Souleymane Ouédraogo Ingénieur-statisticien-économiste-financier

Tarifs d’électricité dans les pays de la CEDEAO – Par Souleymane Ouédraogo

Les tarifs présentés dans cet écrit n’incluent pas les impôts et taxes pratiqués dans l’espace CEDEAO. Ce choix est dû à la non-disponibilité d’informations fiables sur les impôts et taxes pratiqués sur les ventes d’électricité dans l’espace CEDEAO. Il couvre la TVA, les prélèvements destinés à financer l’électrification rurale, les activités audiovisuelles et même des activités sans lien direct avec l’électricité (enlèvement d’ordures en Côte d’Ivoire). Le poids moyen des impôts et taxes est d’environ 22% dans l’espace CEDEAO. Les unités monétaires des pays étudiés ont été converties en dollar des Etats-Unis d’Amérique (USD) pour mieux faire les comparaisons.

Résultat de l’analyse
Le tarif social moyen du kWh dans l’espace CEDEAO est de 16,13 cents USD. Il se caractérise par une forte variation d’un pays à l’autre, avec un écart moyen de 8,99 cents USD ; un tarif minimum de 1,1 cent USD au Nigeria et un tarif maximum de 39 cents USD au Liberia. Ce tarif est adapté pour des consommateurs modestes (éclairage et poste radio ou téléviseur, au plus) ayant de faibles consommations. La tarification est donc conséquente (tarifs progressifs) pour dissuader les « faux sociaux » dans la plupart des pays.


Le tarif moyen du kWh domestique dans l’espace CEDEAO est de 18,52 cents USD. Il se caractérise par une forte variation d’un pays à l’autre, avec un écart moyen de 9,10 cents USD, un tarif minimum de 3,2 cents USD en Guinée et un tarif maximum de 39 cents USD au Liberia.


Le tarif moyen du kWh des clients professionnels dans l’espace CEDEAO est de 21,55 cents USD. Il se caractérise par une forte variation d’un pays à l’autre, avec un écart moyen de 10,44 cents USD ; un tarif minimum de 6,48 cents USD au Nigeria et un tarif maximum de 49,5 cents USD en Guinée Bissau.


Le tarif moyen du kWh pour les industriels dans l’espace CEDEAO est de 17,70 cents USD. Il se caractérise par une forte variation d’un pays à l’autre, avec un écart moyen de 7,17 cents USD ; un tarif minimum de 7,8 cents USD au Nigeria et un tarif maximum de 39 cents USD au Liberia.


On note également de bonnes pratiques dans la détermination des tarifs industriels de l’espace CEDEAO. Ainsi, un pays comme la Côte d’Ivoire propose une tarification à 3 postes horaires (creuse, pleine et pointe), catégorisée selon la durée d’utilisation et pénalisant les dépassements de puissance et les mauvais facteurs de puissance.

Niveau relatif des catégories tarifaires
L’analyse de la part relative du niveau de chaque catégorie tarifaire est illustrée par le graphique ci-dessous. Elle permet d’apprécier la politique de redistribution souhaitée par chaque pays. Ainsi, un pays comme la Guinée qui a des tarifs sociaux et domestiques très bas, et fait payer relativement plus cher l’énergie à ses industries.
A l’exception de la Guinée, dans tous les pays, le tarif commercial est relativement plus élevé. Cela laisse entrevoir une stratégie de subvention croisée, visant à maintenir des tarifs domestiques et sociaux bas. En effet, dans la plupart des pays, les tarifs non domestiques (industriel et commercial) sont relativement plus élevés.


Comme l’illustre le graphique suivant, les différences de tarifs entre les catégories en Guinée, en Guinée Bissau et au Nigeria sont nettes. Pour le reste des pays, ces différences sont assez faibles, traduisant la faiblesse des subventions croisées entre différents types de clients. Certains pays ne font même pas de différence entre l’usage domestique et l’usage non domestique (Burkina, Mali, etc.).


Cette configuration augure également la forte influence des usagers domestiques dans la fixation des tarifs d’électricité. Ainsi, les niveaux proposés dans certains pays sont même plus faibles que le tarif industriel.

Tarif domestique et RNB
En vue d’apprécier la capacité des ménages à se procurer l’énergie selon les tarifs de chaque pays, une analyse du lien entre le Revenu national brut (RNB) et le niveau des tarifs domestiques a été faite. Ainsi que la présente les graphiques suivants, il semblerait qu’il y ait globalement un lien négatif entre le niveau de RNB et les tarifs d’électricité (Guinée et Cap-Vert exclus).


Une analyse économétrique révèle que ce lien n’est pas robuste et ne permet pas, par conséquent, de tirer des conclusions fiables sur le lien entre le RNB et le tarif d’électricité. Cependant, la tendance globale constatée permet de dire que, généralement, les tarifs sont plus bas dans les pays ayant un RNB élevé, et que le pays ayant un RNB faible paie l’électricité au prix fort.
Ainsi, les pays à faibles revenus sont doublement handicapés en matière d’accès à l’électricité, à savoir des revenus faibles pour faire face à des tarifs très élevés. Ainsi que l’illustre le graphique suivant, au Liberia, par exemple, pour consommer 975 kWh par an, un ménage de la classe moyenne dépenserait 100% de son revenu ; tandis que son voisin de la Côte d’Ivoire ne dépenserait que 7% de son revenu.


Ce constat permet de soutenir qu’une interconnexion entre la Côte d’Ivoire et le Liberia est mutuellement avantageuse. En effet, un tel commerce, dans le cadre d’un partage équitable du bénéfice de l’échange, aboutit à une économie pour le Liberia et à un gain pour la Côte d’Ivoire de 14,1 cents USD par kWh échangé.

Conclusion
La faible variabilité des tarifs inter-catégories dans les différents pays témoigne des difficultés de réaménagement et d’ajustement des tarifs d’électricité à l’échelle nationale. A contrario, la très forte variabilité des tarifs inter-pays offre une réelle opportunité de construire des tarifs qui soient financièrement, économiquement et socialement adaptés.
En effet, le tarif social et le tarif industriel sont respectivement 35 fois plus élevés et 5 fois plus élevés au Liberia par rapport au Nigeria. Le tarif domestique est 12 fois plus élevé au Liberia par rapport à la Guinée ; et enfin, le tarif commercial (professionnel) est 8 fois plus élevé en Guinée Bissau par rapport au Nigeria. Cette situation est un argument supplémentaire pour promouvoir l’échange d’électricité entre les pays de la CEDEAO.o

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Numéro d'édition: 279

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