«Nous sommes actuellement à 64% d’accès à l’eau potable ; un taux raisonnable en milieu rural et conforme aux normes. Nous capitalisons une réalisation de 3.978 forages équipés de pompes à motricité humaine, 1.652 puits modernes dont 47 équipés de pompes ; le reste étant busé et aménagé. En termes d’adductions simplifiées d’eau potable, nous avons 135 châteaux d’eau avec des ramifications et des conduits».

Boucle du Mouhoun: l’autre bataille de l’eau

Tinga Arnauld Romuald Sompougoudou est directeur régional de l’Eau et de l’Assainissement de la Boucle du Mouhoun depuis 2016. Mais il connait déjà bien la région, puisqu’il y exerce depuis 2009, avant la création du ministère de l’Eau et de l’Assainissement.
C’est dire que l’homme connait bien la région, ses atouts, ainsi que ses défis à relever en matière d’eau et d’assainissement. Avec nos reporters, il a égréné les actions du ministère dans cette région où chacune des 6 provinces qui la compose a sa réalité propre.

L’Economiste du Faso: Dans une région aussi vaste, mais bien arrosée par les fleuves les plus importants du pays, comment se pose la question de l’eau?
Tinga Arnauld Romuald Sompougoudou, directeur régional de l’Eau et de l’Assainissement de la Boucle du Mouhoun: La question est importante. En matière d’eau, il faut faire la distinction entre l’eau brute qui est non traitée; qui provient de la pluie, contenue dans les barrages et autres fleuves et qui, pour être consommable, a besoin d’être coûteusement traitée; et l’eau

Tinga Arnauld Romuald Sompougoudou est directeur régional de l’Eau et de l’Assainissement de la Boucle du Mouhoun depuis 2016. Mais il connait déjà bien la région puisqu’il y exerce depuis 2009, avant la création du ministère de l’Eau et de l’Assainissement.

potable, qui est une eau conforme aux normes de l’OMS; c’est-à-dire une eau qui n’est pas susceptible de transmettre des maladies, de créer de dommages à l’être humain.
Nous qualifions l’eau de potable donc à partir de paramètres que nous mesurons. Dans la Boucle du Mouhoun, nous avons affaire à 6 provinces et 47 communes que nous travaillons à couvrir en satisfaisant leurs besoins. Pour ce qui est de la Boucle du Mouhoun, la stratégie d’approvisionnement en eau est basée sur les eaux souterraines. C’est généralement une eau saine.
Il s’agit des eaux de forages que nous privilégions à l’eau brute dont le traitement revient plus cher à l’Etat. Il faut tout de même admettre que pour certaines adductions d’eau potable, nous sommes obligés d’utiliser du chlore à un certain moment. En dehors des villes de Boromo et de Poura qui utilisent l’eau de surface, les autres villes sont alimentées par les eaux souterraines.
C’est un avantage en milieu rural, parce que si on devait utiliser les eaux de surface, il faudrait de nombreuses canalisations. Notre programme national d’approvisionnement en eau à l’horizon 2030 a pour vision de tendre vers des centres de production. C’est-à-dire de trouver des forages de gros débits, de stocker l’eau et de la canaliser vers les usagers.

Si on comprend bien, la vile de Dédougou est desservie par des forages ?
Oui! Tout à fait. C’est géré par l’ONEA. Ce sont des eaux de forages qui alimentent le château de la ville. Les réseaux de Dédougou et de Nouna vont être renforcés par un forage à haut débit sis à Kori, grâce la Coopération danoise. Comme vous le savez, la ville de Dédougou a eu des problèmes d’alimentation en eau dans ses quartiers périphériques cette année, et le ministère a dû diligenter pour traiter la pénurie en attendant cette perspective. C’est ainsi que deux forages ont été réalisés. Ils sont actuellement en service au secteur 3 et au secteur 6. Ces zones disposaient déjà de bornes-fontaines au nombre de 18, avec près de 250 branchements privés.

En fait, suffit-il juste de multiplier les forages pour que Dédougou n’ait plus soif, puisque l’eau est disponible sous terre, comme vous le dites?
On peut le dire ainsi. Mais, c’est une question de programmation aussi. Cela demande des moyens pour faire des forages à haut débit, pour stocker l’eau et la transporter jusqu’en ville. Mais, l’ONEA, qui a en charge cette question, pourrait mieux vous éclairer sur ces projets.

Votre action est centrée sur le monde rural. Où en êtes-vous avec la couverture de la région ?
Nous sommes actuellement à 64% d’accès à l’eau potable ; un taux raisonnable en milieu rural et conforme aux normes. Nous capitalisons une réalisation de 3.978 forages équipés de pompes à motricité humaine, 1.652 puits modernes dont 47 équipés de pompes ; le reste étant busé et aménagé. En termes d’adductions simplifiées d’eau potable, nous avons 135 châteaux d’eau avec des ramifications et des conduits.

Quel est le niveau d’évolution de la mise disposition des ouvrages aux populations ?
On sent une nette évolution du niveau de mise disposition des ouvrages, liée à la politique du gouvernement, ces dernières années. De 2010 à 2018, on a réalisé 1.018 forages dont 323 ces deux dernières années. En fait, la moyenne a augmenté ces deux dernières années, vu que c’est un des axes du programme présidentiel. Il faut noter que certaines réalisations sont aussi le fait de différents partenaires.
Le taux global d’accès de la région de la Boucle du Mouhoun à l’eau potable est estimé à 64%, selon l’INO 2017. Les provinces déficitaires demeurent les Banwa (47,3%) et la Kossi (61,8%). Il faut tout de même noter que le taux d’accès de la région est inférieur à celui du pays qui est de 66,2%.
Entre 2008 et 2017, le taux d’accès à l’eau potable dans la région de la Boucle du Mouhoun a connu une nette évolution. Il est passé de 50,3% (719.075 personnes desservies) en 2010 à 64% (1.046.597 personnes) en 2017; soit 327.522 personnes supplémentaires desservies. Pour ce qui concerne l’effort des deux dernières années, on note que le taux a évolué de 62,2% (978.377 personnes desservies) en 2015 à 64% (1.046.597 personnes) en fin 2017 ; soit 68.220 personnes supplémentaires desservies en 2 ans.
En 2018, de nombreuses actions sont prévues. On note la réalisation de 213 forages équipés de pompes à motricité humaine, 158 réhabilitations de forages, la réalisation de 5 AEPS, une réhabilitation et une extension d’AEPS. Actuellement, on note une évolution des travaux avec près de 167 forages positifs déjà enregistrés et 50 pompes fixées. Au niveau des réhabilitations, on note que les travaux de l’AEPS de Kiembara sont presqu’achevés, et les travaux de 55 forages sont effectués sur les 158 prévus. En matière de gestion des AEPS/PEA, 7 contrats d’affermage ont été signés pour 12 AEPS/PEA. 26 contrats pour un total de 55 AEPS sont prévus pour être signés au cours de 2018 avec 3 entreprises recrutées.

Pour un objectif de 76% d’accès à l’eau potable en 2020, pensez-vous que les perspectives sont déjà bonnes ?
Oui! Je le crois; au regard de la poursuite des réalisations de 100 forages équipés de PMH et de 5 AEPS, soutenue par l’appui budgétaire sectoriel et la finalisation des 52 forages et des 12 AEPS du PHA/BID UEMOA. Le démarrage prévu en 2018 du Programme pour les résultats (PforR) prévoyant de réaliser 400 forages équipés de PMH, 36 adductions simplifiées d’eau potable et 33 réhabilitations d’AEPS augure d’un succès des actions. Il est aussi prévu le renforcement des capacités des acteurs chargés de la gestion des AEPS/PEA.

Entretien réalisé par FW et NK


Boucle du Mouhoun: une «Nuit» consacrée à l’assainissement

n Objectif : 21% de taux d’accès en fin 2018

n Que les leaders s’engagent pour leurs communautés !

Situation précaire, comme dans tout le pays. Comme partout, c’est en 2010 que les données sur l’inventaire des ouvrages d’assainissement ont commencé à être disponibles dans la Boucles du Mouhoun. C’est en ce moment-là que l’on s’est rendu compte que, dans cette région, le taux d’accès à assainissement était de 1,1% en milieu rural et globalement de 1,2%, contre un taux national de 0,8% (milieu rural) et globalement de 3,1 %. Dès lors, une batterie d’actions a été entreprise pour rehausser ce taux et préserver la santé des populations. Aujourd’hui, ce taux a fait un bond remarquable à plus de 16%, se réjouit le directeur régional de l’Eau et de l’Assainissement. Ainsi, selon lui, «ce taux est de nos jours de 16,4% en milieu rural, contre 15,1% au plan national. Nous notons donc que, en 2017, 259.650 personnes dans la région ont accès aux ouvrages d’assainissement en milieu rural».

Déjà, 870 latrines construites
«L’accès à l’assainissement constitue l’une des priorités de notre département. De ce fait, d’énormes efforts ont été effectués ces dernières années. Le taux d’accès, en 2010, était de 1,1% (milieu rural) et 1,2% (milieu rural et milieu urbain confondu). Mais la bataille n’est pas encore gagnée. Pour 2018, dans le cadre PN-AEUE dont l’un des objectifs est la réduction de la défécation à plein air, la construction 3.023 latrines familiales a été programmée dans la région de la Boucle du Mouhoun», informent les premiers responsables de l’assainissement de la région. Actuellement, la réalisation de 870 latrines familiales est achevée.
Sont également programmés dans la région, 18 blocs de latrines dans les écoles, 5 blocs dans les CSPS et 4 blocs dans les lieux publics dont 2 réceptionnés. Ces réalisations sont accompagnées au préalable d’un gros travail de sensibilisation à l’hygiène et à l’assainissement afin de promouvoir effectivement l’utilisation des ouvrages par les populations. A cet effet, un grand événement est en préparation : il s’agit de la «Nuit de l’assainissement». C’est une initiative basée sur l’approche Assainissement totale portée par les leaders (ATPL).
Les termes de références de ce grand événement social ont été conçus grâce à l’appui de l’ONG WaterAid et d’autres partenaires. Il s’agissait au départ de profiter du festival des masques, célébré dans la région au mois de mars et qui draine du monde, pour sensibiliser les leaders. Notre objectif est d’avoir un levier pour mobiliser des fonds et des leaders pour aider leurs communautés à disposer de latrines. La «Nuit de l’assainissement», c’est un engagement de chaque leader à construire des latrines dans sa communauté, à raison de 75.000 F CFA par latrine.
L’opération devait avoir lieu au mois de mars, n’eût été la double attaque terroriste du 2 mars dernier. Plus de mille huit cents (1.800) intentions de réalisation de latrines avaient déjà été enregistrées. Pour la cérémonie de gala, l’organisation avait prévu 60 tables de 10 personnes, et elle avait déjà enregistré 65 tables réservées. Notons qu’une partie des ressources du gala contribuera à réaliser aussi des latrines. Des personnes ressources s’étaient engagées, avec un record d’annonce de construction 300 latrines par un seul leader à hauteur de 22 millions de FCFA.
Autre exemple, «un directeur d’un bureau d’études nous a également contactés pour offrir 100 latrines; soit 50 latrines dans sa commune d’origine paternelle et 50 autres dans sa commune d’origine maternelle. On a donc constaté qu’il y a de l’intérêt pour cette lutte contre la défécation à l’aire libre», disent les responsables.
Pour le directeur régional, au-delà des questions d’hygiène et de santé, il y a une question de dignité. Pour donner une garantie aux donateurs de la «Nuit de l’assainissement», la direction régionale a formé des maçons et pris des dispositions pour que les réalisations se fassent dans les règles de l’art et de façon transparente. Rendez-vous est donc pris pour probablement le mois de juillet pour cette «Nuit de l’assainissement» dans la Boucle du Mouhoun, avec une forte implication des autorités régionales, des services techniques, et l’appui du gouvernement.
FW

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Numéro d'édition: 258

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