Women In Action

La route est longue jusqu’au conseil d’administration

Cette année, le thème de la Journée internationale des femmes était « Les femmes dans un monde du travail en évolution : pour un monde 50-50 en 2030 ». Partout dans le monde, les femmes et les hommes sont invités à s’engager à déployer tous leurs efforts pour atteindre l’égalité des sexes dans le monde du travail d’ici à 2030. Hélas, dans de nombreux pays, dont le Nigéria, cela demeure une lointaine ambition. Regardez dans n’importe quelle salle de conseil de Lagos ou d’Abuja, et vous verrez une écrasante majorité d’hommes. Mais qu’est-ce au juste qui empêche les Nigérianes de briser le plafond de verre ?

Les mouvements féministes des années 1960 et 1970 ont abouti, dans de nombreux pays, à ce que les femmes s’emparent du monde du travail depuis une quarantaine d’années. La triste réalité est que le Nigéria est à la traîne. Une enquête rapide sur les 20 entreprises cotées au Nigeria Stock Exchange (NSE) montre que sept d’entre elles ne comptent aucune femme dans leur conseil d’administration, et que cinq y ont nommé une seule femme. Erelu Angela Adebayo, ancienne première dame de l’Etat d’Ekiti et toute première présidente de WEMABOD Estates Limited, l’une des plus grandes entreprises immobilières du pays, déclare : « J’ai été présidente de WEMABOD, présidente d’Afriland Properties, membre du conseil d’administration de la Fondation Dangote et de bien d’autres organisations. Et, partout, je me suis retrouvée la seule femme, ce qui m’a fait penser que je servais d’alibi ».

L’économie du Nigéria s’est envolée et son industrie a été propulsée dans le 21e siècle, mais les préjugés envers les rôles attribués à chaque sexe sont profondément enracinés dans les traditions et conditionnent la manière d’élever les filles. L’enseignement universitaire compte énormément pour les Nigérians. Dans les cercles de l’élite nigériane, un master d’une université étrangère fera de vous une épouse de choix, mais vous ne serez pas nécessairement considérée capable de tenir bon dans un conseil d’administration. Les mentalités au Nigéria ont du mal à faire une place aux jeunes femmes fraîchement diplômées désireuses de se lancer dans de flamboyantes carrières. Comme l’auteure nigériane, et véhémente féministe, Chimamanda Ngozi Adichie l’a dit à propos des préjugés sociétaux sur les jeunes femmes : « Vous pouvez avoir de l’ambition, mais pas trop, sinon l’homme se sent menacé ». La dure réalité est que les Nigérians élèvent leurs filles dans la croyance qu’elles ne sont pas capables d’atteindre les mêmes sommets que les hommes.

Ce qui est encourageant est que, en dépit de ces circonstances et de ces attitudes, des organisations fleurissent dans le pays pour favoriser le leadership des femmes et les aider à gravir les échelons de leur carrière. L’une de ces initiatives s’appelle Women in Successful Careers (WISCAR). Créé en 2008 par la célèbre entrepreneure nigériane Amina Oyagbola et basé à Lagos, WISCAR guide les jeunes femmes et les accompagne pour qu’elles gèrent mieux leurs parcours professionnels. En 25 ans de carrière, Amina Oyagbola a remarqué que, sans conseils pour comprendre les rouages du monde de l’entreprise, les jeunes salariées deviennent déboussolées,  isolées et perdent confiance en leur capacité à surmonter ces défis. Pour éviter une telle spirale, WISCAR leur fournit une année de mentorat par des professionnels confirmés, et promeut les politiques d’entreprise plus respectueuses de l’égalité des genres.

Les femmes qui font leur chemin jusqu’en haut de la hiérarchie contribuent à amorcer un changement positif à la fois au sein de l’entreprise et dans la société toute entière. Les femmes managers et PDG sont perçues comme plus fiables et collaboratives que leurs homologues masculins. L’économiste nigériane Nike Akande observe que les femmes « possèdent des idées fortes sur la conduite des affaires et cherchent à les partager avec d’autres qui pourraient bénéficier de ce qu’elles ont appris ». Les femmes seraient également meilleures dans la résolution de problèmes et d’excellentes mentors pour leurs jeunes collègues, pour le plus grand bien de l’entreprise sur le long terme.

Une promesse de changement se profile, notamment dans le traditionnellement très masculin secteur bancaire du Nigéria. Sanusi Lamido Sanusi, émir de Kano et ancien gouverneur de la Banque centrale du Nigéria (CBN), a mis en place une règle selon laquelle 40 % des cadres supérieurs de la banque et 30 % des membres de son comité de direction devaient être des femmes au cours de son mandat à la CBN, de 2009 à 2014. « Je crois fermement en la diversité, qu’elle soit de genre, ethnique ou religieuse. Je crois aussi qu’elle ne peut jamais être atteinte en sacrifiant le mérite et les compétences », précise-t-il.

Ce qui, pour le moment, paraît clair est que les femmes nigérianes sont éminemment capables professionnellement. Elles poussent au changement dans l’univers patriarcal de l’entreprise, qui s’ébranle tout doucement. Comment accélérer le processus qui conduira à une plus grande parité dans le monde du travail ? A cette délicate question, une réponse possible est de s’inspirer du modèle esquissé par le secteur bancaire du Nigéria.

Par Yetunde Oladeinde pour The Nation

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