Le nouveau bureau du SYNAFI est composé de 9 membres avec à leur tête Mohamed Savadogo. (DR)

Modernisation des finances publiques Les réformes pas au goût des syndicats

• Premier congrès ordinaire

• Contre les récentes augmentations

Rosine H. Coulibaly, nommée en janvier 2016 à la tête du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement, a entrepris de nombreuses réformes au niveau des finances publiques. Objectif : non seulement moderniser les services, mais aussi et surtout permettre aux finances publiques d’être optimales et efficaces.

La conséquence à long terme sera l’augmentation des recettes publiques de l’Etat. Ces « innovations » semblent avoir du mal à passer pour ceux qui sont censés les appliquer ; c’est-à-dire les travailleurs. Ceux-ci ont une fois de plus désapprouvé ce qu’ils qualifient de « mutations ou des réformes hasardeuses qui compromettent dangereusement le devenir du pays ». Tel est le constat établi par le Syndicat national des agents des finances (SYNAFI) à la faveur de son premier congrès ordinaire qui a eu lieu les 9 et 10 novembre 2018 à Ouagadougou. Selon le nouveau secrétaire général du SYNAFI, Mohamed Savadogo, ces réformes font perdre au Burkina Faso sa souveraineté et ses prérogatives en matière de finances publiques. Pire, dit-il, elles vont amener le pays des Hommes intègres à être collé au diktat et au souhait des institutions de Brettons Woods (FMI et BM). Pour le SG du SYNAFI, si la barre n’est pas redressée à temps, cette volonté de réformer les finances publiques va plonger inexorablement le pays dans un gouffre. Pour preuve, il dit s’interroger sur comment on peut demander au FMI de mettre le Burkina Faso sous programme ; c’est-à-dire sous perfusion ; comme un pays qui vit une crise économique chronique ? Mohamed Savadogo explique que cette décision des autorités burkinabè s’expliquerait par le fait que des pays ont été mis sous programme et sont aujourd’hui émergents. Au nombre de cette « aventure hasardeuse », le SYNAFI pointe du doigt les régulations budgétaires préventives qui ne permettent pas une exécution budgétaire sereine. En plus de cela, dit-il, il a constaté des velléités de remise en cause des acquis des travailleurs qui se traduisent par des velléités de diminutions de salaires édictées par la conférence sur la remise à plat. Mohamed Savadogo avance que cette conférence, qui ne s’arrête pas aux salaires, va jusqu’à demander la suppression des motivations financières et autres avantages acquis de hautes luttes par les travailleurs concernés. Dans son réquisitoire contre la gestion du gouvernement Paul Kaba Thiéba, le SYNAFI s’est attardé sur le secteur économique dans lequel il trouve que «tous les indicateurs sont au rouge ; et cela du fait de l’absence d’une politique réelle de développement ». Toujours au plan économique, le SYNAFI note que la corruption continue son bonhomme de chemin. Au plan des affaires, le syndicat dit constater que des réformes fiscales sont mises en œuvre au profit des riches, alors que les mesures vigoureuses contre la fraude et l’évasion fiscale tardent à se manifester.

Le SYNAFI condamne les attaques terroristes
Pour étayer leur argument, le SG de SYNAFI cite « le cas des mines qui se sont vu exonérer de la TVA. Un accent particulier est mis sur les PPP avec l’octroi des marchés aux amis et copains au détriment des PME qui se meurent sous le regard complice des dirigeants ».
Le SYNAFI dit être contre, dans un contexte de chômage généralisé, le fait que le gouvernement burkinabè, sous l’impulsion du FMI, accepte de réduire les recrutements dans la Fonction publique de 40%. De l’avis de Mohamed Savadogo, le chômage va continuer à s’accentuer ; surtout qu’aucune mesure de soutien à l’emploi privé n’est visible. Au sortir de ces deux jours de congrès, les congressistes ont dénoncé le manque de moyens matériels et humains des structures du ministère et la non- transparence dans la gestion de ces moyens. Aussi, ils ont dénoncé la politisation de l’administration publique en général et en particulier le domaine des finances publiques. La récente augmentation du prix du carburant à la pompe décidée par le gouvernement, portant le prix du litre du Super et du gazoil à 75 FCFA de plus, n’est pas du goût du SYNAFI. Pour le syndicat, ces augmentations surviennent sans se soucier de la misère que vit déjà la population avec la hausse des prix des produits de première nécessité. Autre mesure dénoncée par le SYNAFI, c’est « le prélèvement à la source des taxes de résidence sur les pauvres travailleurs ». Au plan social, le SYNAFI dit assister à une ébullition sans précédent du front social du fait du refus du gouvernement à appliquer les protocoles d’accord. Face aux attaques terroristes récurrentes que subit le Burkina Faso depuis un certain temps, les congressistes ont apporté un soutien sans faille aux FDS tout en condamnant les auteurs de ces attaques.

Rachel DABIRE

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Numéro d'édition: 274

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