Mise à plat des salaires : Pour des solutions durables de sortie de crise

• Sit-in et grèves paralysent le pays depuis 2016

• Le président du Faso annonce la fin du cas par cas

• Les propositions des forces vives très attendues

Annoncée depuis fin décembre 2017, la conférence sur le système de rémunérations des agents publics se tient du 12 au 14 juin 2018.
Cette conférence a été organisée suite à la série de mouvements sociaux que le Burkina Faso a connue. Tour à tour, les magistrats, les greffiers, les administrateurs civils, les inspecteurs du travail, les gestionnaires de ressources humaines, les gardes de sécurité pénitentiaire, les agents de l’action sociale, de la culture, des impôts, du trésor, des finances, de la santé humaine et animale, de l’éducation nationale, de l’agriculture, des affaires étrangères, etc., ont organisé des sit-in et des grèves pour revendiquer des revalorisations salariales et indemnitaires et des meilleures conditions de travail entre 2016 et 2017. Certains ont même exigé, en vain, la démission de leurs ministres respectifs. Ces mouvements sociaux ont impacté le fonctionnement des administrations publiques.
Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, n’a pas manqué de relever dans son discours de présentation de vœux aux corps constitués de l’Etat, le 29 décembre 2017, que: «Ces derniers jours, des élèves et des jeunes, sous prétexte de soutenir les mouvements de grève des enseignants, barrent les routes et bloquent le trafic national et international avec tous les désagréments et les conséquences fâcheuses qui en découlent, notamment aux plans économique, sécuritaire et de la mobilité».
Au niveau du ministère en charge des Finances, les objectifs de recouvrement au premier semestre de l’année 2017 n’ont pas été atteints suite à ces grèves, obligeant les premiers responsables à revoir les stratégies de mobilisation en fin d’année. Au plan des recettes totales, 1.583,6 milliards de FCFA ont été mobilisés en fin 2017 sur une prévision revue de 1.799,127 milliards de FCFA. Cette révision est intervenue le 23 novembre 2017 suite à l’adoption par l’Assemblée nationale de la deuxième loi de finances rectificative de la loi de finances pour l’exécution du budget de l’Etat/Exercice 2017.
Le Burkina Faso vivait dans contexte également marqué par la menace terroriste et le spectre de l’insécurité alimentaire en fin 2017. Le président du Faso va donc prendre les devants afin de mettre fin à ces revendications sectorielles: «Il est évident, aujourd’hui, qu’en matière de satisfaction des revendications salariales, il n’est plus possible de continuer à imaginer des solutions au cas par cas, en dehors d’une approche d’ensemble; à l’échelle de la Fonction publique».
Roch Marc Christian Kaboré a, alors, invité les syndicats à la modération et à observer la plus grande retenue. Mais, que cache le refus de «solutions au cas par cas» dont parle le président ? Les Burkinabè n’auront pas le temps de spéculer que Roch Marc Christian Kaboré éclairera leur lanterne dans son discours de vœux de nouvel an prononcé le 31 décembre 2017: «J’annonce que, dès le mois de février, le gouvernement engagera cette réforme du système des rémunérations, en concertation avec les partenaires sociaux et les autres composantes de la Nation, pour donner naissance à une Fonction publique moderne, dynamique, tournée vers le développement et au service exclusif des usagers».
En vue de la convocation à cette concertation, le gouvernement a produit un document de diagnostic du système de rémunérations des agents publics de l’Etat. Le 28 février 2018, le Premier ministre a remis ce document aux représentants des forces vives de la nation. On comprend par forces vives de la nation: les organisations syndicales, les organisations de la société civile, les autorités coutumières et religieuses, le patronat, les parties politiques, les autorités politiques, administratives, militaires et locales.
Lors de la remise du document, les forces vives disposaient de 3 semaines pour apporter leurs contributions au diagnostic et faire des propositions de solutions aux différents maux relevés par le rapport sur 3 volets, à savoir la rationalisation du système de rémunérations, la rationalisation des dépenses publiques et l’accroissement des ressources internes.
A la fin des 3 semaines, une partie des forces vives a demandé au gouvernement, qui a accepté, un délai supplémentaire afin de bien enrichir le diagnostic et de formuler leurs propositions.
Dans un souci de transparence du processus, un secrétariat technique bipartite, regroupant d’une part l’administration publique et d’autre part les syndicats, a été mis en place pour dépouiller le contenu des propositions faites par les forces vives. Ce dépouillement a donné lieu à un rapport organisé autour de 3 axes, à savoir les éléments complémentaires du diagnostic de base, les propositions de solutions et les recommandations d’ordre général. Les discussions à la conférence sur le système de rémunérations des agents publics qui s’ouvre ce jour 12 juin 2018 porteront sur ce dernier document.

Elie KABORE


Des centrales syndicales y participent

Le Burkina Faso compte 6 centrales syndicales et plusieurs syndicats autonomes. A part la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B), les 5 autres centrales syndicales participent au processus. Il s’agit de la Confédération nationale des travailleurs du Burkina (CNTB), de la Confédération syndicale burkinabè (CSB), de la Force ouvrière/Union nationale de syndicats (FO/UNS), de l’Organisation nationale des syndicats libres (ONSL) et de l’Union syndicale des travailleurs du Burkina (USTB). Le Syndicat national des gestionnaires des ressources humaines de l’administration publique (SYNAGRH) a également apporté sa contribution à l’enrichissement du document.

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Numéro d'édition: 256