Le maire de la commune rurale, Joséphine Niamoukara, sur le site maraicher de Kiembara, dans la Boucle du Mouhoun. (Ph. PNGT 2-3)

Développement local: sortir de la pauvreté est bien possible

• Plus de 21 milliards de FCFA d’investissement en 5 ans

• Les bénéficiaires satisfaits

• Un renforcement des capacités en sus

 

Après 5 ans de mise en œuvre, le PNGT2- phase 3 tire vers sa fin. Au 31 décembre 2018, la phase 3 du deuxième Programme national de gestion du terroir sera achevée. 302 communes rurales des 13 régions du pays ont reçu la somme de 21.906.640.290 F CFA. 18.492 personnes, dont 15,90% femmes, ont été formées et 1.680 microprojets réalisés pour un montant de 20 milliards de FCFA.
Cet investissement dans le développement local a permis à de nombreux hommes et femmes de se réaliser à travers des activités génératrices de revenus. Comment les collectivités ont-elles profité de ces financements ? Et quelles sont leurs appréciations du PNGT2-phase 3? C’est ce qui a motivé la caravane de presse d’une quinzaine de journalistes du réseau Initiative des journalistes africains pour la coopération et le développement (IJACOD) à sillonner, du 26 février au 2 mars 2018, 4 régions du Burkina Faso: la Boucle du Mouhoun, les Hauts-Bassins, les Cascades et le Centre-Ouest, à la rencontre des populations. Quelles sont les réalisations faites par le programme de gestion du terroir? Lisez-plutôt !

L’oignon de Kiembara
Depuis 2011, à Kiembara, une commune rurale de la Boucle du Mouhoun, l’oignon est roi. Grâce à un jardin maraicher de 2 hectares, 130 femmes pratiquent la culture de contre-saison, notamment celle de l’oignon. Une activité qui, selon Joséphine Niamoukara ; la maire de la commune ; évite ainsi aux femmes de parcourir de longues distances pour se rendre à Ouahigouya, Bouyalé (17 km) ou Oury (10 km) en quête de pitance quotidienne.
Une aide appréciable qui, selon le maire, est partie d’un «besoin exprimé par les femmes». «Nous avons sollicité l’appui du PNGT2 pour la réalisation de ce jardin. C’est alors que nous avons bénéficié d’un financement de 15 millions de F CFA et, ajouté à la contribution de la commune à hauteur de 11 millions de FCFA, nous avons réalisé le jardin, un château d’eau, posé des plaques solaires et creusé 4 bassins d’eau. Les femmes ont également bénéficié d’une formation sur le fonctionnement du jardin», explique-t-elle.
Un exemple réussi qui a été dupliqué dans le village de Yaoghin, dans la commune rurale de Poa dans le Centre-Ouest. Là, c’est le groupement féminin «Sougrinoama» comprenant 75 femmes qui gère le jardin maraicher d’un hectare. La particularité de ce site est que les femmes ont des planches d’oignons communes et des planches individuelles d’oignons. Le site maraicher a permis une augmentation sensible des rendements: (oignon 259 sacs de 50 kg) avec des recettes de 2.590.000 FCFA et 135.000 FCFA pour le niébé.
Après les récoltes, chacune peut s’en tirer avec des revenus annuels de 45.000 à 50.000 FCFA. Une somme que les bénéficiaires disent réinvestir dans la prise en charge familiale.
Pour ces femmes, l’accès à l’eau demeure l’une des difficultés permanentes, à l’image du manque de silos adaptés à la conservation de l’oignon. Si pour le moment les récoltes sont vendues sur le marché local, les femmes souhaitent voir leurs marchandises sur d’autres marchés. La prévision de la récolte en 2018 est de 15 tonnes d’oignons, selon le chef de suivi de la zone, Dramane Sanou. Le PNGT2-3 a entièrement financé la réalisation du jardin à hauteur de 4.867.600 FCFA.

Les biscuits de Douna
A Douna (dans les Cascades), c’est le groupement féminin de Boulangerie-Pâtisserie qui est la vedette dans le domaine de la transformation alimentaire. Avec l’apport des 5.557.729 FCFA du PNGT2-3 et une

Les gâteaux, biscuits et le pain à base de produits locaux produits à Douna. (Ph. PNGT 2-3)

contribution interne de 100.000 F CFA, le groupement a acquis des fours à gaz. Les femmes de ce groupement se retrouvent dans l’une des salles de fêtes de la commune pour travailler. Leurs produits ; ces gâteaux, biscuits et pain ; sont issus des produits locaux (petit- mil, sésame, manioc et la patate).
Pour en déguster, il faut débourser la somme de 50, 100 ou 500 FCFA. Selon Mariam Kambou/Traoré, présidente du groupement, les gâteaux et biscuits sont appréciés de la population et des visiteurs. Et ce ne sont pas les journalistes de la caravane qui diront le contraire, eux qui ont injecté la somme de 35.000 FCFA dans l’achat des cadeaux et biscuits en une matinée.
Face à des difficultés de commercialisation, chaque membre trouve son circuit de distribution. Toutefois, les clients peuvent s’en procurer facilement dans les écoles, les boutiques, à la mairie et autres lieux publics. D’après la présidente du groupement, chacune des 53 membres s’en tire à bon compte. En 2017, le groupement a réalisé un résultat net de 147.500 F CFA. Et sur la période du 1er janvier 2018 au 25 février 2018, le résultat net est de 260.000 FCFA. Avec un marché plus élargi et l’acquisition d’un réfrigérateur pour la conservation des gâteaux, le groupement pense bien élargir sa clientèle.

Les boutiques de rue, de véritables mannes pour les communes
Comment générer plus de recettes fiscales pour les communes ? Cette réflexion a poussé le PNGT2-3 à investir dans les infrastructures. Une idée qu’a adoptée la mairie de Kiembara qui a décidé d’augmenter ses ressources propres en construisant 16 boutiques. La réalisation de ces infrastructures marchandes a pu être possible grâce à l’aide du programme qui y a contribué à hauteur de 25.017.870 FCFA. La commune y a ajouté 7.260.504 FCFA.

Dans la région de la Boucle du Mouhoun, l’ensemble des investissements est estimé à 5.813.006.389 FCFA pour les phases II et III.
(Ph. PNGT 2-3)

Sur ces boutiques, la mairie perçoit en termes d’impôts la somme de 960.000 FCFA par an en raison de 5. 000 FCFA par location. Des recettes considérables qui réjouissent l’édile de la ville, Joséphine Niamoukara. Une manne que la commune va réinvestir dans la réalisation d’autres infrastructures majeures au profit de la population.
Cette expérience est aussi partagée à Karangasso-Vigué dans les Hauts- Bassins. Le PNGT à accompagner la commune dans la construction de 20 boutiques de rue. Ces boutiques génèrent des recettes de 1.200.000 FCFA par an au profit de la commune. La construction des boutiques a nécessité un investissement de 26.085.079 FCFA dont 25.375.079 FCFA du PNGT2-3, avec une contribution de 710.000 FCFA des bénéficiaires.
Sidéradougou (dans les Cascades) a aussi bénéficié de 30 boutiques à hauteur de 51.881.280 FCFA dont 50.864.000 FCFA du PNGT2-3, avec un apport de la commune de 1.017.280 FCFA. Selon le maire, Longasani Ouattara, les boutiques construites en 2016 ont permis à la commune d’élargir son assiste fiscale à 2.400.000 FCFA en 2017, avec une prévision de 2.880.000 FCFA en 2018. 10 boutiques sont actuellement en finition toujours avec l’accompagnement du PNGT2-3. Dans la commune rurale de Poa

Avec ce bâtiment flambant neuf de trois classes, c’est la fin des classes sous paillotes. (Ph. PNGT 2-3)

(dans le Centre-Ouest), 10 boutiques ont été érigées. Coût total de l’activité : 18.991.325 FCFA, avec une contribution du PNGT2-3 de 18.628.750 FCFA et 362.575 FCFA de la part des bénéficiaires. La rentabilité financière de ces boutiques est un peu plus de 900.000 FCFA par an pour une location de 7.500 FCFA par mois.
Autre infrastructure à mentionner, la gare routière de Bondokuy, localité située sur l’axe Dédougou- Bobo-Dioulasso. Le PNGT2-3 y a injecté 80.567.101 FCFA, dans le souci de disposer d’un espace aménagé et adapté aux stationnements des véhicules et des passagers, d’accroître l’assiste fiscale de la commune et de sécuriser les transporteurs et leurs passagers. Le coût total de ce microprojet est de 24.864.210 FCFA dont 23.680.200 FCFA du PNGT2-3 et 1.184.010 F CFA d’apport des bénéficiaires. Dans la région de la Boucle du Mouhoun, l’ensemble des investissements est estimé à 5.813.006.389 FCFA pour les phases II et III.

Un bassin restauré pour les silures sacrés dans le Houet
Le cours d’eau du Houet constitue l’une des principales ressources en eau de la région des Hauts-Bassins. Cependant, ses ressources sont menacées à cause de problèmes environnementaux, notamment l’absence de protection, l’ensablement qui de plus en plus entraine des inondations et la détérioration des infrastructures et l’érosion. A ces menaces, s’ajoute l’écoulement des eaux usées de la Maison d’arrêt de correction de Bobo (MACB) qui pollue cette rivière sacrée.
Après plusieurs échecs à restaurer ce lieu paisible ou vivent les silures sacrés, le Conseil régional des Hauts-Bassins a approché le PNGT2-3, avec une participation financière de 3.200.000 FCFA. Le PNGT2-3 a fait le reste avec un soutien financier de 49.465.910 FCFA. Aujourd’hui, c’est un cours d’eau qui a reçu un grand toilettage avec des barres de protection et ses accotements mieux protégés par des pierres. Le PNGT2-3 a aussi planté des bambous pour régénérer la végétation. Si l’avantage de ce réaménagement est plus culturel qu’économique, il n’en demeure moins que ce lieu de rituels pour la communauté bobo va désormais attirer plus de visiteurs. En attendant, près de 170 personnes viennent par mois de ces rituels. o

Rachel DABIRE


 

Capital humain, une priorité du PNGT

Dans le souci de donner la chance à tous les enfants burkinabè d’aller à l’école, le PNGT2-3 fait aussi de l’investissement dans le capital humain une priorité. Pour cela, le programme a réalisé de nombreuses infrastructures éducatives. C’est ainsi qu’à l’école de Karangasso-Vigué, le bâtiment vétuste a fait place depuis 2014 à trois nouvelles salles de classe. Le bâtiment a été construit à 15.945.942 FCFA avec une contribution du PNGT2-3 de 15.110.942 F CFA et un apport de la commune de 835.000 FCFA. Le président des parents d’élèves, Alidou Belem, souligne que le nouveau bâtiment a changé les conditions d’études des élèves. Pour preuve, l’école a été la première de la CEB-2 à la fin de l’année scolaire 2017/2018 avec un taux de réussite de 97,06%.
Dans le village de Loaga (dans la commune de Poa), c’est également avec soulagement que les trois enseignantes et leurs élèves des classes de CP1, CP2 et CE1 ont délaissé le hangar qui leur servait de salle de cours pour un bâtiment flambant neuf de trois classes. L’école «C», construite à hauteur de 19.848.736 FCFA avec une contribution du PNGT2-3 de 19 631 236 FCFA et un apport des bénéficiaires de 217.500 FCFA, fait aujourd’hui la fierté des 84 élèves qui retrouvent ainsi un cadre confortable pour l’apprentissage. «Avec ces nouvelles classes, le changement est incommensurable. C’est une motivation supplémentaire pour les enseignants et les élèves», fait savoir le directeur de l’école, Idrissa Mohamane Maïga. Les parents d’élèves ont saisi la visite pour traduit toute leurs reconnaissances au PNGT.

Commentaires
Numéro d'édition: 243

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.