Dédougou : Carrefour ouest-africain du masque

Qu’il soit agraire, communautaire, social ou sacré, le masque est un objet de culte. De par son côté sacré, et secret, le masque attire et suscite curiosité. Un point sur lequel a misé l’Association pour la sauvegarde du masque (ASAMA), organisatrice du Festival international des arts et des masques de Dédougou (FESTIMA). Festival biennal (les années paires), le FESTIMA est une manifestation culturelle reconnue dans la valorisation de la tradition du masque.
Créé depuis plus de 20 ans, le FESTIMA s’est positionné comme le principal cadre d’expression des communautés détentrices de masques. La 14e édition du Festival a été lancée le 24 février 2018 autour du thème «Valeur ajoutée des festivals aux industries: cas du FESTIMA». Pendant une semaine, des masques de diverses régions du Burkina ; en feuilles, en paille, en écorces ou en fibres ; ont presté nuit et jour.
Depuis 1996, l’ASAMA a fait du FESTIMA un cadre d’expression du masque. Ce qui a valu son accréditation depuis 2012 par l’UNESCO à des fonctions consultatives auprès du comité de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

NK


 


Le masque représente un système de relations entre les hommes et Dieu: il rythme les différentes étapes de la vie et les traditions saisonnières. Chaque ethnie a ses rites propres. Les masques sont gérés par une société de masques -sorte de confrérie- qui a ses règles et ses appellations propres: Suku chez les Mosse, Do chez les Bwaba et les Bobos, Awa chez les Dogon, Su chez les Nuna et les San,…
Le masque est un objet de culte, et donc sacré : le porteur du masque cesse d’être lui-même pour incarner l’ancêtre tutélaire et le génie reconnu par l’ethnie. Il est toujours accompagné de danses et de chants sur fond musical (en général avec un ou plusieurs balafons et d’autres instruments, suivant les ethnies).

 

Pour André Malraux, «le masque africain n’est pas la fixation d’une expression humaine ; c’est une apparition. Le sculpteur n’y géométrise pas un fantôme qu’il ignore ; il suscite celui-ci par sa géométrie ; son masque agit moins dans la mesure où il ressemble à l’homme que dans celle où il ne lui ressemble pas: les masques animaux ne sont pas des animaux; le masque antilope n’est pas une antilope, mais l’esprit-antilope; et c’est son style qui le fait esprit».

 

 

 

 

La tête du masque est en bois sculpté -souvent d’une seule pièce- avec trois couleurs de base: le rouge, le noir et le blanc ; c’est le masque de tête. Il s’accompagne la plupart du temps de tout un costume fait de fibres végétales colorées. L’ensemble peut peser jusqu’à 50 kg ; c’est le masque de corps. La plupart des masques allient un ou plusieurs animaux reconnus par l’ethnie pour ses valeurs (courage, prudence, ruse,…) ; ces masques vont agir comme médiateurs entre l’homme et les esprits.


D’après les traditions, les principaux masques proviennent de voies divines. Les sociétés qui emploient les masques transmettent leur savoir par l’initiation. Dans les écoles des masques, l’initiation repose sur une ou plusieurs étapes. On y dispense les connaissances relatives à l’origine des masques, les interdits, les cycles de fêtes, les recettes pour fabriquer un masque (préparation des couleurs, choix des fibres…), la manière de les porter et les danses qui les accompagnent.

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Numéro d'édition: 258