Madame Sankara/Palenfo Soutoumana Biba de l’entreprise UTMA-Biba (Une unité de transformation de manioc). (DR)

Filière manioc-attiéké: la touche allemande de la GIZ

n Percée de l’attiéké «made in Burkina»

n Le Sud-Ouest comme tremplin

n «52. 193 tonnes d’attiéké sur le marché en 2016» 

 

Ouagadougou; quelque part non loin de la célèbre avenue Kwame N’krumah. L’assistante d’accueil d’une boîte d’informatique, à ses heures perdues, propose aux clients de passage des boules d’attiéké emballées dans des sachets. Son argument de vente : c’est de l’attiéké «made in Burkina». Du manioc planté et transformé localement ; et ça marche. De plus en plus de vendeuses d’attiéké importé se sont mises au produit local. Entre les sceptiques et les curieux, une bonne partie de ceux qui ont goûté à ce nouveau produit local lui sont restés fidèles. Le goût est différent (saveur plus élevée)de celui qui vient traditionnellement de la Côte d’Ivoire, explique la vendeuse. Mais ceux qui y ont goûté reviennent toujours. Ainsi, l’attiéké «made in Burkina» fait son petit bonhomme de chemin dans les habitudes alimentaires. Derrière cette nouvelle niche qui se développe, plusieurs milliers de femmes sont actives : de la production à la commercialisation, en passant par la transformation.

La filière s’organise et se bonifie depuis 2008, permettant ainsi à ses acteurs de se faire un revenu régulier, d’améliorer leurs conditions de vie ; et cela, grâce à l’appui et à l’accompagnement du Programme pour le développement de l’agriculture de la coopération allemande (PDA/GIZ) qui, par l’originalité de son approche sur le terrain, est en train de doper la filière manioc. tCette approche est basée sur le renforcement des capacités techniques des acteurs à travers une stratégie qui consiste à «soutenir l’identification, l’adoption et la diffusion des innovations technologiques, l’organisation et la gestion dans la chaîne de valeur». En fait, le PDA joue le rôle de facilitateur, laissant aux acteurs eux-mêmes la charge du pilotage des actions. Et, au vu des résultats, on peut affirmer que le projet n’est pas loin de ses objectifs (voir encadré).

Kadissa Kalaga de l’entreprise Pegdwendé, au milieu de ses employés, vêtue de noir. (DR)

En effet, entre 2008 et 2015, la filière qui était embryonnaire s’est métamorphosée. D’abord, sur le plan de l’organisation des acteurs, l’Union nationale des transformateurs de manioc a été créée et compte maintenant sept Unions régionales et 330 groupements à la base. Les formations sur les bonnes pratiques, tant au niveau de la production du manioc que de la transformation, permettent aujourd’hui de constater sur le terrain du progrès  dans plusieurs domaines : un choix raisonné des variétés aptes à la transformation, une meilleure maitrise et application des itinéraires techniques, le développement des liens d’affaires stables entre producteurs et transformatrices, l’amélioration constante de la qualité de l’attiéké et l’augmentation de la quantité et de la qualité de pâte de manioc. Dame Biba Sankara/Palenfo (voir encadré) incarne à elle seule une bonne partie des succès du programme dans le Sud-Ouest. Transformatrice d’attiéké, elle inaugurera bientôt sa nouvelle unité de transformation de pâte de manioc à Gaoua. Elle se professionnalise dans une filière qui a de l’avenir. Au niveau de la production, le PDA/GIZ a soutenu la promotion et la diffusion d’une variété performante de manioc dite «V5», la plus adaptée aux conditions naturelles de la région et à la transformation. Aussi, les indicateurs comme les superficies emblavées, les rendements, ainsi que la quantité d’attiéké produite, ont été multipliés par au moins 3, dans l’intervalle 2008-2015 (voir tableau). Preuve que l’action du projet a un écho favorable auprès des acteurs de la filière. L’essor de la filière manioc au Burkina Faso est une réalité. La chaîne de valeur attiéké a le potentiel de s’accroitre davantage.

DF


Le PDA/GIZ, les bénéficiaires en parlent

Qui mieux que les bénéficiaires pour parler des changements qu’un projet apporte à leurs activités ? Deux femmes bien connues pour leur professionnalisme dans la filière manioc-attiéké se prononcent.
Madame Sankara née Palenfo Soutoumana Biba de l’entreprise UTMA-Biba (Unité de transformation de manioc)
Je travaille dans la transformation du manioc depuis 22 ans. J’ai bénéficié de l’appui du GIZ/PDA depuis 2011. J’ai 22 employés permanents qui travaillent dans la transformation du manioc en attiéké et en placali. J’ai eu beaucoup de soutien de la part du projet. Nous sommes allés nous former en Côte d’Ivoire. Le projet nous a également donné du matériel de travail. Aujourd’hui, grâce à cette compétence acquise en Côte d’Ivoire, je suis devenue une formatrice endogène. A ce titre, je suis sollicitée pour aller former d’autres femmes à travers le pays pour qu’elles puissent bien maîtriser le processus de transformation du manioc. Il nous a aidés à mettre en place des groupements de productrices et de commercialisation de l’attiéké. Nous demandons au projet qu’il nous aide à accéder plus facilement aux financements bancaires et à améliorer notre contractualisation avec les producteurs, fournisseurs de matières premières, pour garantir notre approvisionnement en manioc de qualité. Depuis que le projet nous soutient, notre travail s’est amélioré. J’invite les autres femmes à se mettre au travail. C’est ainsi qu’elles pourront se prendre en charge.

Kadissa Kalaga de l’entreprise Pegdwendé
Je suis dans la transformation du manioc depuis une dizaine d’années. J’ai bénéficié de beaucoup de formations de la part du projet, notamment sur les bonnes pratiques de transformation et d’hygiène, puis en comptabilité simplifiée et marketing. En outre, le projet m’a mise en lien avec des producteurs pour faciliter mon approvisionnement en manioc. Il a aussi doté mon groupement de quelques matériels et j’ai aussi acquis quelques équipements à mes propres frais. Si j’avais eu un soutien financier, j’allais compléter le reste de mon matériel et construire ma nouvelle unité de transformation. C’est grâce à la vente de l’attiéké que je nourris ma famille, assure la scolarité de mes enfants et paie mon loyer. Le travail est dur, mais si tu t’y mets, tu vas avoir un peu. Nous arrivons à écouler tout ce que nous produisons. Nous ravitaillons les vendeuses de la ville et des villages environnants.

Propos recueillis par DF

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Numéro d'édition: 231

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