Innovation au féminin: peut mieux faire…

La France a beau être la capitale européenne de l’entrepreneuriat féminin, les femmes ont encore du chemin à parcourir pour faire jeu égal avec leurs homologues masculins. Des initiatives se multiplient pour les encourager dans cette démarche.

Par Caroline de Malet pour Le Figaro (France)

Fin août 2017, un article du magazine économique Capital a fait l’effet d’une bombe. Consacré aux start-up tricolores qui s’exportent, ce dossier spécial, illustré d’une photo représentant onze fondateurs de jeunes pousses de la tech, en a ému plus d’un. Pas la moindre silhouette féminine dans ce palmarès des pépites ayant l’envergure pour se hisser parmi les poids lourds au niveau mondial. Les réseaux sociaux en ont fait leurs choux gras, provoquant un véritable « buzz » alimenté par les associations féministes, dans un concert de ricanements 1mêlés de colère.

La riposte de Delphine Rémy-Boutang, fondatrice de la Journée de la Femme Digitale, ne s’est pas fait attendre : quatorze entrepreneuses françaises ont posé ensemble pour le magazine économique Challenges, sous le titre : « le coup de gueule des créatrices de start-up », puis 80 d’entre elles devant la Bourse de Paris, pour la lettre spécialisée FrenchWeb.

L’épisode est révélateur de la place accordée au « sexe dit faible » dans l’innovation. Et la France est loin d’être une exception. Récemment, Kate Dwyer et Penelope Gazing, cofondatrices de la plateforme américaines Witchsy, n’ont-elles pas dû s’inventer un associé masculin pour être enfin prises au sérieux?

Tout aussi parlante est cette étude de la Harvard Business Review. Pendant deux ans, les conversations d’investisseurs de différents pays ont été enregistrées. En Suède – un des pays les plus progressistes au monde – un jeune était presque systématiquement présenté comme « jeune mais prometteur » tandis que s’il s’agissait d’une femme, elle était considérée comme « jeune inexpérimentée ».

Paris, capitale européenne de l’entrepreneuriat féminin

Selon le dernier baromètre Compass des capitales mondiales des start-up (2015), les femmes ne seraient que 8% à la tête de jeunes pousses en France, même si la proportion est bien supérieure à Paris (21%, contre 17% en moyenne sur le Vieux Continent), ce qui en fait la capitale européenne de l’entrepreneuriat féminin. L’évolution est réelle mais lente : lorsque Caroline Ramade a fondé l’incubateur féminin Paris Pionnières voici douze ans, ces chiffres ne dépassaient pas respectivement 2% et 5%.

 « Le milieu de l’innovation, présenté à l’envi comme en avance sur son temps, rencontre les mêmes difficultés que les autres », constate à regret cette dernière. « Il faut dire que l’on ne compte que 8% de femmes parmi les investisseurs et celles-ci se conduisent comme des hommes », souligne Caroline Ramade. En effet, si des créatrices d’entreprises n’ont pas trop de mal à procéder à leur première levée de fonds, les choses se compliquent par la suite, notamment lors d’une entrée en Bourse.

69% des jeunes diplômées ont le désir d’entreprendre

Aussi des initiatives éclosent-elles, ici ou là, pour encourager l’innovation au féminin. Delphine Rémy-Boutang vient de lancer le JFD Connect Club, premier club de networking 100% dédié aux femmes du numérique. Ainsi également du Prix Business with attitude / Madame Figaro, dont la première édition, en mars 2017, a, après avoir accompagné six fondatrices de start-up, couronné le talent de Claude Terosier, fondatrice de Magic Makers (ateliers de codage informatique pour les enfants).

Car 69% des jeunes diplômées ont le désir d’entreprendre. Les écoles de commerce ne s’y trompent pas, qui lancent, sur le modèle de l’ESSEC Business School, des programmes d’entrepreneuriat au féminin.

Les femmes très actives dans l’innovation sociale

Reste qu’il manque encore de modèles féminins. Les patronnes des GAFA telles que Sheryl Sandberg, directrice des opérations (COO) de Facebook, ont un tel pouvoir que les jeunes filles ont du mal à s’identifier à elles. Et si les femmes sont sous-représentées dans l’innovation technologique, elles sont très actives dans l’innovation à impact environnemental, social et solidaire, dans le sillage de Joséphine Goube (Techfugees), Judith Aquien (Thot), impliquées aux côtés des réfugiés, Charlotte de Vilmorin (Wheeliz, handicap) ou Juliette Franquet (Love your waste, recyclage).

D’autres figures prennent le relai, comme Camille Rumani, cofondatrice de VizEat, une des trois meilleures applications de l’année sur l’App Store en 2016. Le patron d’Apple Tim Cook, lors de sa visite à Paris en février 2017, a même pris un repas chez l’habitant via l’application, en compagnie de sa fondatrice. Marie-Vorgan Le Barzic, qui dirige le Numa Paris, l’incubateur né du « Silicon Sentier », a bien su s’imposer dans ce milieu. Et de plus en plus de figures féminines se font remarquer par de jolies success stories : Rania Belkahia, fondatrice d’Afrimarket, Fanny Péchiodat, cofondatrice de MyLittleParis, ou encore, parmi les plus jeunes, Léonore de Roquefeuil, associée de la plateforme Voxe.org – lauréate du Google Impact Challenge 2015 – et Marjolaine Grondin, PDG de HelloJam. La relève semble bel et bien en place.

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