A son retour d’Italie, la famille d’Arsène Héma n’a pas compris pourquoi il a fait ce choix, au regard des opportunités qui s’offraient à lui là-bas. (DR)

Arsène Héma, ingénieur en télécommunications : Celui qui a choisi son pays plutôt que le confort européen

• Créature de la société INVIIS

• Qui propose des services à valeur ajoutée

• En matière de télécommunications et d’informatique

 

Cette rencontre, nous ne l’oublierons pas de sitôt. Autant elle fût édifiante; autant elle nous a permis de nous baigner, deux heures durant, dans une ambiance on ne peut plus joyeuse, car Arsène Héma, l’un de nos hôtes, a un esprit vif. Une petite blague par-ci, un trait d’humour par-là; bref, amuser les autres est comme une seconde nature chez lui. Et en l’espace de quelques instants, nous avons compris qu’il est tout à fait l’opposé de son associé, Hubert N’Do.
Avec sa taille élancée et son allure sportive, il présente un visage aussi timide que rassurant. Ses cheveux rasta et son pantalon jean ne lui donnent pas l’air d’un chef d’entreprise. Pourtant, derrière cet air réservé et ses tenues sobres se cache un véritable bourreau du travail ; un visionnaire qui a de grands projets pour son pays; surtout après l’expérience qu’il a vécue en Europe.

Il a préféré mettre ses compétences au service de son pays plutôt que de rester en Italie
En effet, en 2005, le jeune homme qui tend aujourd’hui vers la quarantaine décroche une bourse italienne pour un Master en télécommunications. Ce Burkinabè naturalisé Ivoirien vivait alors en Côte d’Ivoire où ses parents s’étaient installés depuis sa tendre enfance. Ce financement couvrait ses frais d’université et de résidence.
Du coup, l’étudiant de l’époque n’a jamais eu à faire des ‘’p’tits boulots’’ pour subvenir à ses besoins. Il avait en plus eu la chance, comme il nous l’a souligné, de tomber dans un milieu bien structuré qui ne comptait que deux Africains.
Et, «je n’ai pas eu trop de mal à m’y intégrer. Ma seule difficulté était liée aux réalités universitaires très différentes de celles de l’Afrique », nous a-t-il confié, avant de préciser qu’en Europe, il y a beaucoup plus de rigueur. Ce qui demande beaucoup d’implication de la part des étudiants. La non-maîtrise de la langue n’a rien arrangé à la situation. C’est d’ailleurs cela qui a prolongé la durée de son cursus, qui était normalement de deux ans, à trois ans. Après sa soutenance, plusieurs opportunités se présentent à l’ingénieur en télécommunications qu’il était devenu. «Avec les stages que j’ai faits en son temps, j’avais la possibilité d’intégrer une bonne entreprise, d’avoir un bon salaire et de me construire une vie en Italie. Mais, j’ai préféré rentrer au Burkina, car, entre-temps, toute la famille avait quitté la Côte d’Ivoire», a annoncé notre interlocuteur qui ne tardera pas à nous expliquer les raisons d’une telle décision. Son objectif, si l’on se réfère à son témoignage, n’a jamais été d’aller vivre à l’étranger. Il était juste question d’aller acquérir des connaissances pour contribuer au développement de son continent.

«En Afrique, chacun veut être le seul riche du village»
De retour au bercail en 2010, le jeune diplômé comprend qu’il aura du mal à réaliser son projet. Il se trouve alors une place de responsable opérationnel dans une société de la place.
C’est dans les années 2012 qu’il fait la connaissance de son associé. Ils collaborent sur pas mal de petits projets jusqu’à la création, en 2015, de la société INVIIS (qui signifie infranchissable en latin vernaculaire); entreprise par laquelle ils proposent des services à valeur ajoutée en matière de télécommunications et d’informatique. Si vous préférez, «ils développent des solutions qui aident les entreprises à parfaire leurs activités et à toucher de manière plus précise leur clientèle». Pour les deux entrepreneurs, le but ultime n’est pas d’amasser des milliards, mais «d’impacter positivement leur environnement en offrant des opportunités à leurs jeunes frères». En d’autres termes, Arsène Héma; qui a parcouru la Suisse, la France et la Belgique pendant ses études au pays de la Camorra; voudrait appliquer et partager avec ses cadets les secrets à la base du développement des Etats européens. Par exemple, il estime que c’est la solidarité qui fait fonctionner l’Occident. «En Afrique, il y a une fausse solidarité», n’a-t-il pas hésité à lancer.
«En Europe, ce sont les taxes payées par les riches qui permettent de donner certains avantages à l’autre partie de la population. Aux Etats-Unis, le principe est à peu près le même. Là-bas, par exemple, ce sont les riches qui ont construit les grandes universités», a-t-il avancé comme argument ; estimant qu’en Afrique, les uns et les autres ne mettent pas en avant l’intérêt général. Et d’ajouter: si aujourd’hui les Noirs vont mourir dans la Méditerranée, ce n’est pas par pauvreté, mais surtout à cause du manque de ce type de solidarité. A son avis, la plupart des gens veulent être «les seuls riches du village».

Z.S.


«Get in the ring», la concrétisation d’un rêve

Même si leur chemin est pavé d’embûches, Arsène Héma et Hubert N’Do ne se découragent pas pour autant. Ils comptent bien arriver à leurs fins ; c’est-à-dire «mettre en place un réseau qui ouvre des portes aux sociétés burkinabè, leur permettant ainsi d’aller sur le marché international et de montrer de quoi elles sont capables». Et malgré le manque de financement ; leur difficulté principale ; les fondateurs d’INVIIS ont réussi, il n’y a pas très longtemps, à mettre en œuvre un de leurs projets. Il s’agit d’une compétition appelée «Get in the ring» qui avait permis à six candidats de défendre leurs idées respectives et dont l’objectif est de susciter l’éclosion de start-up et de permettre aux jeunes talents de vendre leur savoir-faire à l’international. Cette initiative devrait être organisée annuellement.

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Numéro d'édition: 259

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