Colonel-major Daouda Traoré, directeur général de la SOGEMAB. (DR)

Sogemab: «90% de nos problèmes sont dus à des engagements non tenus», DG, DaoudaTraoré

Dans notre précédente édition, nous avons abordé l’épineux dossier de la Société de gestion des équipements biomédicaux et de la maintenance (SOGEMAB) qui n’arrive pas à remplir ses fonctions. Son directeur général, le Colonel-major Daouda Traoré, revient dans cette interview sur les difficultés de la structure et confirme qu’elle est victime d’intérêts particuliers.

L’Economiste du Faso : Quelles sont les missions et attributions de la SOGEMAB ?
Colonel-major Daouda Traoré, directeur général de la SOGEMAB : Statutairement, nous sommes responsables des acquisitions, de la maintenance et de la formation pour ce qui concerne les structures de santé publique et les projets et programmes. Mais, cela n’a pas vraiment fonctionné. C’est ainsi qu’en 2015, le gouvernement a décidé de signer un contrat-plan avec la société et s’est engagé à faire respecter les attributions de la structure. En clair, on devenait incontournable et on s’assurait que les intérêts de l’Etat étaient respectés. On se rémunérait sur 5% de commissions.
Mais, depuis 2012, en dehors de l’opération PSE/EPS qui a concerné 17 structures, sur la base de l’emprunt de 25 milliards de FCFA, on n’a livré de commande à personne. Nous assurons la maintenance de ces équipements et du reste du parc. Ce qu’on a constaté, c’est que tant que les établissements avaient une enveloppe disponible chez nous dans le cadre de la répartition de l’emprunt, ils nous ont sollicités. Mais une fois l’enveloppe épuisée, ils allaient voir ailleurs sur d’autres ressources.
Le parc n’est donc pas bien suivi, et nous sommes interpellés chaque fois qu’il y a des urgences, par le biais du ministère, pour préfinancer des achats, faire des interventions sur le montant de l’emprunt. On attend d’être renfloués au moins, en respectant les engagements du contrat-plan. Cependant, nous avons une certaine pudeur en demandant ces fonds. La situation du pays est difficile ; mais nous demandons juste un minimum pour stabiliser la situation. Si la centralisation dérange vraiment, on pourrait au moins solliciter notre expertise pour l’examen des dossiers, le contrôle de la conformité, et on nous rémunère pour ensuite donner le marché à celui qu’ils estiment conforme.

Est-ce qu’on n’est pas en train de vous reléguer à la maintenance; puisqu’on vous coupe des marchés ?
Peut-être, mais ne dit-on pas que la maintenance commence à l’achat ? Si on ne sait même pas sur quoi on va intervenir, comment peut-on faire la maintenance préventive en prédisposant les pièces par exemple.
Quand on achète une voiture, on regarde d’abord sur la place si on a des mécaniciens qui peuvent intervenir sans problème sur le véhicule en cas de besoin. La structure qui achète doit donner les garanties que l’appareil est maintenable et les pièces sont disponibles ou pas ? En la matière, c’est la SogemaB qui est compétente. Mais, quand c’est la DAF du ministère qui achète, y a problème.

Mais pourquoi c’est la DAF du ministère qui endosse la fonction d’achat à votre place ? Cela ne fait-il pas doublon ?
Ce n’est pas que doublon; cela fait en plus de la contreperformance, car ils ne font pas la veille technologique; ils ne savent pas si le fournisseur va disparaitre du marché ou être racheter par un autre; ils ne savent pas quelle pièce n’est plus produite, etc. A l’arrivée, ce sont les problèmes révélés en partie par l’enquête, et dont on a tenté insidieusement de nous faire porter la responsabilité. Je ne dis pas que Sogemab n’a pas d’insuffisance. Mais, je dis que si tout le monde joue franc jeu, c’est tout le système sanitaire qui en profite.
A la mise en place de la société, nous avons fait l’inventaire de tout le parc d’équipements de notre système. Cet inventaire permettait de dire que dans deux, trois ou quatre ans, il fallait changer tel ou tel équipement ; changer telle pièce, etc. C’est un outil qui permettait une planification pluriannuelle. Ce travail ne se fait plus. On attend qu’un appareil tombe en panne pour nous solliciter.
Avec la planification, on réduit les urgences de dernières minutes et on n’est pas sous le diktat du vendeur, puisqu’on a le temps de discuter. Tout cela manque d’anticipation. Prenons le cas de l’oxygène : si vendredi soir vous vous rendez compte que vous n’en avez plus pour le week-end et la semaine qui suit, vous risquez de vous approvisionner au prix fort à cause, justement, du manque d’anticipation. Autre problème, c’est que notre parc n’est pas homogène.
L’inventaire de 2013 a montré que dans les 17 structures que nous devrions suivre, il y avait plus de 10.000 équipements différents qui se répartissaient en 1.200 marques. Si les achats sont centralisés comme l’avait recommandé l’AG des sociétés d’Etat, on aurait résolu progressivement cette question d’hétérogénéité ; ce qui, du coup, aurait facilité la maintenance ; puisqu’on savait sur quels équipements et sur quelles marques on intervenait ; et on n’aurait pas eu autant de marques. Aussi, le groupage des achats des pièces de rechange aurait permis des économies d’échelle.

Mais, il semble que l’Etat avait autorisé un emprunt de 25 milliards de FCFA pour faciliter vos activités. Qu’en est-il de ce financement ?
L’Etat a garanti cet emprunt pour la Sogemab. La Sogemab équipait les hôpitaux, et chaque année, l’Etat nous remettait le budget consacré à l’équipement des hôpitaux pour rembourser cet emprunt. Malheureusement, cela n’a fonctionné que sur deux ans. Après, on n’a rien reçu de ce qui était prévu (environ 4 milliards de FCFA/an). En plus, on a rencontré une forte adversité des responsables des hôpitaux qui entendaient que le budget prévu pour eux leur soit directement versé et géré par eux.
Dès lors, nous avons compris tout le travail souterrain pour discréditer notre structure afin de garder le monopole de l’achat. Mais, quand il y a un problème avec un équipement, c’est notre structure qui est indexée et souvent à tort, parce que beaucoup ne savent pas que nous livrons finalement très peu d’équipements aux structures publiques.
Le drame dans tout cela, c’est que des gens ont été payés pour livrer, et après ont disparu de la circulation. C’est encore nous qui allons installer et former les utilisateurs des équipements achetés. On joue en fait aux sapeurs-pompiers.

Malgré tout, après l’enquête parlementaire, des voix ont demandé la suppression de la Sogemab.
Oui, et cela est regrettable. On a été reçu avant. Ils ont fait le terrain, mais ne sont pas revenus chercher les réponses aux questions sur le terrain. Ils n’ont pas fait de restitution.
On parle d’équipements défectueux dans les CMA. Si ce n’est pas nous, c’est qui alors ? On les a mis au défi de prouver ce qu’ils ont avancé. Ils n’ont pas voulu cette réponse.
Le gouvernement nous a entendus, ainsi que le ministère. On a fourni les informations. L’impression que nous avons, c’est qu’on voulait profiter de cette occasion pour nous liquider. Heureusement, l’Etat ne les a pas suivis.
L’Etat est constant dans son accompagnement à la société, mais ce sont des individus qui sont les entraves. Le MINEFID nous a donné 400 millions de FCFA pour les travaux de notre centre, en justifiant les difficultés du moment. Le pays dispose-là d’un instrument formidable qui représente une expertise en matière d’achats et de maintenances. Et, on est meurtri de voir toutes les manœuvres contre la structure; parce qu’avec le statut de société d’Etat, si nos missions étaient respectées ou si on nous permettait de le faire, cela ne coûterait pas de l’argent à l’Etat. Du temps où la structure était une agence, l’Etat versait 1,2 milliard de FCFA par an pour son fonctionnement. En tant que société d’Etat, cette subvention devait disparaitre, puisque les études de faisabilité ont démontré que si nous tenions nos missions, la société serait rentable à travers la centralisation des achats, la maintenance et la formation. Et la centralisation devait permettre une économique de l’ordre de 15 à 25 %. La société, pour fonctionner, se finance avec 5% des frais.
On évite ainsi une saignée à l’Etat; mieux, on économise, puisque la société s’autofinance.

FW et NK


Sogemab

La Société de gestion de l’équipement et de la maintenance biomédicale (Sogemab) a pour objet directement ou indirectement, pour son compte ou pour le compte et au nom de l’Etat, de ses démembrements, des associations et de tout organisme de droit public ou privé, des projets et programmes, d’assurer l’acquisition et la maintenance des équipements et matériels médico-techniques, à titre de maîtrise d’ouvrage déléguée ou non, pour soutenir les prestations de soins de santé de qualité conformément à la science médicale et aux exigences de service public.
A ce titre, elle a pour missions essentielles :
D’acquérir les équipements et matériels médico-techniques
D’assurer la maintenance des équipements et matériels médico-techniques
De contribuer à la gestion et à l’homogénéisation du parc des équipements et matériels médico-techniques
De contribuer au développement, à la modernisation et à la pérennisation des plateaux techniques.

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Numéro d'édition: 259

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