Pour Dr Bruno Korgo, Directeur général des Energies renouvelables (DGER), 385 centres de santé et écoles ont été éclairés grâce au solaire en 2016. (DR)

Mixte énergétique : Une solution à la carence électrique

n Une politique jadis fondée sur le thermique

n Désormais, une option pour les énergies renouvelables

n Et des résultats déjà palpables sur le terrain

 

Le programme présidentiel prévoit «une transition énergétique vers les énergies vertes et renouvelables, avec un accent mis sur l’énergie solaire». La mise en œuvre de cet engagement a été ainsi confiée au ministère de l’Energie, à travers la Direction générale des Energies renouvelables (DGER) créée en mars 2016. Dans cette interview, Dr Bruno Korgo, directeur général des Energies renouvelables, explique comment le Burkina compte assurer cette transition énergétique.

L’Economiste du Faso : Qu’entend-on par énergies renouvelables ?
Dr Bruno Korgo, directeur général des Energies renouvelables: Classiquement, une énergie renouvelable peut se définir comme une énergie dont la source connait un cycle de renouvellement suffisamment rapide pour qu’elle puisse être considérée, à l’échelle d’une vie humaine, comme inépuisable. Cette définition peut être bien étayée par des exemples concrets. C’est le cas de l’énergie solaire ; la plus connue au Burkina Faso. Sa source ; le soleil ; est renouvelée chaque 24 heures. L’exploitation que nous faisons de son rayonnement ne peut pas l’épuiser, à l’échelle d’une vie humaine. C’est en cela que réside son caractère inépuisable. Elle est différente d’un puits de pétrole dont la réserve est connue. Dès que le puits tarit, c’est la fin de l’exploitation. On ne peut pas s’attendre à y retrouver du pétrole le lendemain. Sa formation prend plusieurs milliers d’années.

Quelles sont les autres sources d’énergies renouvelables que le Burkina Faso peut exploiter ?
Le mot «renouvelable» renvoie généralement au solaire au Burkina Faso, parce que la situation géographique du Burkina Faso le gratifie d’un important gisement solaire. Mais, il faut reconnaitre que le pays a d’autres formes d’énergies qualifiées de renouvelables. Il en est ainsi de l’hydroélectricité qui est la production d’électricité à partir de la ressource hydraulique. Elle consiste à utiliser la force de l’eau pour faire tourner des turbines couplées à un alternateur, pour produire de l’électricité. A côté de ces 2 sources, il y a la biomasse, issue du bois, des résidus agricoles, des déchets des animaux, etc. Pour le cas spécifique du bois, il ne peut être renouvelable que si son exploitation tient compte du cycle de renouvellement des espèces. Les résidus agricoles ne sont renouvelables que chaque fois qu’on aura une saison pluvieuse. Les ressources renouvelables ont l’avantage de ne pas être payantes. En plus, elles ne polluent pas. Voilà pourquoi on associe souvent le qualificatif «propre» aux énergies renouvelables.

Comment le Burkina compte-t-il assurer cette transition énergétique ?
Il faut actionner plusieurs manettes de notre système énergétique pour déployer la ressource renouvelable dans le pays. Pour cela, nous avons pris la résolution de développer premièrement la ressource solaire que nous avons plus abondamment, et de la déployer en tant que solution à tous les niveaux du système d’approvisionnement énergétique. Le premier niveau de son déploiement est l’approvisionnement national à grande échelle, à l’image de la centrale solaire de Zagtouli qui fait aujourd’hui notre fierté, et dont la production est injectée dans le réseau national. Le deuxième niveau est à échelle moyenne, avec des centrales plus réduites destinées à alimenter des mini-réseaux en zones rurales ou des services publics, pour une autonomisation partielle de leur consommation énergétique. Le troisième niveau regroupe des systèmes de taille plus petite.
Je pense à ce sujet aux installations des ménages, des infrastructures sociocommunautaires comme les écoles, les centres de santé et de promotion sociale.
La mise en œuvre de tout ce système nécessite toute une batterie de réformes institutionnelles et réglementaires et, bien sûr, exige des dispositions à prendre. C’est le deuxième gros défi que nous avons à relever. Et c’est ce qui a justifié l’adoption, le 20 avril 2017, de la loi qui régule le secteur de l’électricité, pour prendre en compte la question du «renouvelable» et pour tirer profit de l’investissement privé. Depuis l’adoption de la loi, nous sentons un engouement des investisseurs pour le Burkina Faso en la matière. Depuis 2 ans, on assiste aussi à une prolifération d’entreprises burkinabè se spécialisant dans le solaire.

Quelle est la place du «renouvelable» dans le mixte énergétique actuel ?
L’ambition du gouvernement pour réalisation du mixte énergétique par lequel le pays atteindra 30% de part en énergies renouvelables en 2020 est certaine. Et cette dynamique doit se poursuivre pour atteindre l’objectif de 50% en 2025. Tout cela se traduit par des actions entreprises à toutes les échelles d’approvisionnement, à savoir les grandes centrales solaires réalisées par les investissements publics ou en mode partenariat public-privé, l’électrification rurale, les services publics et les ménages. La réalisation synergétique de ces 3 actions peut permettre l’atteindre ces objectifs. Ce sont des systèmes qui se conçoivent et s’exécutent rapidement. La centrale de Zagtouli a été construite en moins de 2 ans, malgré sa taille. Ce sont des systèmes qui peuvent partir de contrées les plus reculées du pays pour atteindre des zones qui n’espéraient pas avoir de l’électricité par la voie classique du raccordement au réseau.
Pour donner quelques exemples de projets initiés en 2016, il y a l’éclairage solaire de 385 centres de santé et écoles. En 2017, ce sont des places publiques, des écoles et des CSPS de 175 villages qui ont été dotés de lampadaires et de systèmes solaires. Tout cela, dans le souci d’apporter des solutions à la carence énergétique du pays. Nous avons commencé à réaliser des investissements qui sécurisent la consommation de certains services publics vitaux. Actuellement, 14 centres médicaux sont en train d’être dotés de systèmes solaires équipés d’un dispositif de stockage de surplus électrique. 26 villages, aujourd’hui, ont reçu des mini-réseaux alimentés par des centrales solaires avec des dispositifs de stockage. Ils ne sont pas reliés au réseau SONABEL et ne connaitront ainsi pas de coupure électrique, à moins que ne surviennent des pannes. En 2018, un volume important, dans chacun de ces volets, sera réalisé. Combiné aux centrales solaires qui seront réalisées, l’objectif de 30% peut être dépassé en 2020.

Interview réalisée par Elie KABORE


Justificatif du retard dans la réalisation du mixte énergétique

Pendant longtemps, l’électricité a été produite par la source thermique, qui a ses exigences. Ce sont de grosses machines qui consomment beaucoup de fuel. N’étant pas un pays producteur de pétrole, le Burkina s’approvisionne dans les pays voisins. En plus du transport, cela génère des coûts assez élevés que la SONABEL, qui vent l’électricité à des tarifs inférieurs au tarif de production, n’arrive pas à supporter. La SONABEL, de ce fait, était toujours en déficit, parce que l’Etat ne comblait pas le déficit par des subventions d’équilibre. Conséquences : pendant plusieurs années, la SONABEL n’a pas pu entretenir ses infrastructures et initier de nouveaux projets. Ce qui justifie la stagnation de sa production, la dégradation de ses lignes de transport et de distribution et le déficit pérenne. En plus du déficit, la SONABEL n’arrive pas à couvrir tout le territoire. C’est pourquoi le gouvernement actuel a décidé de recourir à d’autres sources d’énergies pour renforcer les capacités thermiques de production, développer les énergies renouvelables, renforcer et étendre le réseau de transport et de distribution.

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Numéro d'édition: 252

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