état d’une production totale courante des cultures céréalières du Burkina Faso estimée à 5.180.702 tonnes. Selon le rapport du Service de l’information et d’alerte précoce sur la sécurité alimentaire (SIAPSAN), cette production est en hausse de 27,50% par rapport à la dernière campagne agricole et une hausse de 16,90% par rapport à la moyenne des cinq dernières années.
En dépit de cette apparente progression, le spectre de l’insécurité alimentaire plane sur la terre des Hommes intègres. Elle est accentuée par les attaques terroristes répétées qui engendrent des déplacés internes. Hommes, femmes et enfants vivant jadis de l’agriculture, mais désormais contraints d’abandonner leurs terres.
Une telle situation n’est pas sans conséquences sur la sécurité alimentaire qui est déjà éprouvée par les intempéries de mère nature. Des déplacés internes qu’il faudra nourrir et soigner, tel est le défi auquel devra se confronter le gouvernement. Selon le chef de Service de l’information et d’alerte précoce sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle ( SIAPSAN ), Moro Dabré: «Les déplacements provoqués par les attaques terroristes accentuent la pression sur les ressources existantes» il a, par ailleurs, affirmé que la fermeture de certains marchés impactait négativement sur la sécurité alimentaire, de même que la perturbation des circuits de transfert des céréales des zones excédentaires vers les zones déficitaires peut entraîner d’importantes hausses des prix.

250 incidents sécuritaires constatés en une année
En effet, de 2018 à 2019, plus de 250 incidents sécuritaires ont bouleversé les moyens de subsistance et le mode de vie des communautés, entraînant des déplacements internes massifs. Ainsi, à la date du 4 avril 2019, 137.118 personnes déplacées internes ont été enregistrées dans les régions du Centre, du Centre-Nord, de l’Est, du Nord et du Sahel. Ces personnes déplacées survivent dans des conditions de vulnérabilité extrême. Elles ont perdu, pour la plupart, leurs biens et ne possèdent que le minimum pour assurer leurs besoins quotidiens. Les besoins se rapportent à l’accès à la terre, aux ressources pastorales, au logement, à l’alimentation, à une prise en charge psychosociale et aux services sociaux de base (l’éducation, la santé, l’eau, l’hygiène et l’assainissement). Ces populations éprouvent aussi le besoin de sécurité et de protection. Face à cette situation, des actions ont été engagées par l’Etat et ses partenaires pour soulager les souffrances des victimes. Toutefois, plusieurs difficultés émaillent la prise en charge des personnes déplacées, à savoir: les difficultés d’accès de certaines zones d’accueil des personnes déplacées du fait de l’insécurité; le nombre de plus en plus croissant de personnes déplacées ; l’insuffisance des ressources financières; l’insuffisance des moyens logistiques (camions, véhicules de liaison, motos).

Sahel, le Nord, le Centre-Nord et l’Est, les plus touchés
L’insécurité alimentaire continue de sévir dans plusieurs localités du pays. Les régions les plus touchées restent le Sahel, le Nord, le Centre-Nord et l’Est. L’analyse de l’outil «cadre harmonisé» a révélé que sur la période allant de mars à mai 2019, 12 provinces (Passoré, Loroum, Namentenga, Bam, Sanmatenga, Séno, Yagha, Oudalan, Komandjari, Oubritenga, Kourwéogo et Boulkièmdé) sont en phase 2 «stress» et la province du Soum est en phase 3 «crise». Les populations en crise alimentaire ont été évaluées à 420.000 personnes et 5.000 personnes en situation d’urgence sur la même période. Si aucune mesure urgente n’est prise, cette situation risque de se dégrader.
Le nombre de provinces en phase 2 atteindrait 17, au cours de la période projetée (juin à août 2019), avec l’entrée de la Gnagna, du Gourma, de la Tapoa, du Kouritenga et du Bazèga. Les provinces en phases 3 «crise» verront également leur nombre augmenté à 3, avec l’arrivée de l’Oudalan et de la Komandjari. Enfin, la population en crise alimentaire pourrait atteindre 687.000 personnes, dont 25.000 personnes en urgence alimentaire.
Le gouvernement a élaboré un plan de réponse afin de résorber le taux de vulnérabilité à l’insécurité alimentaire. Le plan de réponse et de soutien aux personnes vulnérables, élaboré sur la base des résultats prévisionnels de novembre 2018, prévoit des mesures de soutien aux populations en stress alimentaire dans le pire des scénarios, dans les 13 régions du pays. D’un coût global de plus de 27 milliards de francs CFA, le plan est réparti en trois phases: d’abord, la mitigation de janvier à juin 2019, ensuite, la soudure de juillet à septembre 2019 et enfin, le relèvement d’octobre à décembre 2019.

Rachid OUEDRAOGO (Collaborateur)


Le SIAPSAN en bref

Le Burkina Faso est un pays de type sahélien, face aux risques d’insuffisance alimentaire favorisés par le changement climatique, l’état burkinabè s’est doté de certaines structures parmi lesquelles figure une structure chargée de la veille. Le Service de l’information et d’alerte précoce sur la sécurité alimentaire (SIAPSAN) est une structure qui a pour principale mission la collecte, l’analyse, le traitement et la diffusion des informations sur la situation alimentaire et nutritionnelle nationale.

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Numéro d'édition: 307

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