Aziz Rabah, ministre marocain des Mines. (DR)

Projets miniers Les conditions d’une bonne acceptabilité sociale

• Emplois, fournitures locales dans les mines


• Développer des activités connexes


• Communiquer pour réduire la perception que le secteur n’apporte rien aux pays

LA huitième édition de «Franco- mine» a été organisée le 3 mars dernier à Toronto au Canada, sur le thème de l’acceptabilité sociale des mines sous la forme d’un panel. L’acceptabilité sociale est le résultat d’un processus. Ces résultats dans un projet minier sont d’ordre social, socio-économique, psychologique et environnemental. Ils permettent de convaincre les populations d’accepter un projet minier.

Plusieurs personnalités ont pris part à ce panel.

Pour Aziz Rabah, ministre marocain des Mines, l’Afrique doit revoir son modèle économique. L’Afrique possède un potentiel en ressources humaines qu’il doit savoir utiliser. Le secteur minier

peut être une alternative et contribuer au développement économique et sociale du continent. Le défi à relever est de passer de l’exploitation brute à la transformation afin de créer une valeur ajoutée.

Les pays doivent aussi développer les activités connexes à la mine afin de créer plus d’emplois et encourager l’auto-emploi. La mine ne pouvant pas recruter tout le monde, il faut des Etats stratèges en Afrique afin de pouvoir utiliser les mines pour développer d’autres secteurs.

Pour Aziz Rabah, le secteur minier se positionne donc comme le catalyseur du développement. Les possibilités existent dans les nouvelles technologies selon lui. Il informe que l’économie mondiale a plus besoin d’emplois de niveau Bac+2 ou 3. Les mines doivent créer des académies pour former sur des métiers précis. Il propose une solution ; créer des instituts régionaux ou en joint-venture.

Pour Ibrahim Gueyé, Secrétaire général du ministère sénégalais des Mines, l’acceptabilité sociale doit être recherchée avant, pendant et après la mine. Avant la mine, au moment de l’étude d’impact environnemental et social, les mines doivent prévoir des garanties en termes d’emplois, de prise en compte du genre, de promotion de la fourniture locale, etc. Les pays communautés hôtes doivent ressentir l’effet de ces garanties pendant et après l’exploitation des sites.

Pour le ministre des Mines et des Carrières du Burkina Faso, Oumarou Idani, le Burkina a créé dans son Code minier des fonds, dont le Fonds minier de développement local (FMDL) pour le financement du

Idani, ministre des Mines et des Carrières du Burkina Faso (au milieu). A sa gauche, Oumar Toguyeni, vice-président de
IAMGOLD Afrique de l’Ouest, et à sa droite, Ibrahim Gueyé, Secrétaire général du ministère sénégalais des Mines. (DR)

développement local. La fourniture locale de biens et services, l’emploi local et auto-emploi sont des débouchés qui favorisent cette acceptabilité sociale. Le ministre propose comme solution le respect des engagements et de la loi par toutes les parties, gouvernement, sociétés minières et communautés représentées par les organisations de la société civile. Il constate la demande de plus en plus persistante de la société civile vis-à-vis de l’Etat et des sociétés minières par rapport au principe de durabilité, de développement et de partage de revenus. Une équation qui pourrait faire penser à un retour de nationalisme au niveau de l’exploitation minière. Pour le ministre, il n’en est rien. Il faut plutôt intégrer ces demandes et ouvrir un vrai dialogue entre les 3 parties autour des intérêts contradictoires pour faire face à la situation. Un élément important de l’acceptabilité sociale est, selon Oumarou Idani, l’établissement d’un climat de confiance. Pour le ministre, l’information de l’opinion sur ce qu’est l’activité minière et sur ce qui se fait est capitale. Citant le cas du Burkina, il a rappelé que le Code minier prévoyait que chaque année, avant le 30 juin, le ministère des Mines publie un rapport national sur l’état de la fraude, les emplois, la mise en œuvre du Fonds minier de développement local, le programme de réhabilitation et de fermeture des mines. Chaque année aussi, les sociétés minières doivent publier leur programme de promotion de l’emploi local et de formation. «Si ces informations sont partagées, nous allons nous retrouver dans une situation apaisée, parce que l’impact des mines sera connu», a-t-il conclu.

Elie KABORE


 

Communiquer pour réduire la perception que le secteur n’apporte rien aux pays

OUMAR Toguyéni, vice-président de IAMGOLD Afrique de l’Ouest, a indiqué que les sociétés minières entretenaient des relations de confiance avec les autres parties par le dialogue ; ce qui permet de résoudre les problèmes. Les sociétés minières respectent les conventions minières. Toutefois, un déficit de confiance existe au niveau de la société civile devenue active dans les pays,

surtout avec l’avènement des médias sociaux et le développement des fake news.

Il estime que les sociétés minières doivent plus communiquer sur ce qu’elles font. La communication doit porter, selon lui, sur les emplois directs et indirects générés non seulement par les sociétés minières, mais aussi par leurs sous-traitants. Pour le cas spécifique d’Essakane, la mine dispose de plus de 500 sous-traitants qui emploient du personnel, avec un volume important d’activités mais personne n’est informé. Il encourage les gouvernements aussi

à communiquer sur la contribution des mines à l’essor des pays. «Le défi est de réduire cette perception que le secteur n’apporte rien aux pays», foi de Oumar Toguyeni.

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Numéro d'édition: 291

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