La conférence internationale sur le sida s’est tenue la première fois en 1985 lors du pic de l’épidémie du VIH et continue aujourd’hui d’offrir un espace unique d’échanges où se rencontrent la science, le plaidoyer, les opportunités de renforcer les politiques et les programmes. La prochaine édition de cette conférence internationale sur le sida se tiendra du 23 au 27 juillet 2018 à Amsterdam (Pays-Bas). (DR)

Sida: La prévention en crise

• Baisse du nombre de morts liés au sida

• Près de 5.000 cas de séropositivité par jour

• ¼ des infections au VIH en 2017 chez les ados d’Afrique subsaharienne

Du 23 au 27 juillet, se tient à Amsterdam la 22e conférence internationale sur le sida. Coïncidence ou pas, à une semaine de la tenue de cette rencontre, l’Onusida a dans un rapport publié le 18 juillet dernier estimé que la prévention de la maladie est en crise. Une crise qui, à en croire le rapport, est accentuée par le manque de financement et le ralentissement des progrès. Pourtant, paradoxalement, l’Onusida informe que, pour la première fois, le nombre de personnes mortes de maladies liées au sida est passé sous la barre symbolique du million. Autre paradoxe, le chiffre des nouvelles infections identifiées en 2017 reste «désespérément élevé». Et le rapport d’ajouter à ce propos que «1,8 million de personnes ont découvert leur séropositivité, soit près de 5.000 cas par jour».
Pour le directeur exécutif de l’Onusida, Michel Sidibé, c’est une situation de crise. «La riposte mondiale au sida se trouve dans une situation particulièrement préoccupante: les succès, certes remarquables – mais encore limités – que nous avons connus en termes de vies sauvées et d’arrêt de nouvelles infections par le VIH sont en train d’ouvrir dangereusement la voie à une certaine forme de complaisance. A mi-chemin des objectifs à atteindre d’ici 2020, le rythme des progrès est encore loin d’être à la mesure de l’ambition affichée», a-t—il déclaré dans le rapport.

Les objectifs à atteindre d’ici à 2020
Dans sa lutte contre le sida, l’Onusida s’est fixé des objectifs d’ici à 2020, parmi lesquelles l’ambition de parvenir à moins de 500.000 morts liés au sida par an, de faire en sorte que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, que 90 % de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral et 90 % des personnes traitées aient une charge virale durablement supprimée. Ce qui signifie une infection sous contrôle et un risque minime de transmission du virus. Dans son rapport intitulé «Un long chemin reste à parcourir», l’Onusida a fait le point de ces objectifs. Il ressort qu’en 2017 36,9 millions de personnes vivaient avec le VIH dans le monde ; un nombre qui croît mécaniquement du fait du déploiement des traitements antirétroviraux qui permet aux malades de vivre avec le virus. 59 % des personnes séropositives ont ainsi eu accès à ces médicaments – contre 53 % en 2016.
Des chiffres en deçà des prévisions. «Pour atteindre en 2020 les 30 millions de personnes sous traitement – contre 21,7 millions en 2017 –, il faudrait accroître leur nombre chaque année de près de 2,8 millions. Or, l’augmentation en 2017 n’a été que de 150.000 personnes par rapport à 2016», souligne le document.

Qu’en est-il de la prévention ?
Absence de vaccin pour réduire le sida et stagnation du nombre des nouvelles infections risquent de compromettre les progrès engrangés au niveau de la prévention. Selon la synthèse du rapport sur la pandémie, en se référant au pic atteint en 1996 (3,4 millions de nouvelles infections par le VIH), le nombre observé en 2017 (1,8 million) représente une baisse de 47 %. Mais, comparé à 2010, les nouvelles infections n’ont diminué que de 16 %, alors qu’atteindre les objectifs pour 2020 impliquerait une réduction de 75 %. Une «crise de la prévention» qui résulte des lacunes des programmes visant à empêcher les nouvelles contaminations, en particulier, d’une part, en Europe de l’Est et Asie centrale et, d’autre part, en Afrique de l’Ouest et centrale. Dans ces régions et au Moyen-Orient, le nombre des nouvelles infections a presque doublé depuis 2000.

Le financement stagne
Pendant que le nombre de personnes ayant besoin de traitement continue d’augmenter, le financement de la riposte au sida, quant à lui, stagne toujours ; entrainant un ralentissement du rythme d’extension de la couverture du traitement. «Des financements supplémentaires seront nécessaires pour accélérer le rythme, et une forte augmentation des investissements dans des interventions efficaces de prévention du VIH est nécessaire pour maîtriser le taux de nouvelles infections», affirme le rapport. Les financements de la riposte au VIH/sida dans les pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires ont augmenté de 8% entre 2016 et 2017, sous l’effet de la croissance des dépenses des donateurs et de l’augmentation continue des investissements nationaux (graphique 1.1). On estime que 20,6 milliards de Dollars (en Dollars constants de 2016) étaient disponibles en 2017, soit environ 80% de l’objectif de 2020 fixé par l’Assemblée générale des Nations-Unies. Cette bonne nouvelle doit cependant être nuancée par un avertissement : il n’y a pas eu de nouveaux engagements significatifs de la part des bailleurs de fonds en 2017.


Afrique subsaharienne: les adolescentes les plus touchées

Dans son rapport 2018 sur la situation du sida dans le monde, Onusida estime que les nouvelles contaminations ont doublé dans des régions comme l’Afrique de l’Ouest.
Plusieurs situations expliquent cet état de fait. D’une part l’institution estime que les services et interventions de prévention, à savoir la circoncision et le préservatif, ne sont pas fournis à une échelle adéquate, ni avec une intensité suffisante. L’Onusida évoque aussi le fait que ces services n’atteignent pas leurs cibles, du fait des politiques répressives et discriminatoires. Ainsi, les adolescentes et les jeunes femmes, les enfants, les hommes ayant des rapports homosexuels, les consommateurs de drogues injectables, les travailleuses du sexe, les femmes transgenres, tous ceux désignés sous le terme «populations-clés» sont ainsi les laissés-pour-compte dans la prévention. Les adolescentes et les jeunes femmes d’Afrique subsaharienne (15-24 ans) représentaient un quart des infections au VIH en 2017, alors qu’elles ne constituent que 10 % de la population. Dans cette région du monde, les femmes comptent pour 59 % des nouvelles infections chez les 15 ans et plus. Une vulnérabilité liée aux violences à leur égard qui freinent également l’accès aux services de santé maternelle et infantile et la détection précoce de l’infection chez la femme enceinte pour prévenir la transmission de l’infection à l’enfant.

NK

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Numéro d'édition: 262

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