Bonaventure Kéré, président de la Fédération nationale des transporteurs routiers. (DR)

Transport : Les vérités de Bonaventure Kéré

• Le bureau a été proposé par consensus

• Ceux qui bloquent les voies sont manipulés

• La gestion du fret va changer

L’Economiste du Faso : Quand les chauffeurs manifestaient contre la présence de Issoufou Maïga à la tête de la faîtière, vous aviez déclaré que la question de la faîtière ne les concernait pas directement, d’où vient le problème alors?
Bonaventure Kéré, président de la Fédération nationale des transporteurs routiers: Il y a transport, il y a eu une évolution depuis un certain nombre d’années, cela a coïncidé avec la prise de fonction de la dernière administration de l’OTRAF. Nous avions remarqué que l’OTRAF était fortement «colorée» par des chauffeurs qui sont par la suite devenus propriétaires de véhicules (un a deux véhicules).
Les mauvaises langues disent que ce sont eux qui ont favorisé la chute du vieux Sankara et qui ont porté l’actuel président à la tête de l’OTRAF. Nous n’avons pas d’éléments pour pouvoir apprécier positivement ou négativement.
Mais, lorsqu’on est chauffeur et on devient propriétaire d’un véhicule, on est transporteur, donc on change de statut, mais le problème aujourd’hui, c’est qu’il y a un amalgame .Notre syndicat, le SNTRVB, a justement souffert de cet amalgame, parce que dans la gestion du fret venant du port de Tema, nous avons dû, entre-temps, pour protéger les camions que nous chargeons, engager des gros bras contre les chauffeurs qui agissaient pour le compte de l’OTRAF.
Voilà deux organisations qui prêtaient la confusion. Le fret était géré d’une certaine manière dans les ports qui ne satisfaisait pas le plus grand nombre des transporteurs. La gestion était teintée d’une certaine opacité. Le problème de bon nombre de transporteurs, c’est le fait que l’accès au fret n’était pas égalitaire.

Il n’y avait pas de règles préétablies?
Il n’y avait pas de règles préétablies validées par tout le monde, puisque la gestion du fret est confiée au CBC qui travaillait avec l’OTRAF et l’UCRB, ce qui a amené cette opacité.

Ce problème minait donc les relations entre transporteurs et entre chauffeurs et transporteurs?
Oui. C’est pour cela que le ministère des Transports a mis en place une commission qui a réfléchi et qui a proposé de mettre en place une faîtière qui va gérer justement ce fret généré par notre commerce. Si les gens estiment aujourd’hui qu’ils ne veulent plus du président de l’OTRAF, nous comprenons.
Mais, c’est quand même un poids lourd en matière de transport de marchandises et d’hydrocarbures. Avec ses nombreux camions, si ses camions s’arrêtent à tour de rôle, il a toujours une avance sur les autres. On ne peut pas aussi le blâmer d’avoir beaucoup de camions.
Lorsque nous avons réfléchi sur la mise en place d’une structure qui va gérer équitablement le fret pour le compte de tout le monde ,on s’est dit qu’il faut d’abord une structure faîtière qui sera à même de regrouper tout le monde ,toutes les associations de transporteurs, et en ce moment, chacun sera représenté dans cette structure avec un droit de regard sur la gestion du fret.
Et pour ne pas laisser certaines organisations et certaines personnes sur le bord de la route, nous avons décidé d’y aller par consensus, et nous avons donc mis en place un bureau. Parmi les 18 organisations de transporteurs qui ont pris part aux échanges, toutes sont partantes pour le consensus, et ont accepté de confier la présidence de cette faîtière à l’OTRAF, parce qu’elle a une certaine expérience et c’est elle qui gère actuellement le fret. C’est pour une certaine continuité que l’on a décidé que la présidence de cette nouvelle faîtière revienne à l’OTRAF.
Nous ne voyons pas d’inconvénient, dans la mesure où nous avons travaillé d’arrache-pied 6 mois à baliser le terrain et faire de telle sorte qu’il y ait une certaine équité dans la gestion du fret. Nous n’avons rien compris, toutes les organisations de transporteurs ont accepté le consensus.
Le syndicat des chauffeurs qui est l’UCRB s’est prononcé en faveur de la faîtière et de la candidature de Issoufou Maïga comme président de la faîtière. Ceux qui protestent ne sont pas reconnus par l’UCRB, ils ne sont membres d’aucun syndicat (des 18 organisations et syndicats qui ont adhéré à la faîtière). …
C’est pourquoi, j’ai parlé d’individus non identifiés, mais la police sait de qui il s’agit. Il semble que ceux qui protestent sont des gens (organisations) qui sont mécontents des postes qu’ils occupent au niveau de la faîtière, qui donc sont allés manipuler une grande masse de chauffeurs sans travail ou d’anciens chauffeurs.
Je vous assure que nous avons travaillé au niveau de cette faîtière à ce que personne ne puisse s’accaparer quoi que ce soit désormais.

Le 31 mars, vous deviez mettre en place la faîtière, que s’était-il-passé?
C’était lors du Conseil des ministres précédent, mais le ministre en charge du dossier était absent et justement, à cause des mouvements d’humeurs, les ministres intérimaires ont pris peur, je pense que l’administration prend le temps de se donner les moyens pour la mise en place de cette faîtière.

Mais vous n’avez pas peur que l’Etat prenne votre structure en otage?
En fait, c’est ce que je disais lors d’une rencontre, c’est une affaire des transporteurs et la présence de l’Etat qui devient un peu gênante, mais quoi qu’on dise, c’est une faîtière, c’est un regroupement d’associations privées et en ce moment, on peut demander le soutien du gouvernement, mais pas que le gouvernement se mette devant, ce n’est pas normal . Nous avons planché pendant deux jours à nos frais sur les textes que nous avons validés, les projets de textes, on attendait justement le jour de l’assemblée générale constitutive pour les adopter et en même temps, annoncer le bureau.

Le gouvernement prend-il son temps?
C’est le gouvernement qui a suspendu, le ministre en charge du dossier est de retour, donc je pense qu’il va revenir là-dessus, parce que la mise en place de cette faîtière va résoudre beaucoup de problèmes.
On est en droit de se demander si ce n’est pas parce que justement ça va résoudre beaucoup de problèmes que cela traîne. Il est possible que des nostalgiques de cette gestion passée veuillent maintenir les choses en l’état.

Propos recueillis par FW


Maïga et moi

Les journalistes ont souvent pour habitude de faire l’amalgame entre grève de chauffeurs et grève de transporteurs. Les transporteurs n’ont jamais fait de grève aussi loin que je m’en souvienne.
Il faut éviter que chacun empiète sur les droits des autres, ce n’est pas parce qu’on veut grever qu’on va aller fermer les routes, je pense qu’il faudra décourager ceux qui voudraient mener des actions qui dérangent la quiétude des autres. Voilà pourquoi je qualifie de querelle de personnes, les mouvements contre Issoufou Maïga. Monsieur Maïga et moi n’avons pas toujours été du même avis, mais à vue d’œil, je ne vois pas en lui l’ogre dont on parle.

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Numéro d'édition: 297

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