Me Stanislas B. Sankara, avocat de profession, président de l’UNIR-PS

Putsch manqué du 16 septembre 2015 «Les Burkinabè ne pouvaient pas accepter la confiscation de leur liberté», dixit Me Sankara

Acteur majeur dans l’écriture de la Charte de la Transition et de la mise en place des organes de la Transition, Me Stanislas B. Sankara, avocat de profession, revient pour vous sur les péripéties de la journée du 16 septembre 2015.
Ses prières en compagnie des pasteurs le jour du coup d’Etat du 16 septembre 2015; la réunion du parti tenue dans un lieu secret pour des raisons de sécurité; son jugement sur le Général Gilbert Diendéré, natif de Yako comme lui; sa lecture sur le procès en cours et la question de la réconciliation sont abordées dans cette interview qu’il bien voulu accorder à L’Economiste du Faso.

L’Economiste du Faso: Peut-on savoir où Me Stanislas B. Sankara était le jour de l’arrestation des premières autorités de la Transition que sont le président Michel Kafando et son Premier ministre, le Lieutenant-Colonel Yacouba Issac Zida, le mercredi 16 septembre 2015 ?
Me Stanislas B. Sankara, avocat de profession, président de l’UNIR-PS : J’étais à Ouagadougou. Vous n’ignorez pas que moi-même j’étais candidat aux élections couplées (présidentielle et législatives) du 11 octobre 2015. Ce jour-là, j’étais avec l’état-major de campagne, et nous étions allés rendre une visite de courtoisie à la Fédération des églises missionnaires et évangéliques (FEME) pour lui présenter notre projet de société. Ce jour-là, je me souviens comme si c’était hier, quand nous étions en entretien avec les premiers responsables de la FEME, à un moment donné, on a senti qu’il y avait une effervescence dans la ville avec une rumeur qui courait qu’il y a un coup d’Etat. Immédiatement, les pasteurs nous ont demandé de nous mettre en prières. Il y a quelques jours, nous étions encore à la FEME, et je leur rappelais cet événement, parce que cela m’a profondément marqué. Aussitôt, après les prières, je suis revenu à la maison.

Une fois à la maison, comment avez-vous eu la confirmation qu’un coup d’Etat venait de se perpétrer au palais présidentiel ?
D’abord, par les réseaux sociaux. Ensuite, par personnes interposées pour demander ce qui se passait à Kosyam. Plus tard, j’ai eu des informations qui indiquaient que même des ministres avaient été embastillés. Moi qui ait été un acteur actif dans l’écriture de la Charte de la Transition et dans la mise en place des organes de la Transition, pour moi c’était ahurissant d’entendre un coup d’Etat.
On était quelque part affolé, et on se demandait bien si c’était un coup d’Etat ou bien c’était encore des réminiscences de soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) dont une certaine opinion avait demandé le démantèlement et la dissolution. C’est dans ces interrogations que nous avons vu la déclaration du Médecin-Colonel Mamadou Bamba qui est venue finalement confirmer que c’était un coup d’Etat. Parce que c’était une déclaration politique d’un mouvement politique qui annonçait la mise en place d’un Conseil national pour la démocratie (CND).

Est-ce que ce coup de force porté contre la Transition vous a véritablement surpris ? Parce qu’on se rappelle ces nombreux conflits ouverts entre les ex-éléments du RSP et leur frère d’armes, le Premier ministre Yacouba Issac Zida. A cela s’ajoute la loi d’exclusion dite « loi Shérif » qui avait exclu de la compétition électorale les partis politiques affiliés au régime déchu, qui avaient soutenu ouvertement la modification de l’article 37 de la Constitution.
Franchement, moi, j’ai été trop surpris. Je suis d’accord avec le président de la Guinée-Conakry, Alpha Condé, qui disait à propos de ce coup d’Etat que c’était le plus bête au monde. C’était absurde. Vous savez qu’après l’insurrection, lors de la dévolution du pouvoir, les Burkinabè ont montré leur attachement à la démocratie. La communauté internationale est intervenue pour exiger le retour à l’ordre constitutionnel. Et cela a été fait de façon impeccable et dans les meilleurs délais. Les organes de la Transition avaient pour mission essentielle de préparer des élections. La commission électorale a enregistré 14 candidats, et chacun de se battait avec sa direction de campagne pour promouvoir son projet de société. La conséquence est qu’aujourd’hui, tous ceux qui ont voulu arrêter la marche du peuple vers une démocratie véritable, tous ceux qui ont tenté cette trahison ont été rattrapés par leurs propres histoires. Quand vous vous rappelez les premières déclarations du Général-putschiste Gilbert Diendéré qui se prononçait sur une radio de la place, il a dit qu’il regrettait son acte. Il a dit en substance que c’est «du gâchis, du temps perdu et des vies fauchés». Moi, je pense qu’il le disait de façon sincère et honnête. Les Burkinabè ont été félicités pour une insurrection véritablement populaire et pour l’avènement d’une alternance au Burkina Faso. Donc, ils ne pouvaient plus accepter la confiscation de leur liberté. Vraiment surprenant que des officiers et des intellectuels se soient coalisés pour avaliser ce coup de force. L’environnement sous-régional et international ne se prête plus aux coups d’Etat. Aucun coup d’Etat ne peut encore prospérer en ce 21e siècle.

A l’instar de certaines organisations de la société civile telles que le Balai Citoyen, est-ce que votre parti politique ; l’UNIR/PS ; a déployé des stratégies pour contrer ce coup de force porté contre la Transition ?
Dès que l’information du putsch a été confirmée, le parti a immédiatement tenu une réunion de crise dans un endroit tenu secret pour des raisons de sécurité. A la sortie, il a été décidé de transformer la direction générale de campagne en direction de résistance active. Et, nous avons fait de même pour l’ensemble de nos démembrements sur le territoire national.

A cette période tumultueuse, aviez-vous craint pour votre vie, surtout quand on sait que vous n’avez jamais été en odeur de sainteté avec l’ex- RSP ?
Non, parce que, pour moi, la politique est un sacerdoce pour la vie.

Vous êtes un éminent juriste ; alors quelle lecture faites-vous aujourd’hui du jugement en cours des présumés auteurs du putsch du 16 septembre 2015 ?
Je constate un procès équitable. Toute chose qui démontre que le Burkina Faso est un pays véritablement démocratique qui a travaillé à une justice indépendante, où on a des magistrats qui sont vraiment libres. Même si certains disent que c’est une juridiction d’exception, parce que c’est un tribunal militaire, les règles de procédures sont les mêmes. Parce que les règles de procédures applicables, ce sont celles du Code pénal. Il y a le droit de la défense qui est garantie ; il y a la présomption d’innocence ; il y a tellement d’exceptions qui se soulèvent tous les jours, sans compter le rôle de la presse qui rend compte chaque jour du déroulement du procès au peuple burkinabè. Tout cela est formidable. Mais, au final, ce qui est intéresse les Burkinabè, c’est la vérité.

Comment voyez-vous la question de la réconciliation nationale dans notre pays ?
Vérité, justice et réconciliation.

Interview réalisée par Rachel DABIRE

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Numéro d'édition: 265

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