Les prix à la pompe sont revus à la hausse. Si la situation à l’international ne s’améliore pas, il faut s’attendre à de nouvelles hausses. (DR)

Hausse du prix du carburant: : le gouvernement était sous pression

• L’augmentation était prévisible

• Gérer les effets collatéraux

• Un bol d’air pour la SONABHY?

ça y est ! Fini les valses hésitations du gouvernement. Il faudra bien que les Burkinabè s’habituent désormais au yoyo des prix à la pompe. Le gouvernement à interêt à les y préparer. Il a décidé ce jeudi 8 novembre 2018 de réajuster à la hausse les prix à la pompe des hydrocarbures. Le Super et le Gasoil, les plus couramment utilisés, passent respectivement de 602 FCFA à 677 FCFA et de 526 FCFA à 601 FCFA. Cette hausse générale marque la fin de deux ans de blocage des prix. En effet, les gouvernements Kaba I et Kaba II, depuis l’accession du président Roch Kaboré à la magistrature suprême, avaient décidé de ne pas répercuter la hausse du cours du baril de Brent sur le consommateur. Ces derniers temps, les statistiques du Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures (CIDPH) dessinaient une tendance qui n’était pas très engageante pour le gouvernement. Toute l’année 2018, le prix du baril est resté à la hausse jusqu’en novembre. Pareil pour le cours du Dollar. La combinaison de ces deux facteurs fait que le Burkina importe les hydrocarbures un prix plus élevé. Entre juin et octobre 2018, le cours du baril de Brent est passé de 73,96 Dollars à 82, 09 Dollars ; tandis que le cours du Dollar est passé de 563,35 à 574,05 FCFA. Ce statu quo s’expliquait en partie par la situation nationale. L’économie du pays a été très affectée par les conséquences de l’insurrection, et l’impulsion que devait apporter l’action gouvernementale pour sortir de cet attentisme est encore timide. Appliquer la vérité des prix dans cette situation pouvait être encore source de grognes des ménages et des partenaires sociaux. Le gouvernement a donc mis le pied sur les augmentations pendant deux ans, alors que tout autour du Burkina, les pays voisins répercutaient la hausse des prix à l’international sur leurs prix à la pompe. C’est une décision politique qui était donc assumée. Qu’est-ce qui peut donc justifier que ce soit maintenant que le gouvernement lève le pied, à deux mois de la fin de l’année?
La première raison est connue de tous maintenant, après les explications du représentant du CIDPH lors de l’émission télévisée sur la chaine nationale. Il s’agit de la facture financière. Selon les explications du CIDPH, «les besoins en subventions, de nos jours, sont de l’ordre de 14 milliards de FCFA par mois ; soit environ 8 milliards de FCFA pour les prix à la pompe, 3 milliards de FCFA pour les combustibles de la SONABEL et 3 milliards de FCFA pour le gaz butane». Ainsi, depuis la dernière révision des prix, c’est une ardoise de 250 milliards de FCFA que l’Etat traîne vis-à-vis de la SONABHY (Société nationale burkinabè des hydrocarbures). Ce montant lui revient de droit. Comme l’Etat ne s’exécute pas dans les délais, cette subvention est une charge pour la SONABHY, et elle plombe sa trésorerie. Son directeur général estime qu’il faut travailler à éviter le blocage. Ce qui signifie que la structure en charge de l’approvisionnement aurait pu manquer de ressources n’eût été la confiance actuelle des banques. Pas sûr que ces dernières continuent de lui consentir des crédits supplémentaires au regard des encours déjà élevés. La direction générale fait état de près de 134 milliards de FCFA de dette. Quid des frais financiers ?

C’est dire que le pays s’approvisionne à crédit
Il faut donc permettre à la SONABHY de souffler. Plus la subvention est faible, moins l’Etat doit à la SONABHY. Or, aujourd’hui cette dernière a du mal à approvisionner le pays. La facture commençait donc à être salée, avec une consommation nationale qui croit de prêt de 10%. Et rien ne dit que la tendance haussière actuelle va s’arrêter rapidement. Le gouvernement décide donc d’augmenter maintenant pour ne pas avoir à faire une grosse augmentation subitement. Il lisse donc l’augmentation. C’est pour cette raison que l’augmentation est à cette hauteur. Nos sources estiment que la hausse, pour faire l’affaire du mécanisme actuel, aurait dû être de plus de 100 FCFA. On note, malgré tout, que le gouvernement a le souci de préserver le portefeuille des usagers. La subvention est maintenue sur l’ensemble des produits concernés (voir tableau), et le gaz n’est pas touché par l’augmentation irrévitable. Reste pour le gouvernement à gérer les effets induits de cette hausse et surtout à trouver des mesures d’atténuation pour éviter la flambée des prix sur les autres produits.

AT


Comprendre la structure des prix
A l’arrêté conjoint n°2018-007/MCIA/MINEFID du 08/11/2018
Portant composition des structures de prix des hydrocarbures
1. Structure de prix Dépôt de Bingo


 

Fixation des prix: comment ça marche

Le cours du baril de Brent et le cours du Dollar US. Les prix des hydrocarbures à la pompe d’un mois [n] sont fixés sur la base d’une moyenne des cotations des 25 premiers jours du mois [n-1] pour le baril de Brent sur le marché international et du cours du Dollar américain qui est la monnaie de référence à l’achat. A partir de ces informations exogènes à la situation nationale, la structure des prix du mois est arrêtée. Les techniciens tiennent compte du coût du transport et du transit pour enlever les produits depuis les dépôts côtiers jusqu’aux dépôts intérieurs.

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Numéro d'édition: 273

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