Au Bangladesh, un centre engagé dans la lutte contre le cancer du sein

Par Sadi Mohammad Shahnewaz, pour The Daily Star

Serrant son bébé contre elle, Basanti Majumder, rescapée d’un cancer du sein, évoque sa douleur au sein gauche. Sa crainte ? Que la maladie récidive. Elle baisse les yeux furtivement puis lâche, dans un rire nerveux : « Aujourd’hui, si je ne vais pas consulter, c’est parce que je n’en ai pas les moyens. »

D’après les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) près de 1,38 million de nouveaux cas de cancer du sein et 458 000 décès liés à cette maladie sont recensés chaque année. Sans surprise, les taux de mortalité sont sensiblement supérieurs dans les pays en développement. Souvent, ce n’est que très tardivement que les femmes de ces pays consultent un médecin et obtiennent un diagnostic, car elles ignorent l’origine de leur mal et hésitent à engager des frais médicaux. Au Bangladesh, en raison des carences qui touchent les établissements médicaux, du rejet et de la méconnaissance de la maladie, seuls 11 % des femmes bénéficient d’un dépistage précoce. Comme dans presque toutes les régions du monde, le cancer du sein féminin est ici surreprésenté chez les femmes – parmi les Bangladaises qui souffrent d’un cancer, 32,8 % sont touchées au sein. Dans le pays, les services de santé publics – surchargés et sous-financés – ne sont tout simplement pas en mesure d’offrir les soins indispensables aux malades atteintes d’un cancer du sein.

La démarche d’une organisation engagée à améliorer le sort de ces femmes laisse toutefois entrevoir une note d’espoir. Depuis 2007, le centre Amader Gram Breast Care e-Health Centre entend proposer une aide médicale spécialisée à toutes les femmes, tous statuts économique ou social confondus. Si l’organisation a établi ses premiers quartiers dans la région de Khulna, au sud-est du Bangladesh, elle s’appuie à présent sur un autre centre, situé à Rampal dans la région de Bagerhat, auxquels s’ajoute une cellule chargée de la coordination, implantée à Dhaka.

Reza Salim, le fondateur et directeur de l’organisation, a fait ses débuts dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) en tant que conseiller en communication pour le gouvernement. « Mes travaux portaient avant tout sur le domaine des TIC et je n’avais jamais envisagé de les appliquer à la lutte contre le cancer ». Alors qu’ils mettent en œuvre un programme d’initiation à l’informatique au profit des habitants des zones rurales, Reza Salim et son équipe s’inquiètent du nombre considérable de femmes qui se présentent au centre en se plaignant de douleurs dans la poitrine. « Nous avons aussi engagé des actions à plus petite échelle pour étendre notre assise dans le domaine des maladies non transmissibles, car nous avons compris que le sujet, négligé, était largement éludé, » précise Reza Salim.

En 2017, soit dix ans après sa création, le centre Amader Gram Breast e-Health Centre, fort d’une équipe médicale de 13 collaborateurs spécialisés, enregistre chaque mois entre 90 et 150 nouveaux patients souffrant de pathologies mammaires. En 2016, 1 968 femmes ont été soignées par l’organisation et 426 d’entre elles ont bénéficié d’un suivi médical. Le vœu de Reza Salim : que les femmes prises en charge au centre bénéficient de tous les soins nécessaires au sein d’une structure unique – un grand défi dans le système public, où les patients sont ballottés d’un centre médical coûteux à un autre.

« Disposer de données concrètes sur la prévalence de la maladie et prendre les mesures qui s’imposent constitue une avancée notable dans le traitement contre le cancer », commente le fondateur. Dans ce pays conservateur, peu sont sensibilisés au cancer du sein et les femmes hésitent à franchir le pas et à évoquer leurs problèmes de santé. Pour surmonter ces écueils et rassurer les patientes, plusieurs femmes médecins évoluent dans les centres créés par Reza Salim.

Conscients des problèmes financiers qui touchent bon nombre de patients, les responsables du centre Amader Gram Breast Care e-Health Centre ont adapté leurs tarifs au portefeuille des malades. Une biopsie pour confirmer un diagnostic est facturée 12 000 takas (120 euros), contre quelque 1 000 takas (10 euros) pour une séance de chimiothérapie. L’organisation fournit gratuitement un téléphone portable à tous les malades cancéreux afin qu’ils puissent communiquer avec les médecins pendant toute la durée de leur traitement.

Mahmunda, autre rescapée du cancer du sein, estime que si elle est encore en vie aujourd’hui, c’est grâce à l’organisation. « Après avoir remarqué plusieurs grosseurs dans mes seins, je me suis soignée par homéopathie. Lorsque les boules se sont multipliées, je me suis rendue dans ce service et M. Mozammel [un chirurgien rattaché au complexe de Khulna] m’a réorientée vers un traitement approprié. Aujourd’hui, par la grâce de Dieu, je me porte bien. »

Soucieuse de fournir des outils pédagogiques aux patients et à leur famille, l’organisation a rédigé une série de guides qui décrivent comment prodiguer efficacement les soins palliatifs aux femmes qui se présentent au centre à un stade trop avancé de la maladie et pour qui l’issue s’annonce moins favorable. L’équipe a même conçu une application baptisée « AG Palliative Care » en vue d’aider les membres des familles qui résident dans les régions reculées à préparer au mieux les derniers instants des êtres qui leur sont chers. L’application comprend un questionnaire concis, dans lequel les patients ou leurs proches peuvent consigner les symptômes observés. Les données sont transmises à un système informatique centralisé, avant d’être analysées par un médecin qui définira l’approche la plus indiquée pour le patient.

Résolument tournée vers l’avenir, l’organisation envisage d’étendre son offre de services à tout le Bangladesh dans l’espoir de sauver et de sensibiliser le plus grand nombre de femmes. Le centre Amader Gram Breast e-Health Centre a pour l’heure posé les fondations de la lutte contre le cancer du sein au Bangladesh et montré avec brio la voie à suivre en offrant, aux femmes parmi les plus vulnérables du pays, l’accès à un traitement contre cette maladie.

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