Trafics de migrants en Afrique de l’Ouest : Des bénéfices de 155 millions USD en 2010

 

Le trafic de migrants est illégal selon la Convention des Nations-Unies contre la criminalité transnationale organisée. Bien qu’utilisées de façon interchangeable, les notions de trafic des migrants et de traite des personnes sont des crimes distincts. Tous deux impliquent le recrutement, le déplacement et la livraison de migrants d’un État hôte vers un État de destination. Cependant, le premier implique que les migrants ont une relation consensuelle avec les trafiquants et le second implique qu’ils ne sont pas libres à la fin du voyage. L’inclusion de ces crimes dans les Protocoles à la convention indique que tous deux sont des crimes organisés mondialement reconnus.
Dans son dernier rapport sur les Flux financiers illicites (FFI) en Afrique de l’Ouest, l’OCDE évoque le changement de nature de la migration transsaharienne. Selon l’Organisation, cela s’est passé en 2012 suite à la chute de l’Etat libyen. Ce changement a entrainé des conséquences importantes pour les réseaux informels, facilitant la migration en Afrique subsaharienne.

Quels sont les bénéfices générés par l’industrie du trafic de migrants?
Pour l’OCDE, il est difficile de mesurer de manière exacte les bénéfices générés par l’industrie du trafic de migrants, ou même de savoir à qui ils sont reversés. D’après les estimations préalables, les bénéfices générés en Afrique de l’Ouest totalisaient 155 millions USD en 2010 et environ 105 millions USD en 2011.
Compte tenu du volume accru des flux au cours des dernières années, avec un pic en 2015 (Global Initiative, 2016), ces chiffres sont sans doute montés en flèche. Un rapport produit en 2015 estime qu’une tribu africaine très impliquée dans le trafic des migrants au nord du Niger et au sud de la Libye gagnerait environ 60. 000 USD par semaine. Il est compliqué de chercher à comprendre à qui profite le trafic ; cela dépend de l’origine du migrant, de la destination choisie et de la durée du trajet. D’après certains rapports, les migrants sont forcés de verser un pourcentage avant même le début du voyage. Leurs familles doivent verser le solde à la fin du voyage. Dans certains cas, les migrants défraient les coûts du voyage en travaillant sur le lieu d’arrivée – pour les femmes, cela signifie souvent de travailler dans l’industrie du sexe. Cela expose les migrants et leurs familles aux risques d’extorsion. Jusqu’à présent, l’économie reposant sur le trafic des migrants dépendait largement de paiements en liquide ; et la capacité à traquer les FFI associés était limitée. La formation de réseaux internationaux supplémentaires visant à mesurer et traquer les FFI devrait rehausser les capacités des acteurs internationaux à identifier et à saisir les avoirs dérivés du trafic des migrants.

Nature et échelle du flux
Le nombre de ressortissants d’Afrique de l’Ouest souhaitant émigrer au nord a augmenté régulièrement au cours des trois dernières années, sous l’impulsion des conflits sévissant dans la région du Sahel, en Afrique centrale et au Nigeria, et des moyens de subsistance plus favorables dans d’autres pays.
En 2014, informe le rapport, «les Nigérians et les Gambiens étaient les nationalités les plus souvent détectées, en augmentation de plus de 80 % sur l’année précédente – le niveau le plus élevé jamais enregistré dans la région. Les Maliens représentaient le troisième flux de migrants en termes de volumes globaux après les Syriens et les Erythréens. En parallèle, sur la même période, l’Italie enregistrait un nombre important d’Africains subsahariens de nationalité non identifiée».
Tous les pays d’Afrique de l’Ouest sont vulnérables à la migration illégale, souvent motivée par des raisons économiques. Bien que les migrants d’Afrique de l’Ouest transitant par l’Europe constituent le flux migratoire le plus visible, les migrants tentent aussi (bien qu’en moins grand nombre) de gagner les États du Golfe. En outre, la majorité des flux migratoires en provenance de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale se déroule dans la région, et le nombre de migrants atteignant les rivages européens est assez limité.
La migration subsaharienne est généralement caractérisée comme une migration «ad hoc». Les trafiquants ne font pas partie de réseaux transnationaux organisés ; ils agissent plutôt seuls ou avec un nombre limité de partenaires, ou encore ils travaillent avec leurs clans ou leurs réseaux familiaux. «Tout indique qu’une plus grande diversité de nationalités est maintenant impliquée dans le trafic ; ce qui semble pointer vers une croissance des réseaux. Les trafiquants locaux semblent mieux connectés avec les groupes criminels organisés internationaux», peut-on lire dans le document de l’OCDE.

NK


Des trafiquants de plus en plus nombreux

Dans le rapport de 156 pages, l’OCDE annoncent une croissance du nombre de trafiquants en provenance des pays de l’Afrique du Nord, c’est-à-dire l’Égypte, le Maroc et la Libye – ainsi que de la Turquie et d’autres pays encore. Ces trafiquants recrutent ensuite des jeunes chômeurs en Mauritanie, au Sénégal, en Gambie, en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Ghana pour servir de rabatteurs dans les communautés locales.
«Lorsqu’ils empruntaient des voies migratoires moins sophistiquées avant l’afflux migratoire de 2013-2014, les migrants payaient généralement chaque étape de leur voyage en liquide. Ils progressaient lentement vers le Nord et s’arrêtaient souvent pour travailler afin de pouvoir payer l’étape suivante. L’intermédiaire qui arrangeait le passage et le logement nécessaires recevait le paiement ; le transporteur recevait une commission ; et une partie de la commission était versée sous forme de dessous-de-table aux autorités municipales, à la police ou au service de sécurité dominant de la ville», affirme les rapporteurs. Selon eux, les routes terrestres sont devenues une source de revenus considérables pour de nombreuses régions frontalières où les populations locales ont commencé à fournir des services (hébergement, alimentation et souvent maisons closes) aussi bien aux trafiquants qu’aux trafiqués. La perte abrupte de cette industrie collatérale aurait un impact négatif sur la survie de ces villes. Plus récemment, grâce au flux croissant et au pouvoir d’achat relativement plus élevé des migrants syriens, et à cause des contrôles renforcés, le niveau de professionnalisme des services associés au trafic de migrants en Afrique subsaharienne et sur la côte nord-africaine a augmenté. Les trafiquants ont acquis des compétences spécialisées (par exemple, la production de faux documents) et exigent en contrepartie que les migrants cherchant à atteindre l’Europe ou le Golfe persique leur versent des commissions plus élevées. L’intensité accrue des conflits, ainsi que la prolifération de milices armées dans la région du Sahara liée aux conflits malien et libyen, incitent davantage les réseaux de trafiquants à s’armer pour assurer la sécurité du passage.

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Numéro d'édition: 243

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