Parenthèse

Le 15 octobre 1987 marquait l’entame du déclin de la Révolution. Celui qui l’incarnait, le Capitaine Thomas Sankara, succomba ce jour-là aux balles d’un commando venu l’exécuter; lui et ses compagnons d’infortune. Divergences politiques ou guéguerre entre chefs ; des quatre officiers qui incarnaient le Conseil national de la révolution (CNR), un seul survivra : l’homme de la Rectification, le Capitaine Blaise Compaoré.
Les deux autres; le Capitaine Henri Zongo et le Commandant Jean Baptiste Boukary Lingani; seront à leur tour exécutés à la suite d’accusations de complot contre le président Compaoré, en septembre 1989. L’homme à qui ont profité toutes ces éliminations conduira le pays ; malgré ce contentieux sanglant; en 1991, sur les chemins de la démocratisation.
Il restera à la tête du pays jusqu’en octobre 2014; date à laquelle il sera chassé par une insurrection populaire; sans pouvoir solder ce contentieux ni avec le peuple ni avec la famille Sankara. L’assassinat de Thomas Sankara restera à jamais son pire cauchemar; une tache indélébile dans l’héritage politique de cet homme qui, malgré tous les talents de diplomate et de bâtisseur qu’on lui reconnait, n’a pas pu se faire pardonner son crime originel : cet odieux fratricide. Maladroitement, il s’y est essayé à travers la Journée nationale de pardon (JNP). Une Journée qui n’aura été plus qu’une opération de communication que de contrition. Pendant toutes ces années, le peuple et les ayants-droit des victimes du 15 octobre 87 ont attendu qu’on leur serve la vérité et la justice. Il en était d’ailleurs de même du cas du journaliste Norbert Zongo, lui aussi occis sous le régime Compaoré. Mais, comment vérité et justice auraient-elles pu être servies par un régime dont les premiers acteurs étaient directement concernés par ces crimes? A moins de se tirer une balle dans le pied ! Ainsi, cette aspiration est-elle restée intacte 27 ans durant. Depuis l’insurrection populaire, plus rien n’empêche la justice désormais d’aller au bout de ces dossiers afin de fermer définitivement que cette parenthèse dont le pays a tant besoin pour passer à autre chose.

Abdoulaye TAO

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Numéro d'édition: 224

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