Koudougou Zongo est le coordonnateur du projet NEER-TAMBA depuis août 2014. Il est ingénieur en génie rural avec plus de 15 ans d’expérience dans la coordination de projets. Il été chef de projet foncier au MCA de 2008 à 2014. (DR)

Supplément – Projet NEER-TAMBA  : «Notre objectif, c’est d’améliorer les conditions de vie et les revenus des populations»

Le projet NEER-TAMBA ou projet de Gestion participative des ressources naturelles et du développement rural du Nord, du Centre-Nord et de l’Est est un projet né de la volonté de l’Etat burkinabè et du Fonds international de développement agricole (FIDA) pour lutter contre la pauvreté en milieu rural. Il est en cohérence avec le Plan national de développement économique et social (PNDES), et contribuera à la réalisation des objectifs du Programme national pour le secteur rural (PNSR); selon le coordonnateur dudit projet, Koudougou Zongo, ingénieur en génie rural. Ce dernier nous en dit plus sur l’action NEER-TAMBA sur le terrain, particulièrement dans le Nord du Burkina.

L’Economiste du Faso : Comment présenteriez-vous le projet dans ses grandes articulations ?
Koudougou Zongo, coordonnateur du projet NEER-TAMBA : Le projet NEER-TAMBA a pour objectif global l’amélioration des conditions de vie et des revenus des populations rurales les plus défavorisées. Son objectif spécifique est d’appuyer les populations cibles à construire et à renforcer leur autonomie et leurs capacités à jouer un rôle moteur croissant pleinement reconnu par les autres acteurs dans la construction d’un tissu économique et social durable. Pour cela, le projet intervient sur trois (3) axes : (i) l’accroissement de la résilience des ménages, des exploitations et des villages face aux aléas climatiques ; (ii) l’accession des ménages à une capacité d’autonomie économique et financière suffisante pour leur permettre, dans leur milieu rural de résidence, de se projeter mieux vers l’avenir ; (iii) la construction et le renforcement d’un tissu social et économique favorable et incitatif à cette autonomisation dont les populations cibles seront des acteurs/partenaires à part entière.
Les résultats attendus du projet, dans ses grandes lignes, sont :
– 6.000 hectares de bas-fonds à aménager et à mettre en valeur
– 600 hectares de périmètre maraicher à réaliser et à mettre en valeur
– 19.500 hectares de terres à récupérer par les techniques CES/DRS
– 5.000 hectares de superficie de terres à récupérer par les techniques mécaniques et/ou biologiques
– 2.000 microprojets à financer
– L’accès de 40.000 ménagesà l’appui-conseil.
– Les formations techniques spécifiques de 40.875 auditeurs.
Le projet couvre trois (3) régions du Burkina Faso, à savoir le Nord, le Centre-Nord et l’Est. Sa durée d’exécution est de huit (8) ans (2014-2023) et le montant du cofinancement FIDA/Etat burkinabé/bénéficiaires s’élève à plus de 56 milliards de FCFA.

Qui en sont les bénéficiaires dans la région ? Et quel est votre mode d’intervention sur le terrain ?
La population cible du projet (estimée à 190.000 ménages, soit environ 1.250.000 personnes) est constituée de ménages ruraux touchés par la pauvreté monétaire et par l’insécurité alimentaire ; soit un peu plus de la moitié (53,4%) des ménages de la zone du projet (46% pour le Nord, 38% pour le Centre-Nord et 31% pour l’Est). Le groupe cible sera constitué d’environ 40.000 ménages (dont un tiers au moins de jeunes ménages) qui bénéficieront directement d’un ou de plusieurs appuis du projet. Le nombre de femmes qui accèderont directement, à titre personnel, à un ou à plusieurs appuis du projet est estimé à au moins 30.000.
Le projet NEER-TAMBA est un projet à la demande. Les informations sur les offres de services du projet et les critères d’éligibilité aux appuis sont diffusées à travers les radios locales, les affiches et les animations que font les agents provinciaux de développement. Les producteurs individuels et les organisations rurales intéressés par l’offre de services du projet expriment leurs besoins en faisant la demande au niveau de la Chambre régionale d’agriculture (CRA) qui assure la maitrise d’ouvrage déléguée du projet au niveau de chacune des trois régions (Est, Nord et Centre-Nord). Les demandes sont ensuite soumises aux instances de sélection et d’approbation  que sont le Comité provincial de sélection (CPS) et Comité d’approbation des micro-projets (CAP), avant d’être financées.

On parle tantôt de projet NEER-TAMBA et tantôt de projet NEER-TAMBA/FEM-PAI, pour l’opinion. Ce n’est pas toujours clair.
Il faut dire que le projet NEER-TAMBA décrit plus haut a reçu un financement additionnel du Fonds pour l’environnement mondial; et ce financement couvre uniquement la région du Nord. D’où l’appellation NEER-TAMBA/FEM-PAI.
FEM pour faire allusion à la source de financement et PAI (Programme d’approche intégrée) pour dire que ce financement s’intègre dans un programme régional initié par le Fonds mondial pour l’environnement (FEM) sur la sécurité alimentaire dans 12 pays africains dont le Burkina Faso. Ce financement additionnel vient renforcer, pour une durée de 5 ans (2017-2021), le projet NEER-TAMBA, pour contribuer à la mise à l’échelle des bonnes pratiques et pour renforcer la durabilité des investissements du projet initial. Le FEM-PAI a pour objectif global au Burkina Faso de faire adopter et mettre en œuvre par le gouvernement des politiques de sécurité alimentaire intégrant la gestion durable de l’environnement. Son objectif spécifique est que, dans le cadre du projet NEER-TAMBA, les agroécosystèmes de la région Nord sur lesquels repose la sécurité alimentaire soient gérés de manière durable par les populations rurales.
Les activités du projet auront des impacts multiples sur l’environnement. Les actions de récupération des terres et de gestion de l’eau à l’échelle du sous-bassin versant permettront de garantir la durabilité des agroécosystèmes et, ainsi, la meilleure résilience des systèmes de production dans et autour des bas-fonds, avec un impact direct sur l’amélioration de la sécurité alimentaire. L’ensemble des activités participe à renforcer le stockage de carbone (récupération des terres, reverdissement par la régénération naturelle assistée).

Le projet est présent dans 3 régions. Pourquoi ce choix ? La région du Nord semble bénéficier d’un traitement spécial. Edifiez-nous sur ce choix de favoriser cette région.
La zone d’intervention du projet (régions de l’Est, du Centre-Nord et du Nord) totalise une population de 3,6 millions d’habitants (soit environ 550.000 ménages) répartis pour un tiers dans chacune des trois régions. La moitié des ménages des régions du Nord et du Centre-Nord et les deux tiers de ceux de la région de l’Est sont touchés par la pauvreté monétaire. Une partie plus réduite, mais importante, est touchée par l’insécurité alimentaire chronique.
En plus des questions de pauvreté monétaire, d’insécurité alimentaire et de fragilité des écosystèmes qui ont guidé le choix de ces régions, il faut noter que ces trois régions ont bénéficié de l’intervention du FIDA à travers le PDRD et le PICOFA. Il s’agit à travers ce choix de consolider et de valoriser les acquis de ces deux projets.
Le projet FEM-PAI est partie intégrante du projet NEER-TAMBA, et sera mis en œuvre au niveau national de manière transversale pour les aspects institutionnels et dans la région du Nord pour les aspects d’investissement. Cette région a été sélectionnée en accord avec le projet NEER-TAMBA et le MAAH suite à l’identification d’une moindre présence de PTF y offrant des synergies sur les questions environnementales et de sécurité alimentaire, et en lien avec son exposition au phénomène de désertification et à l’insécurité alimentaire chronique. En effet, la région du Nord présente plus de 90% de ménages de petits exploitants agricoles. La dégradation du couvert végétal et du capital foncier, la baisse de la fertilité des sols, l’importance du ruissellement et de l’évaporation, l’irrégularité et la faiblesse de la pluviométrie, la faiblesse des ressources en eau (eaux de surface, eaux souterraines, eaux de pluies), la coupe abusive du bois, les feux de brousse, l’exploitation continue des sols ont contribué à une dégradation accélérée de l’environnement dans cette région. D’où la nécessité d’un peu plus d’égard à elle.

Sur le terrain, quelles sont les activités déjà menées et qu’on peut considérer comme des acquis ?
Le projet NEER-TAMBA, dans sa globalité, présente les résultats suivants :
– 2.269 hectares de bas-fonds aménagés et mis en valeur.
– 41 hectares de périmètre maraicher en cours de réalisation, dont 4 hectares totalement achevés et mis en valeur.
– 6.566,25 hectares de terres récupérées par les techniques CES/DRS.
– 1.391,5 hectares de superficie de terres récupérées par les techniques mécaniques et/ou biologiques.
– 1.206 micro-projets financés  pour un montant global de près de 700 millions de FCFA.
– L’accès de 13.142 ménages à l’appui-conseil
– Les formations techniques spécifiques de 16.269 producteurs.
Quant au volet FEM/PAI, il n’est qu’à son début de mise en œuvre, son lancement technique n’étant intervenu que le 6 avril 2017.

Dans vos documents de projet, il est question de passage «à l›échelle de politiques de sécurité alimentaire et d’activités intégrant la résilience et la gestion durable de l’environnement». Comment garantissez-vous cela ?
Le FEM-PAI/NEER-TAMBA comprend une composante entièrement dédiée au soutien des efforts de coordination et d’harmonisation, pour promouvoir une approche multipartite cohérente sur la résilience et la durabilité environnementale liées à la sécurité alimentaire. Ceci vise à l’inclusion de ces questions dans les politiques sectorielles et la levée de blocages qui peuvent se présenter dans la mise en œuvre pratique de ces politiques. Si vous lisez le document du projet, vous constaterez que le projet s’appuie sur les partenaires tels que le SE/CNSA et le SP/CPSA qui sontau cœur du dialogue politique, de la prise de décision et de la gestion des savoirs concernant la sécurité alimentaire et son lien avec la gestion durable de l’environnement, comme pilier de la résilience. L’idée ici,c’est d’appuyer ces structures pour l’intégration des préoccupations environnementales dans leurs activités. Nous, nous y attèlerons ; et avec l’engagement de nos partenaires, nous pourrons engranger des résultats probants.

Propos récueillis par JB

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Numéro d'édition: 228

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