«La haute technologie, c’est le futur»Hafez Ghanem, vice-président de la Banque mondiale pour la région Afrique

«La haute technologie, c’est le futur»Hafez Ghanem, vice-président de la Banque mondiale pour la région Afrique

  • L’Economiste du Faso: Vous étiez en charge de la région le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord avant votre nomination, peut-on considérer cela comme une promotion ?

En termes purement technique on ne parle pas de promotion, mais d’un mouvement latéral. Mais c’est une nomination qui m’a fait grand plaisir. Ma première mission pour le compte de la Banque mondiale a été au Sénégal en 1983. Après cela, j’ai travaillé au Cameroun en 1984. J’ai vécu en Côte d’Ivoire, puis 3 ans au Nigéria et presque 5 ans à Madagascar. J’ai travaillé au Kenya et en Ethiopie, en Tanzanie et en Afrique du Sud.

Vous voyez, la plupart de ma carrière je l’ai passé en Afrique Subsaharienne. Je l’ai commencé en Afrique, donc je retourne à mes sources.

  • N’y a-t-il pas un petit effet dépaysement vu que les problèmes de développement et leurs résolutions ne se posent pas de la même façon ?

Si vous voulez comparez l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient avec l’Afrique subsaharienne, il y a des différences au niveau des besoins en infrastructures. Mais la différence n’est pas si grande. Le problème de l’énergie est la même dans les différentes régions. C’est un gros problème au Liban comme au Burkina Faso ou qu’au Nigéria.

Le plus grand défi et la plus grande opportunité pour la région MENA et pour l’Afrique au sud du Sahara, c’est la jeunesse. Ce sont les deux régions du monde qui ont le plus de jeunes. Et c’est là l’objectif de toutes les politiques économiques dans ces deux régions, c’est la création d’opportunités, la création d’emplois pour cette jeunesse.

Vous savez chaque pays est différent. Nous, nos projets s’adaptent aux besoin spécifique de chaque pays.

  • Un rapport stipule que la trajectoire des pays en enveloppement va être différente de celles des pays européens et asiatiques. Vous en tant qu’artisan du développement, est-ce un constat qui vous interpelle et à qu’elle niveau ?

Quel modèle de développement pour l’Afrique? Aujourd’hui, c’est la question la plus importante. Je pense qu’ elle est  due aux avancées technologiques, des technologies qui changent le monde du travail. Au niveau de la Banque mondiale, nous sommes en train de mener une étude et c’est le sujet de notre prochain rapport sur le développement, c’est le futur du travail. Si l’on prend en exemple le modèle de développement asiatique qui est passé de l’agriculture à l’industrie à haute intensité de main d’œuvre pour ensuite passer à la haute technologie, cette trajectoire n’est plus valable aujourd’hui parce que la plupart des opportunités seront dans la haute technologie. Je suis convaincue, l’Afrique a besoin de sauter une étape et aller directement à la haute technologie.

  • Pourquoi ?

La haute technologie c’est le futur et aussi si vous regarder, nous avons un atout que les autres n’ont pas. Il s’agit de notre jeunesse. Quand je vois l’adaptabilité et la capacité de notre jeunesse surtout dans le domaine de la technologie, ça me donne beaucoup d’optimisme pour le futur.

J’étais au Nigeria, nous avons participé à un atelier sur l’économie numérique et c’était un cours d’une journée avec des jeunes. Ces jeunes-là sortaient des cours et directement se lançaient dans la création des entreprises et trouver des moyens de travailler en utilisant l’internet et l’économie digitale. Je ne dis pas que tout le monde aura la même réaction, mais je pense que c’est une opportunité à ne pas négliger. Et que nous devons penser « économie numérique »

Ce qui ne signifie pas que l’on ne doit pas faire l’industrie, mais il ne faut pas que l’on investisse pleinement dans l’industrie en oubliant le numérique. Il ne faut pas que l’on reste à la traîne du reste du monde.

  • Concrètement, comment cela pourrait se faire ?

Il y a trois axes nécessaires pour développer cette économie numérique en Afrique.

En premier, il y a les infrastructures. Je parle là d’infrastructures numériques. On a besoin d’électricité, mais aussi de télécommunications. Une des choses qui me frappent, c’est que dans la plupart de nos pays, la qualité de l’internet est relativement mauvaise et le coût est relativement élevé. Ce qui est paradoxal. Nous avons donc besoin de compenser cela, en injectant par exemple plus de compétition dans ce secteur. C’est le premier axe censé développer l’économie numérique.

Le second axe important, il faut de la connaissance. Je parlais de cette jeunesse qui est très capable et s’adapte relativement vite, il faut investir dans cette jeunesse, leur donner le savoir et surtout dans les sciences, les mathématiques et qu’ils aient une valeur ajoutée.

Le troisième axe, c’est la réglementation. J’ai vu dans plusieurs pays où les jeunes affirment vouloir lancer des affaires sur internet, mais qui n’arrivent pas à se faire payer à cause de la règlementation financière qui limite les transferts. Où qui n’arrivent pas à acheter à cause du manque de carte de crédit.

Voilà concrètement là où nous devons travailler.

  • 545 millions de dollars d’engagements en 2018 au Burkina , c’est plus du double de 2017 qu’est ce qui explique cette envolée ?

Il y a deux choses. Nous utilisons le fonds IDA (Association international de développement). Il est renouvelé tous les 3 ans.et dans le dernier renouvèlement de ce fonds, la cagnotte a augmenté. Nous avons eu plus de ressources, ensuite la performance du pays était positive enfin, notre portefeuille. Le taux d’exécution a grimpé. Il était de 36,4% l’année dernière. Voilà les trois facteurs qui expliquent l’augmentation de notre soutien au Burkina Faso. Et j’espère que ça va continuer et que nous pourrons continuer à augmenter notre soutien.

Le taux d’exécution a lui aussi évolué…

Il y a trois facteurs. Le taux d’exécution d’un projet dépend de 3 facteurs. Il y a le type de projets (trop compliqué, ou relativement simple). Deuxième aspect, c’est la qualité institutionnelle de l’agence d’exécution et sa relation avec la banque. La troisième raison, c’est l’âge du projet. Si vous avez un portefeuille jeune, il ne bouge pas rapidement contrairement à un portefeuille plus mâture.

Propos recueillis par NK


 

Quelle est votre feuille de route pour le Burkina Faso?

«Nous avons visité des projets et eu des réunions avec le Premier ministre et les membres du gouvernement qui s’occupent de la question économique. Nous nous sommes penchés sur les priorités du gouvernement. Nous connaissons le PNDES et ces trois points majeurs : le développement institutionnel et la gouvernance, le développement humain et la croissance économique par les secteurs porteurs pour la création d’emplois. Nous, on s’aligne à ces trois axes. Nous avons discuté des priorités et nous avons soumis l’avantage comparatif de la Banque mondiale. N’oubliez pas que même si le projet est prioritaire, il peut s’avérer que la banque n’aie pas les compétences et que d’autres bailleurs peuvent faire mieux.

Nous nous sommes tablés sur deux ou trois grandes priorités, à savoir l’énergie, le développement du capital humain. Il s’agit de doubler l’accès à l’électricité d’ici 2020. L’approche, c’est d’abord d’améliorer l’interconnexion avec les voisins, et investir davantage dans l’énergie renouvelable, le solaire. L’avantage sera de réduire le coût de l’électricité.

Au niveau de l’éducation et la santé, j’ai signé deux nouveaux projets avec le gouvernement. La santé maternelle, la bonne éducation des enfants. Dans l’éducation, il y a le problème d’accès à l’éducation et un problème de qualité. Nous avons besoin de renforcer notre qualité de l’éducation dans le domaine de mathématiques et des sciences.  Voilà un peu ce nous voyons pour le futur du Burkina Faso».

 

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Numéro d'édition: 263