Les conférenciers lors des concertations entre la BCEAO et l’APBEF-B. Au milieu, Charles Ki-Zerbo ; à l’extrême gauche, Martial Goeah-Akue, président de l’APBEF-B et DG d’Orabank Burkina ; à droite, Joël Touré, vice-président de l’APBEF-B et DG de l’UBA. (DR)

Concertations entre la BCEAO et l’APBEF-B: La croissance a repris

• +7% de PIB attendus en fin 2018

• Un dispositif prudentiel pour sécuriser les fonds bancaires propres

• En alerte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme

L’économie nationale burkinabè est en pleine reprise. Selon les dires du président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF-B), Martial Goeh-Akue, «si tout se passe bien, la croissance économique du pays s’établira à 7% en 2018. Et le Burkina Faso deviendrait alors le deuxième pays en matière de croissance économique dans la région ouest-africaine après la Côte d’Ivoire». Cette déclaration a été faite lors de la conférence de presse à l’issue des concertations entre la direction nationale de la BCEAO et l’APBEF-B, le 5 juillet 2018. Ce dynamisme de l’activité économique est porté en grande majorité par le secteur de l’industrie extractive. Selon les derniers chiffres de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives au Burkina (ITIE-BF), au 31 décembre 2016, le pays comptait 632 titres miniers et autorisations valides, dont 430 permis de recherches, 19 permis d’exploitation industrielle de grandes mines, 34 permis d’exploitation semi-mécanisée d’or, 84 autorisations d’exploitation artisanale et 65 autorisations d’exploitation des substances de carrières. Le dynamisme de son secteur fait du Burkina Faso le 2e pays d’Afrique le plus dynamique après la République démocratique du Congo (RDC), selon plusieurs études. En plus du secteur minier, le BTP lui aussi contribue à la progression du PIB du pays. Pour Charles Ki-Zerbo, cela est ressenti dans le pays à travers «la construction d’immeubles, de routes et d’autres infrastructures». Le directeur national de la BCEAO n’a pas non plus manqué de dresser la liste des secteurs qui freinent cette croissance. Il s’agit, selon lui, du secteur agricole -dont les prévisions n’ont pas été atteintes-, créant ainsi une situation d’insécurité alimentaire, mais aussi les grèves et autres mouvements sociaux qui ont perturbé le bon fonctionnement de l’Etat, de même que le terrorisme qui mine le secteur touristique du pays.

La mise en œuvre du dispositif prudentiel

C’est l’un des points à l’ordre du jour de la 2e rencontre trimestrielle de la BCEAO avec l’Association professionnelle des banques et établissements financiers. Depuis le 1er janvier 2018, des réformes ont été introduites au sein des banques et autres établissements financiers par la BCEAO. Ces changements font partie du dispositif prudentiel contenu dans les normes Bales II et Bales III.
Ils portent, entre autres, sur les nouvelles exigences en termes de qualité des fonds propres repartis en 3 catégories et 3 niveaux, la nécessité de procéder à une segmentation poussée de la clientèle, ainsi que le suivi des différents types de garanties, le renforcement de la gouvernance des établissements à travers la création de comités spécialisés (audit, risques, conformité, rémunération, etc.), l’obligation de disposer au sein du conseil d’administration d’au moins 1/3 d’administrateurs indépendants, ainsi que l’interdiction du cumul des fonctions de PCA et de DG. Des mesures qui ont poussé les journalistes présents à la conférence de presse à s’interroger sur la hausse du prix du crédit pour les clients. A ces questions, le Charles Ki-Zerbo rassure : «Ces réformes prudentielles visent avant tout à limiter les risques au niveau des banques. Cette disposition devrait, à priori, inciter les banques à diversifier leurs portefeuilles de crédits au profit d’un plus grand nombre de bénéficiaires, au lieu d’octroyer des crédits à 100% de leurs fonds propres à un seul client. Le but final de cette opération est que si les fonds de la banque sont solidifiés, cela évite que la banque tombe en faillite, et contribue à rassurer le client». En attendant donc l’effectivité de ces mesures, il est attendu l’application de la norme de division des risques limitant le montant des crédits pouvant être accordés par un établissement de crédit à un même agent économique. Avant le dispositif prudentiel, cette limite était de 75% au plus des fonds propres de la banque. Dans la nouvelle réforme, elle est fixée à 25% à l’horizon 2022, sur la base d’une approche dégressive. Un autre point évoqué, c’est l’activité du secteur bancaire et de la microfinance.
«Ce segment a continué à progresser en termes d’ouverture d’agences ou de guichets automatiques de banque».
Selon le dossier de presse de la BCEAO, la diversification de l’offre de services financiers s’est poursuivie.
La banque centrale note l’accent accru de la digitalisation et de la délivrance de nouveaux agréments, au nombre desquels ceux délivrés à Wendkuni Bank International (WBI) et à la Banque agricole du Faso (BADF). Au plan de la microfinance, l’on note le déploiement de la stratégie régionale d’inclusion financière attendue dans le court terme.


Du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme

Au cours de la rencontre entre la BCEAO et l’APBEF-B, il a été question de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. A ce titre, le DG national de la BCEAO a informé les médias présents que la cellule nationale de traitement de l’information financière a présenté son rapport 2017. De leur rencontre, il ressort que les banques contribuent à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. «Nous répondons aux déclarations de soupçons, chaque fois que le CENTIF nous contacte», dira le président de l’APBEF-B et DG d’Orabank, Martiel Goeh. Et son vice-président, Joël Touré, DG de l’UBA, d’ajouter «qu’il nous arrive aussi de collaborer avec les autorités pour donner des informations financières sur des suspects». Concernant ces deux préoccupations, les banques sont claires et affirment avoir mis en place un dispositif qui leur permet de lutter contre les deux fléaux. «Au Burkina Faso, le blanchiment d’argent ne passe pas forcément par les banques, et en œuvrant pour un taux de bancarisation plus élevé au sein de la population, nous pensons pouvoir lutter davantage contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme», concluent les banquiers.

NK

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Numéro d'édition: 260